Quelles alternatives à la société de marché ? Eléments pour un débat (1/2)

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[Cet article découle d’une intervention réalisée pour le collectif 3A de Bordeaux le 11 décembre 2014]

Les échecs de la politique économique actuelle ne sont plus à démontrer. Sur ce blog, on pourra retrouver de nombreux articles dénonçant l’absurdité des choix de nos gouvernements. Au-delà des constats largement connus, il convient de nous pencher sur les pistes alternatives à la société de marché qui tente de s’imposer. On entend beaucoup trop souvent dans nos interventions ou débats que le mouvement social serait essentiellement dans la dénonciation mais jamais dans la proposition. Ces positions soulignent la méconnaissance des nombreux travaux, rapports ou ouvrages consacrés à l’alternative globale ou à la transition écologique. Bref, il convient ici, non pas de donner un programme clef en mains, la recette du miracle et de l’autre monde, mais plutôt de proposer des pistes, des chemins, des directions face à un carrefour. Derrière nous le capitalisme financier, devant nous une multitude de voies possibles qui ne se traceront que par le débat démocratique et par conviction collective. Il faut prendre ce qui vient simplement comme un texte à tiroir et surtout il n’est ni exhaustif dans sa présentation, ni inerte, l’avenir doit le compléter à mesure des débats, des initiatives, des réflexions. Le point de départ à mon avis est celui d’une réappropriation collective de la vie sociale travestie en marchandise…. A partir de cette réappropriation s’imposera un nouveau mode de développement, ce dernier pendra des chemins divers et variés en fonction des choix des citoyens ; penser globale, agir local.

Vers la réappropriation collective de la vie sociale…

Quatre sphères doivent être impérativement exclues et sauvegardées du processus de marchandisation. Ce processus n’est pas irréversible, l’histoire nous l’a prouvé.

L’ensemble qui suit est rédigé dans une optique d’éducation populaire, j’ai tenté de vulgariser au maximum les visions proposées. Les références et liens externes ne sont pas tous présentés de la sorte, hormis ceux de ce blog. Ainsi, l’article est aussi une sorte de revue de littérature (qu’il faut compléter j’en suis sûr et convaincu).

Réapproprier le travail

Le constat : La révolution néo-libérale entamée à la fin des années 1970 s’est attaquée au travail et à l’emploi. D’un modèle spécifique des 30 glorieuses (voir ici et pour des analyses de l’école de la Régulation), une nouvelle forme du capitalisme est apparue, les impasses sociales, écologiques et politiques de celui-ci sont toujours les mêmes. Un vaste processus de remise en cause des régulations du mode d’organisation de l’emploi s’impose vers une segmentation de celui-ci entre un emploi précarisé, instable et paupérisé et un emploi stable. Les premiers sont une variable d’ajustement des retournements de conjoncture, comme en témoigne le raccourcissement de la durée des CDD en France. Cette segmentation va potentiellement s’atténuer puisque une vaste offensive a lieu pour créer un contrat unique, bref, dans l’avenir tous précaires ? Une vague de flexibilisation a lieu vers la formation d’un modèle de production où l’accumulation n’est pas tirée par la progression des salaires mais par un mode d’organisation où le salaire est considéré comme un coût qu’il convient de réduire au maximum. Ainsi, le partage de la valeur s’est retourné en faveur du capital sous la mise en oeuvre de politique d’offre et de marchandisation de la protection sociale (sur ce blog voir ici, ici ou).

MAIS le travail n’est pas une marchandise ! L’économie libérale ne connaît pas le concept de rapports sociaux. L’homme est un agent qui maximise son utilité sous contraintes et par arbitrage. Il choisit entre le travail et le loisir, ses comportements sont pris essentiellement sous l’emprise des prix relatifs des biens, il est rationnel et calculateur. La firme est une boite obscure qui fonctionne comme un agent, l’entreprise combine du capital et du travail pour produire. Il ne peut y avoir d’exploitation du travail ou de contestation car le marché régule automatiquement les comportements. Le prix est la seule variable connue, dans ce cadre idéologique la valeur d’échange et l’utilité seraient la même chose. Ainsi, le travail devient une simple marchandise qui s’échange sur un marché à un salaire réel (niveau d’inflation déduit) d’équilibre.

Or, le marché du travail est une fiction théorique qui est utilisée pour construire une interprétation qui ramène tout à une théorie du marché omniscient et à l’utilitarisme. Dans cette optique, travail et emploi sont confondus ce qui n’est pas le cas en réalité ! L’offre de travail provient de la main d’oeuvre quand l’offre d’emploi vient de l’entreprise, ainsi dans un cas l’entreprise est à la baguette, mais pas dans l’autre où c’est l’entreprise qui crée l’emploi et la main d’oeuvre qui l’occupe. Le travail n’est donc pas une marchandise, pour cela il faudrait qu’il soit « produit » volontairement par combinaison productive pour une vente profitable, et qu’il soit détachable de la personne qui l’accomplit, ce qui est impensable. A moins que ce ne soit la personne elle-même qui fasse l’objet de la production, dans ce cas, cela doit être applicable au patronat et aux artisans mais ils ne sont pas des salariés. Le travail n’est donc pas vendu comme une marchandise, il n’est pas échangé à un prix résultant de l’offre et la demande, car les emplois sont créés en fonction d’un volume de production anticipée, et les travailleurs occupent ces emplois. Le salaire n’est pas un prix, il est fixé hors marché par convention, réglementation, concertation…  Le salaire est un revenu minimal avancé en début de circuit sur la valeur de la production future et sa valeur réelle n’apparaît qu’une fois le circuit réalisé, ce qui met en avant l’importance de la validation marchande ou sociale de cette production. Le marché du travail n’existe pas car il ne joue pas les rôles d’un marché, il n’y a pas d’équilibre entre offre et demande, il ne régule pas la quantité de main d’oeuvre et ne stimule pas l’activité en l’orientant.

La division du travail repose sur une division sociale, ou un rapport de production, qui est un rapport d’exploitation. C’est donc la domination qui fonde la division du travail d’un système capitaliste, elle repose sur le salariat qui est un rapport de subordination.

Nos alternatives : Il semble s’opposer deux formes ou deux directions difficilement conciliables :

  • Dans une optique globale : le partage du temps de travail, une démarchandisation de l’emploi et la promotion de la sphère non marchande. Il n’est pas nécessaire de revenir sur la réussite économique du partage du temps de travail (ici, ici, , ou ici, , si avec ça nous n’avons pas assez d’argument ; un dernier ici de Michel Husson qui remet quelques pendules à l’heure !). Le partage du temps de travail a trois objectifs, (i) réduire la production à un niveau qui permette de satisfaire les besoins de tous et enclencher (achever) la transition écologique pour répondre aux besoins sociaux et collectifs (de la construction des écoles, des hôpitaux, infrastructures, mais aussi besoins humains individuels… voir ici un travail théorique) ; (ii) promouvoir la sphère de l’échange non marchand garant de la cohésion sociale (voir ici aussi) ; (iii) garantir le financement d’une protection sociale globale. Ces objectifs doivent permettre un vaste processus de partage de la valeur ajoutée en faveur du travail. La cotisation sociale est donc au cœur du projet. La question de la répartition et de la division du travail est fondamentale et s’inscrit véritablement dans une logique de transition. Il convient de partager le temps de travail social, celui qui permet à la société de se maintenir. Ce partage du travail est réalisable à deux stades : (i) passer moins de temps possible dans la sphère de l’emploi contraint mais nécessaire à la réalisation des objectifs sociaux et économiques de la société et donc dégager du temps libre ; (ii) mais aussi offrir de nouvelles formes d’organisation du travail fondée sur les principes de coopération, de la socialisation des moyens de production stratégique et la mutualisation. Les esprits chagrins mettront en avant la question du financement comme obstacle, mais la sphère non marchande n’est pas réalisée sur une ponction de l’économie marchande, au contraire elle est validée socialement et participe clairement à son financement.
  • Dans une optique individuelle : la revenu universel, qui peut entrer en contradiction avec la première option du moins en fonction des positions des partisans qui peuvent varier (ici, et ici des éléments du débat). On retrouvera ici un texte d’André Gorz qui explique son positionnement, ou ici un texte de Robert Castel sur ce dernier. L’idée du revenu de base s’inscrit dans une logique de sortie de la domination du travail contraint par l’apport à tous les individus d’un revenu individuel et unique lui donnant droit à vivre décemment. Par ce revenu, une nouvelle forme de liberté s’offre à la société : accepter de le compléter par une autre activité ou profiter essentiellement de ce revenu pour s’inscrire librement dans la coopération, l’échange non marchand, l’entre-aide et le solidarité. Il se pose néanmoins la question du financement mais les partisans du revenu de base répondent ici.

En conclusion, la réappropriation du travail doit permettre de recentrer les sociétés vers un vaste projet de coopération par la promotion de l’échange non marchand. Il convient aussi de ne pas oublier la mise en place de nouvelles formes d’organisation de l’entreprise en remettant au goût du jour l’économie sociale et solidaire et plus précisément la coopérative et la coopération. Bien évidemment les dérives de l’économie sociale doivent être combattues, par exemple,  le Crédit Mutuel est une banque mutualiste mais qui, hormis les statuts, n’a pas les comportements objectifs que l’on attendrait de l’économie sociale (ici ou ici).

On peut ajouter le petit texte de Keynes rédigé en 1930 qui philosophiquement est intéressant…

Réapproprier la monnaie

Le constat : La gestion de la monnaie s’est marchandisée, les banques centrales sont devenues indépendantes et n’ont qu’un seul objectif, du moins en Europe, la lutte contre l’inflation. L’usage même de la monnaie est intégré à la logique d’accumulation et l’aspect social de celle-ci est mis sous le tapis. Ainsi, la monnaie moderne ne serait qu’un simple intermédiaire des échanges quand le caractère public de la monnaie semble être complètement oublié. Les années 80 ont été marquées par les réformes bancaires et financières de libéralisation du secteur. La monnaie est traitée comme une simple marchandise et elle est vue comme totalement neutre. Ajoutons à cela la monétarisation progressive des sociétés modernes, qui impose l’usage de la monnaie pour répondre à toutes les nécessités sociales, et qui a pour conséquence : (i) microsociale d’abord, un processus d’exclusion bancaire pour les personnes ayant une mauvaise relation, cette exclusion bancaire est une exclusion sociale, (ii) macrosociale ensuite à travers la gestion des crises de la dette et la recherche de stabilisation monétaire contre la cohésion sociale.

MAIS la monnaie n’est pas une marchandise ! J’ai longuement, sur ce blog, traité de la question de la monnaie et des échanges non marchands dans un article (on peut ajouter deux articles sur la question, un de Théret et un de Jérôme Blanc). La monnaie est une institution sociale universelle, dont découle un rapport social, qui traverse toutes les sociétés, elle permet de médiatiser les dettes, de pacifier les mœurs et elle pose les bases de la société. Son caractère non marchand est historiquement un invariant, seule la dynamique du capitalisme repose sur un usage marchand de la monnaie mais de façon purement subjective. Or, des anthropologues, historiens ou économistes ont montré que la monnaie ne peut être gérée comme une marchandise car elle s’intégrerait dans un marché fictif. La monnaie est un lien, elle a pour mission d’intégrer les citoyens à la société à la fois par l’échange mais aussi par des processus symboliques d’appartenance au groupe (par la réciprocité et la redistribution). La monnaie est donc confiance. L’histoire économique et sociale nous apprend beaucoup, les exemples des annulations de la dette en Mésopotamie, ou le cas des structures d’endettement d’Ancien régime où le remboursement du capital importait peu, montrent le rôle public de la monnaie et l’importance du pouvoir politique dans sa gestion permettant la stabilisation sociale. Ainsi, la monnaie est plus qu’un bien public ou un bien commun, elle est le lien qui unit les citoyens entre eux, qui rattache les travailleurs à la société et qui structure les relations sociales. La monnaie est un lien ou un trait d’union. Ainsi, intrinsèquement elle ne peut être gérée que par la souveraineté populaire et donc son expression actuelle l’Etat. Elle est à la base de la souveraineté et de la continuation des sociétés. Il est inconcevable de ne pas considérer le rôle de la banque centrale comme un outil, instrument, du maintien de la société. Avec l’Etat (par la fiscalité et la redistribution), elle participe à la circulation des dettes de vie et des dettes sociales. Lorsque l’on naît, on part avec une dette de vie que l’on rembourse par l’impôt et on prépare la continuation de la société. La dette sociale est remboursée par les cotisations sociales. Or, la politique économique a besoin de l’impulsion de la banque centrale pour lancer et financer les grands projets qui seront sous validation sociale remboursés par l’impôt. Sans remonter aux calendes grecques, la dette de vie personnelle de nos générations doit sensiblement venir de l’après guerre, or la reconstruction, la protection sociale, les infrastructures, la recherche, etc… n’ont été apportées (et rendues possible) que par le circuit du Trésor et le rôle de la banque centrale et de l’institution bancaire intégrés dans une logique de service public. Ainsi offrir ce « droit » de financement à une banque centrale indépendante et aux banques commerciales a marchandisé la gestion de la monnaie et déstabilisé les économies où la logique interne est bien différente. 

Nos alternatives :  la monnaie est un instrument permettant de concevoir un autre développement et mode de société, il n’est pas possible pour la société qu’elle soit gérée comme n’importe quelle marchandise :

  • Dans point une optique globale : la monnaie doit retrouver son caractère public au service de la société, cela passe par : (i) une socialisation des banques (et banque centrale) par contrôle citoyen, et par la séparation entre banques d’investissement et banques de dépôt, cette séparation nette est nécessaire. La voie vers des banques véritablement mutuelles ou coopératives, avec un vrai pouvoir de contrôle des clients, des salariés et des représentants publics est indispensable (ii) Le rôle de la banque centrale doit être affirmé et confirmé vers des objectifs communs de financement de l’économie réelle et de transition. (iii) Une taxation des transactions financières dissuasives est une étape incontournable, mais pas suffisante d’où la (re)mise en place d’un contrôle des mouvements de capitaux. (iv) la fin des paradis fiscaux et un audit citoyen des dettes vers l’annulation de celles-ci.
  • Dans une optique locale et communautaire : L’expérience des monnaies complémentaires, locales et sociales peut être à promouvoir comme les systèmes d’échanges alternatifs, deux articles ici et  ont posé les termes du débat qu’il convient d’avoir collectivement. On retrouvera une définition par Viveret ; et une plate-forme dédiée permet de présenter les projets.
Réapproprier le terre

Le constat : Dire que la terre et son usage ont été marchandisés revient en définitive à enfoncer des portes ouvertes. Mais, il faut bien comprendre le lien entre le capitalisme et expropriation de la terre. L’accumulation primitive fut rendue possible en Angleterre par le phénomène des Enclosures. Sous le règne des Tudor, les terres communales utilisées par l’ensemble des paysans furent privatisées (où fut réalisés des enclos). Ainsi, un élevage intensif de moutons fut possible pour leur laine et l’industrie du textile. A la suite de la mise en oeuvre de cette propriété privée des terres, une masse de paysans sans terres, et donc sans ressources, ont dû trouver du travail en ville et sont devenus ce qu’on appellera le prolétariat. A partir de ce moment, le processus dynamique du capitalisme fut enclenché (voir Marx et Polanyi). On retrouve la même situation en France sous l’Ancien régime par la récupération des terres par la bourgeoisie marchande à la suite notamment des dettes impayées par la noblesse. Ce processus de privatisation des terres et donc de l’agriculture est un construit social. Mais il convient par la suite de faire le basculement entre terre et environnement. Ainsi, la marchandisation de la terre, de la biodiversité et de l’agriculture entraîne de graves dérives pour la souveraineté alimentaire, la santé publique et l’humanité. L’industrialisation de l’agriculture est elle aussi au centre des débats, le cas de la ferme des mille vaches en est l’expression. Le nouveau credo du gouvernement (l’agroécologie tout droit venu d’une agence de com.) souligne les nombreuses contradictions entre vision productiviste et protection de la santé et de l’environnement. On ne parlera pas ici de la disparition des abeilles, mais il y aurait tellement à dire. De plus, l’industrie agroalimentaire et phytosanitaire opère un hold-up sur l’humanité avec la brevetabilité du vivant…

MAIS la terre n’est pas une marchandise ! La terre est un bien commun. Elle n’appartient à personne, d’abord parce qu’elle n’est pas produite, mais aussi parce qu’elle est à la base même de la reproduction de la vie sur terre. Il n’est donc pas envisageable de laisser au secteur privé et à l’intérêt d’une classe les destinées de l’humanité. De plus, l’impact environnemental d’une vision à court terme mène à une catastrophe humanitaire sans précédent. La finance spécule sur les matières premières contre les peuples. Les spécialisations agricoles des pays du Sud sont tournées vers l’exportation et non l’alimentation de leurs citoyens. La terre, notre terre, n’est donc pas un héritage venu de nos grands parents mais un emprunt à nos enfants. Le marché n’est en aucun cas capable de réguler la terre (on notera un rapport sur la question ici et un diaporama ici plus théorique).

Nos alternatives :  Elles sont nombreuses, elles doivent être globales mais aussi plus « locales ». L’écologie est clairement une question politique majeure :

  • La terre au service de l’homme et du développement :  Ici l’alternative passe par une nouvelle organisation économique et sociale de l’agriculture vers le respect des équilibres écologiques et la souveraineté alimentaire. La question de l’interdiction de spéculer sur les marchés des matières premières est clairement posée. De plus, l’agriculture doit principalement nourrir les peuples, une relocalisation des productions est nécessaire. Plusieurs analyses montrent qu’il n’est pas utopique d’envisager une production bio pour nourrir le monde (ici et ). Mais une autre question se pose inévitablement : la transition écologique. Bien évidemment pas dans l’imaginaire patronal d’une croissance verte qui ne voit que la transition énergétique et non la transition vers un autre modèle de développement. Ce nouveau mode de développement doit être débattu et réapproprié, nombreuses sont les associations du mouvement social qui ont travaillé sur la question (on trouvera des exemple non exhaustifs, ici, ici, et encore ici sur le financement). Ainsi, il convient de mener la réflexion sur la socialisation et la gestion publique des biens communs, la démarche a déjà commencé pour l’eau. Ce processus est à poursuivre et à terminer. Il est aussi nécessaire de stopper l’ensemble des grands projets inutiles.  La socialisation de la gestion des communs passera nécessairement par un retour à la gestion locale et au retour des filières courtes. Dans ce cas, l’impact environnemental est réduit, et un potentiel d’emploi peut se dégager pour les jeunes agriculteurs. Ajoutons l’interdiction de l’appropriation privée du vivant (brevet…) qui passe inévitablement par un pole public de recherche sur ces questions.
  • Dans point de vue locale, la question d’une agriculture locale se pose et peut s’intégrer dans une logique d’économie sociale. Ainsi, la démocratisation des AMAP est nécessaire mais aussi la revitalisation des marchés de producteurs locaux. L’industrie agroalimentaire est donc un première ligne dans la réappropriation de la terre dans une optique de respect des équilibres sociaux et environnementaux. Cette industrie doit être sévèrement régulée au même titre que les centrales d’achat qui ne permettent pas une vraie rémunération aux agriculteurs. Il est possible pour les biens de première nécessité de réfléchir à un prix unique décidé collectivement. Les structures locales de coopérative agricole doivent reprendre leur place et être valorisées vers la satisfaction des besoins et non vers l’exportation et la spéculation. Une politique d’aménagement du territoire est possible avec des structures collaboratives entre acteurs locaux, agriculteurs et la recherche agricole et biologique. Cette dernière doit être tournée vers des techniques saines avec comme objectif la baisse de l’usage des intrants.

[à suivre dans le volet numéro 2 : la réappropriation du politique et les bases d’un autre monde]

Contre tous les obscurantismes….

En passant Publié le Mis à jour le

Cher Charlie,

Je ne t’ai que trop peu connu, non pas que tu ne m’intéressais pas, ohhh non, j’ai très souvent ri de ton impertinence mais mon coeur tendait vers un autre Canard… Cela dit, ton goût pour la critique, la satire, la caricature et l’irrévérence ne m’ont jamais laissé insensible. Tu as participé à ton niveau à ma formation de citoyen et d’Homme libre. Ton rôle fut moindre, je l’avoue, que celui de Karl M., John K., Pierre B., Karl P., Jean J. ou Marcel M., mais tu as été un compagnon de résistance contre l’obscurantisme, la pensée dominante et la fainéantise intellectuelle.

Ce matin, je ne peux que penser à ce que tu nous as apporté. Je parle de toi Bernard, le seul que je connaissais vraiment, du moins par procuration. Quand je regarde derrière moi sur cette étagère, je suis persuadé que Bernard Maris vit toujours par ses ouvrages qui ne prendront jamais la poussière, ils nous rappellent son combat quotidien contre la pensée unique diabolique, qui depuis 1980 nous entraîne dans les Abymes profonds d’une société de marché putride qui met l’être humain à terre pour l’intérêt d’une classe cynique et égoïste. Moi, l’apprenti utopiste, l’élève – oui nous devons l’être à vie, nous avons toujours à apprendre et à apprendre – qui tourne machinalement les pages de ces livres, je me dis que notre oncle Bernard nous accompagnera, nous portera, nous aidera dans notre marche collective vers un autre monde qui aura vaincu l’obscurantisme de ces économistes qui n’arriveront jamais à nous mettre dans une équation. Une nouvelle section économie politique au Conseil national des universités serait une belle ironie du sort, serait un hommage certes bien terne mais un pied de nez à tous ces mandarins.

Je retrouve au fond d’un carton les unes de journaux que je garde précieusement, je retrouve le numéro sur les caricatures de Mahomet autour de celle de la victoire de l’équipe de France lors du mondial de foot en France ou même celle du 21 avril 2002… Belle ironie non ? En 1998, la fameuse équipe black, blanc, beur, qui a fait le bonheur de millions de français, qui a fait descendre dans la rue toute la diversité de notre pays, la main dans la main autour de 22 footeux qui n’ont eu que pour seul mérite de mettre trois buts au Brésil. Mais ce vent de fraternité fut balayé quatre ans plus tard par une tempête qui a détruit depuis toute réflexion saine sur le vivre ensemble. L’extrême droite et la droite extrême, avec le complice soutien de la sphère médiatique dominante, ont créé un vaste climat de haine et de méfiance, remettant sur le devant de la scène l’intolérance religieuse, la guerre de civilisation -vaste duperie et malhonnêteté intellectuelle-, et le mépris affirmé contre toutes voix dissonantes et impertinentes que le moralisme ambiant et réactionnaire honnit. Et pour quel résultat ? Sarkozy et la droite populiste et réactionnaire qui jouent sur les peurs, qui tentent d’installer un climat de méfiance et de haine entre citoyens. Ce qui permet de détourner le regard de la question sociale.

Nous pensions à la sortie de la seconde guerre mondiale que la religion disparaîtrait dans la seule sphère privée et ne dérangerait plus personne. C’était sans oublier tous les excités du crucifix, de la kippa ou de la burqa. Ce numéro des caricatures doit nous rappeler que rien ne peut interdire ce droit de rire et de se moquer de l’ordre spirituel. N’oublions pas tes dessins sur les juifs, les cathos, les politiques, les sportifs, les intellos et autres, n’oublions pas la force de la dérision dans ce monde triste. Tes détracteurs n’aiment pas que ton crayon puisse les mettre devant leurs contradictions et devant la réalité. Alors, on aime ou on n’aime pas, mais la liberté d’expression ne se négocie pas !

Alors oui, certains t’ont attaqué, tu serais un gros beauf raciste… Quelle bêtise, et tu as sublimement répondu à ces attaques ! Car tu ne laisses pas indifférent dans ta constance à dénoncer la Religion, ce rapport de domination mystique d’illuminés contre la raison, contre la tolérance et contre la fraternité. Cette institution obscurantiste qui aliène les peuples, institution inerte aux progrès sociaux, figée dans un imaginaire spirituel ignare du Moyen-Age. On peut, je peux, accepter que cette position fâche, interpelle, choque, mais de quel droit la pensée religieuse viendrait m’imposer ma façon de faire, de vivre et de partager ? J’ai franchi le pas il y a quelques années en écrivant à l’archevêque de Bordeaux pour demander ma débaptisation. Ma maison n’est pas celle de Dieu… Les peuples se sont battus contre toutes les dominations et exploitations, les Lumières et les philosophes ont tué Dieu, et ont montré une direction vers l’émancipation humaine, vers un monde libre, fraternel, solidaire et respectueux, ce train nous ne l’avons pas encore pris malheureusement. Mais cette direction nous l’avons emprunté toi et moi à notre rythme, par d’autres chemins, mais tu y as consacré ta vie et la bêtise humaine, la connerie, l’ignorance ont osé te poursuivre et t’attaquer. Qu’ont-il fait ? Ils ont touché le coeur même de notre vie en société, de nos droits les plus sacrés et notre contrat social. Mais la société d’un élan spontané s’est soulevée, s’est recueillie, a partagé un moment de fraternité entre citoyens, entre TOUS les citoyens.

Voilà 30 ans que l’on nous parle de choc de civilisation, la belle blague… Cette guerre commanditée par les néoconservateurs américains n’est qu’un avatar de l’impérialisme occidental. Cette guerre justifie l’imposition du capitalisme libéral à toute la planète quand l’URSS a disparu. De la lutte des classes on nous fait croire, et certains l’ont entendu, que nous étions en lutte culturelle. Ce n’est bien sûr rien de tout cela, mais cette posture et cette croyance permettent de ne plus avoir comme finalité notre combat du rapport social de production capitaliste, celui de l’exploitation, de l’aliénation, de l’inégalité ; le PS il y a bien longtemps, et bien trop souvent le mouvement social actuel tend à l’oublier se concentrant sur des segments de contestation, la lutte est pourtant systémique… Le capitalisme, et la société de marché qui tente de s’imposer avec,  détruit les repères par la marchandisation du monde, du travail, de la terre et de la monnaie. Qu’il est important de relire Polanyi, Durkheim, Mauss, Bourdieu et Marx ! Cette exploitation du capital sur l’Homme a des conséquences néfastes que le système médiatique et intellectuel dominant cache. Et cela, mon cher Charlie tu l’avais bien compris. La religion, opium du peuple qui tourne à l’overdose, est l’arbre de l’intolérance et du fanatisme qui cache la forêt de la domination et de l’exploitation. Au lieu de s’attaquer aux désastres sociaux, économiques et écologiques, s’est imposé un schéma de lutte autour d’une opposition entre religieux. Il suffit d’étudier tous les excités fanatiques et les fous de dieu pour observer qu’ils sont tous des exclus, des personnes sorties du système scolaire, des précaires qui ont rencontré en prison ou ailleurs de mauvaises personnes, des pommés, des petites frappes. C’est l’exploitation de l’ignorance qui permet cela. N’oublions pas Victor Hugo, lorsqu’on ouvre une école on ferme une prison ! Quand on combat l’inégalité, la pauvreté, l’exclusion et l’exploitation, on participe à une société moderne et progressiste et on ferme la maison du fanatisme et de l’obscurantisme. Tout ce processus de libéralisation, marchandisation, compétition, mépris de classe entraîne une volonté d’en découdre. Les zélateurs, les chiens de garde, les puissants ont créé un nouvel ennemi, ont créé artificiellement une guerre de civilisation qui n’existe pas. C’est l’expression de l’ignorance et de la haine qui s’exprime. Alors, pour détourner le regard de la lutte des classes, les nouveaux fanatismes de Zemmour, Dieudonné, Soral et Le Pen viennent créer artificiellement une guerre entre les citoyens. Bien aidés par les médias dominants… La lutte contre le système capitaliste reste l’unique moyen de sortir par le haut, nous devons ensemble lutter contre cette classe dominante qui nous entraîne au fond. La religion remise au centre du débat public a créé un ennemi qui n’en est pas un. Je n’ai pas d’ennemis qui croient dans un dieu que je n’ai pas, je n’ai comme ennemi que ceux qui mettent la religion au centre du débat public pour légitimer une nouvelle domination et régression. Que chacun croit en son dieu dans son coin, dans sa maison, dans son Eglise, et que nous tous citoyens du monde nous reprenions la lutte pour déloger le capital ! Et cela tu l’avais bien compris Charlie, tu étais parmi les fondateurs d’Attac et Bernard fut membre et vice-président de son conseil scientifique.

Et voilà que l’on vient à nouveau de te tirer une balle dans le dos. Les partis politiques viennent détruire ce moment d’unité avec leur pâle et abjecte récupération. L’appel des partis pour une marche unitaire dimanche a justement détruit l’union nationale spontanée qui s’est créée autour de toi. Le piège attendu par le FN se referme sur nous. MAIS quelle ironie ! L’extrême droite que tu vomissais se place comme recours et crache sa haine sur ton âme. L’UMP est sur le même chemin, cette droite extrême qui sous l’effet Sarkozy s’éloigne des principes et des valeurs républicaines. Les terroristes de la pensée se mettent en ordre de marche. Zemmour, ou la honte nationale, qui participe depuis des années à l’opposition et la haine entre citoyens n’a pas attendu pour ressortir son discours puant. Nous devons toutes et tous être vigilants contre toutes les formes d’amalgame et d’appel à la vengeance, contre les lois d’exception que souhaiteront mettre en place les plus réactionnaires. Cette marche de dimanche, nous y serons pour ta mémoire, mais surtout contre les partis politiques et l’extrême droite, nous serons là pour fermer la fenêtre de tir de la faschosphère et des réacs que tu t’acharnais à mépriser et dénoncer. Nous devons appeler à marcher ensemble contre l’obscurantisme des religions, des xénophobes, des extrémismes en tout genre. Car le piège des terroristes est bien là… installer un climat de peur et de haine entre citoyens. Ces attaques contre les musulmans sont gerbantes ! Nous avons une identité humaine par notre position sociale, notre éducation, notre sensibilité, nos opinions du bien commun mais sûrement pas par nos croyances mystiques. Quand le Ku klux Klan massacre des citoyens américains, a-t-on clamé haut et fort que tous les chrétiens étaient des assassins ? Quand Pie XII n’a rien fait pour aider les juifs a-t-on clamé que les catholiques étaient tous des collabos ? Quand quelques excités ont manifesté contre le mariage pour tous, a-t-on clamé que tous les catholiques étaient réactionnaires ? Quand des excités du crucifix tuent des médecins qui avortent aux Etats-Unis, a-t-on clamé que les catholiques étaient des tueurs ? Et la pédophilie des prêtres ? Tous les cathos sont pédophiles alors ? Bien sûr que non !

La réponse sera donc politique, c’est de plus de droits sociaux que nous avons besoin, plus de démocratie, plus de lieu d’expression. C’est d’échanges, de partage et de solidarité que nous avons besoin. La IVe République tant décriée est la seule qui a offert autant de droits sociaux aux travailleurs, il ne faut pas l’oublier. Cette IVe République de la proportionnelle, des conventions collectives, de la protection sociale. Nous n’avons pas besoin d’un roi tout puissant qu’il soit président ou représentant d’un culte. C’est de lutter contre l’inégalité et l’exclusion que notre salut dépendra. C’est offrir à tous la possibilité de s’émanciper de ses chaînes, à penser en Homme libre, à débattre, à s’engueuler, à dessiner, à s’aimer, qui nous permettra de construire un autre monde, et cela passe avant tout par l’affirmation qu’il n’y a qu’un ennemi : les dominants, les oppresseurs, les exploiteurs et les excités en tout genre.

Nous devons ensemble nous soulever contre tous les obscurantismes, contre toutes les haines, contre les fanatismes, contre les racismes, contre la pauvreté et les inégalités. Nous devons nous lever contre l’ignorance et la bêtise. L’éducation populaire, l’échange fraternel, l’internationalisme, la tolérance, l’égalité doivent nous guider toutes et tous ensemble vers un autre monde où chacun aura sa place, où l’Être humain sera émancipé de ses peurs et de son aliénation. Rien ne doit nous diviser, rien ni personne ne doivent nous opposer les uns aux autres. L’unique soutien que l’on peut t’apporter est ici, c’est cela qui te fait vivre, c’est cela l’esprit Charlie Hebdo, et c’est comme cela que nous continuerons à faire vivre Cabu, Charb, Wolinski, Philippe Honoré, Tignous, Mustapha Ourrad, Frédéric Boisseau, Bernard Maris, Elsa Cayat, Michel Renaud, Ahmed Merabet, Franck Brinsolaro.

Aujourd’hui nous sommes tous Charlie, il faut que demain nous le soyons toujours. 

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Faro Willis

 

Une brève histoire de la protection sociale… à destination des camarades en lutte !

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[intervention présentée lors d’une rencontre « ceux qui grèvent aujourd’hui » à l’initiative de la Coordination des Intermittents et Précaires et Gironde, l’Université Populaire de Bordeaux, ATTAC 33/Campus – Cinéma Utopia le 3 juillet ]

 

Mon intervention débutera par une devinette :

« La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail ne le serait pas ? »

Vous avez bien sûr reconnu Laurence Parisot qui se pose  cette question naïve pour ne pas dire bête.

Alors, chère madame, le travail peut-il être précaire ? La réponse est simple : NON. La vie, l’amour et la santé sont l’expression d’expériences personnelles et individuelles, certes expression vécue dans un groupe social et politique, mais on peut très bien vivre sans amour (nul n’est parfait), et la vie et la santé découle de notre physiologie et nature. Nous ne sommes pas immortels donc mécaniquement la vie et la santé sont précaires. Pour le travail, la question est toute autre… on ne travaille pas par choix dans un système capitaliste, on travaille pour un salaire et par l’obligation d’être intégré dans la société monétarisée et donc salariale. Le capitalisme est un système social organisé par des rapports sociaux construits sur la distinction entre ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre et les détenteurs du capital et de l’outil productif : le capitalisme et le salariat sont la même face d’un mode de production. Les travailleurs vendent donc leur force de travail aux capitalistes sous le régime du salariat. Ce dernier est la seule organisation sociale qui crée une relation de subordination imposée et indépassable. Le code du travail est fondé sur cette relation de subordination et sur les droits à apporter aux travailleurs pour éviter la… précarité des conditions puisque travailleurs et patrons ne sont pas égaux, le patron décide qui travaille pour lui et comment. Le code du travail a pour visée de stabiliser la relation salariale. Il n’existe nulle part cette forme de subordination imposée, la démocratie permet par le vote l’expression et le choix des projets de société, pas dans l’entreprise capitaliste.

Toute l’histoire sociale européenne et mondiale consacre ce lien de subordination, le droit du travail doit permettre de stabiliser cette relation, mis à part Dieu (encore faut -il prouver son existence) personne n’a de droit sur notre santé, notre amour et notre vie, hors société totalitaire. Le travail salarial est donc une organisation sociale et économique qu’il convient de protéger des abus des dominants c’est-à-dire du capitaliste. Le droit du travail est issu de l’apport idéologique (et du combat des salariés !!!!) de la IIIe République et des penseurs sociaux de la fin du XIXe siècle qui estiment que la vie en société crée une dette sociale, la société est considérée comme un tout, un organe où chaque participant a besoin d’un autre, mais certains ont plus que d’autres, certains sont protégés d’autres non, et donc participer à la société entraîne des risques sociaux qui la fondent… ces risques sont l’expression de dette sociale et la société dans son ensemble doit participer au remboursement de cette dette par… des droits sociaux qui vont du droit du travail à la protection sociale.

La question des assurances sociales est fondée sur cette idée de dette sociale, les crises systémiques et récurrentes du capitalisme ont fait le reste : 1880 et 1929 pour citer que les plus importantes et graves… la seconde est une des causes de la IIe guerre mondiale et la montée du nazisme. Par la suite, une vaste démarchandisation de la société et des systèmes d’aide sociale s’est engagée… Quand l’Allemagne avait exploré et mis en place un système d’assurance sociale au XIXe siècle, la France mettra plus de temps, début du XXe siècle une loi sur les retraites ouvrières et paysannes verra le jour mais le point de départ est 1930 avec le loi portant sur l’assurance sociale. Mais de nombreux groupes vont freiner des quatre fers la réforme : les médecins, le patronat, les agriculteurs, mais aussi le monde syndical. Les arguments sont différents, les syndicats estiment que l’assurance sociale consolidera le capitalisme, le patronat pose des arguments libéraux. Certains iront même à justifier la défaite allemande par les assurances sociales qui ont rendu les ouvriers  faibles !

La fin de la seconde guerre mondiale va créer un vaste rapport de force en faveur du monde du travail quand nombres de patrons n’ont pas hésité à collaborer, on pense à M. Renault qui a été puni par la nationalisation de son entreprise… Ainsi les modèles sociaux vont se transformer, mais en France le poids de l’histoire va rendre le système hybride avec des régimes spéciaux qui ont pour certains leur intérêt, pour d’autres non, on pense au régime des agriculteurs qui est d’une régression sociale sans nom.

Le système de protection sociale français est basé sur le lien suivant : Travail salarié – dette sociale – cotisations sociales – solidarité – protection sociale (on pourra voir ici, ici ou des articles consacrés à la protection sociale). Ce système va entrer en crise lors de la contre révolution néolibérale à la suite de la crise du capitalisme dans les années 1970, non pas à cause des producteurs de pétrole mais à cause de la baisse des taux de profits apparue dès le milieu des années 1960 (voir les travaux de Husson ou Duménil et Lévy). Cette situation est un grand bon en arrière avec le retour de la marchandisation de la protection sociale : retour des assurances privées, déremboursement, mais surtout individualisation des comportements, les hommes et les femmes sont responsables des risques sociaux. La pauvreté ? « il fallait travailler à l’école », le chômage ? « il faut demander un salaire plus faible »… l’aide sociale a un coût, les droits doivent disparaître, les travailleurs deviennent des variables d’ajustement et sont dépendants du marché. Ainsi, un autre projet de société s’impose et met en avant les comportements individuels au centre des préoccupations.

Une nouvelle société, contre les peuples et leurs intérêts, s’imposent sous l’effet d’un double phénomène : (i) la financiarisation des sociétés sous l’impulsion de la libéralisation des marchés financiers et la privatisation du secteur public ;  (ii) la segmentation du marché du travail entre intégrés et précarisés. Les premiers devenant de plus en plus rares, les seconds deviennent la variable d’ajustement… Mais cette architecture entre en crise en 2007 sous l’effet d’une crise financière qui trouve son origine dans l’endettement privé , ne l’oublions pas ! La crise des subprimes, sans entrer dans les méandres de l’ingénierie financière spéculative, est la conséquence de l’endettement des populations les plus précaires et pauvres des USA… on a prêté à taux variables et sous hypothèque à une population pauvre parfois insolvable, on comprend aisément  les difficultés de tels comportements économiques (cynique ?). Il convient néanmoins de revenir sur ce comportement des banques, depuis les années 1980 et les politiques économiques pro-rentiers (pro-épargne) à travers les baisses d’impôts, un énorme liquidité draine les marchés financiers, cette épargne au lieu d’être investie dans le secteur industriel finance le secteur spéculatif (moins de 10% des flux sur les marchés financiers ont cette utilité). Que se passe-t-il schématiquement ? On a dégagé des liquidités par les baisses d’impôts aux populations les plus riches, celles-ci ont vu leur niveau d’épargne augmenter, elles ne consomment pas plus mais par contre elles vont placer cette liquidité auprès des banques… qui nous la prêtent à 3% ! Le coût de la collecte de l’impôt n’atteint pas ce niveau… Voilà ce qu’est une politique de classe !

La crise de 2007 aurait pu abattre le modèle néolibéral en déroute, mais avec la collaboration et l’alliance des hommes politiques de tout bord l’Etat, et sans (vraie) contrepartie ont sauvé le système financier international avec une intervention forte pour sauver les banques… qui nous ont bien rendu le service offert en faisant payer la facture aux citoyens. Ainsi, d’une crise financière privée, la crise est devenue publique et les contribuables citoyens (pas les exilés fiscaux) sont punis par les politiques d’austérité toutes inutiles et inefficaces ! Notons avec force que 57% de la dette française est illégitime !

Votre combat chers camarades est d’utilité publique, le milieu associatif et le mouvement social vous soutiennent fermement, votre lutte est salutaire. Mais il convient d’urgence de créer des forums de formation pour les militants et ceux qui grèvent, pour que le combat politique soit efficace, pour avoir les bases d’une compréhension d’un mode de production qui nous assomme, pour la convergence des luttes… cette formation est nécessaire et doit permettre de dépasser les combats de branches (utiles !) MAIS cheminots, intermittents, précaires, postiers, ouvriers,étudiants, chercheurs, profs, fonctionnaires, salariés du privé, vos combats sont les mêmes !!!

Pour conclure, Georges Bernard Saw, prix nobel de littérature en 1925,

« Certains regardent la réalité et disent ‘pourquoi’, moi je rêve de l’impossible et je dis ‘Pourquoi pas ! »

 

 

Lettre de soutien à mes camarades cheminots

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A mes camarades en lutte…

 

Ce matin je suis venu participer à votre assemblée générale, des doutes et des espoirs se sont exprimés. Ce combat vous honore et ne doit pas être vain. J’ai voulu vous apporter tout mon soutien, certes modeste, mais en tant qu’usager je ne peux qu’être avec vous. En tant que précaire de la recherche publique et de l’université qui ne cesse d’être attaquée et offerte à la concurrence et au privé, je ne peux qu’être à vos côté. Cette privatisation rampante de l’université s’inscrit dans la même logique que la réforme du rail. Il semblerait que le privé soit plus efficace, il semblerait, tout nos travaux économiques ont montré le contraire à ATTAC mais ailleurs aussi. Et si le rail privé fonctionnait si bien, posons-nous la question des causes de la nationalisation de 1937, posons-nous la question de du rail britannique de ses défaillances et de son coût pour la collectivité et les usagers.

Mais mon soutien vient aussi et surtout du monde associatif et militant, membre d’ATTAC, de son conseil scientifique, nous avons été depuis 15 ans auprès de tous les travailleurs en lutte, du privé comme du public, nous avons offert des tribunes à nos camarades des fralib, appelé à boycotter les produit Unilever, nous avons soutenu tous les précaires et nous continuons. Aujourd’hui nous vous apportons notre soutien, je peux parler au nom d’ATTAC 33 et ATTAC campus Bordeaux, nous vous accompagnerons tant que possible dans votre combat avec nos moyens et notre savoir-faire. Nous avons commencé au niveau national avec des communiqués de soutien, des démentis, des informations alternatives pour contrer les médias dominants, nous avons travaillé depuis longtemps contre toutes ces politiques. Des collectifs d’usagers se mettent en place, ce n’est pas assez, mais cela existe notamment à Rennes.

Ainsi, nous vous soutenons, je vous soutiens, car votre combat est légitime, mais votre combat est aussi le notre ! Vous ne devez pas être seul, il est de notre devoir d’être à vos côtés. Votre mouvement est un mouvement d’INTERET GENERAL et d’UTILITE PUBLIQUE. Le SNCF n’appartient pas aux cheminots, elle n’appartient pas à Pépy, elle n’appartient pas à l’Etat, elle n’appartient pas aux usagers, elle appartient aux français, à notre génération, à celle de demain mais aussi à nos parents, nos grand parents  qui ont participé à leur niveau à la création et au développement de l’entreprise. La SNCF est un bien commun, elle est à nous tous, elle fait notre modèle et notre société comme la Poste, EDF, l’Ecole, l’Université, l’Hôpital ou la Protection sociale. La SNCF n’est pas à vendre, elle n’est pas à partager, elle est à nous tous et elle est à protéger !

A l’heure de la transition énergétique et écologique nous avons besoin de nos cheminots qui ont en eux l’ADN du service public et de l’intérêt général. Qui peut bien vouloir nous faire croire qu’à l’heure du risque environnemental la SCNF n’a pas mieux à faire qu’être vendu au financier et à mettre des camions sur la route ? La SNCF est notre avenir commun… construire des rails et non pas des chômeurs ! Investir pour les générations futures comme nos anciens l’ont fait pour nous ! Au lendemain de la guerre nous étions pauvres, sans ressources, ruinés, et nous avons fait la SECU, développé la SNCF, fait EDF…

C’est un soutien inconditionnel que nous vous portons, des travailleurs et des citoyens unis ne peuvent être vaincus, les fralib nous ont montré cela…  Cette union est nécessaire et souhaitable, mais est-elle possible ? J’ai l’espoir que oui. Intermittents, précaires, universitaires, profs, contrôleurs aériens, inspecteurs du travail, postiers, hospitaliers…. et toutes et tous qui subissent les attaques contre les droits sociaux, nous avons un dénominateur commun : La lutte contre les politiques d’austérité et les politiques d’économie libérale qui ont pour seul et unique objectif de marchandiser le monde qui nous entoure et de le vendre. Votre combat est le notre, ici à ATTAC lorsque nous luttons contre le traité de libre échange USA-Europe qui aura pour conséquence sur la libéralisation des services publics.

Nous avons, mouvement syndical, associatif, usagers et citoyens une responsabilité historique de maintenir nos services publics et nos entreprises publiques dans un projet de société où l’Homme, la solidarité et la fraternité seraient au centre et non l’égoïsme et l’intérêt privé. Nous devons et nous sommes force de proposition quand nos adversaires nous imposent les mêmes politiques inutiles et inefficaces depuis 30 ans. La dette nous disent-ils ? Mais c’est la leur et non la notre, 59% de la dette française est illégitime d’après notre rapport et notre audit citoyen !

Car les privilégiés, les nantis, les conservateurs ne sont pas ceux que l’on croit, ce sont les financiers, les rentiers, les hauts fonctionnaires, les exilés fiscaux qui mettent à bas notre pays et notre société ! Et sûrement pas les travailleurs… Ils essaient de nous mettre leur crise sur le dos, celle de la finance, ils veulent nous faire payer leur comportement de requins, ne soyons pas une cible facile.

J’appelle de mes vœux, de mes modestes idéaux, à un plus grand rassemblement possible, d’échange, de débat, de rencontre, un soir, une journée, tous ensembles pour vous soutenir, pour converger, pour s’unir, pour s’organiser, pur se connaître. Pic-nic citoyens ? Tables rondes ? Manifs ? Tous les éléments qui peuvent nous unir nous rendra plus fort.

Votre lutte est légitime, et vous avez notre soutien.

 

Ne lâchez rien, ne lâchons rien

 

Fraternellement,

A bas les chômeurs…

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Les mois se suivent et se ressemblent, la politique des socialistes ne change pas, le cap est donné : c’est le choix de l’austérité, du chômage et de la pauvreté. Les arguments des socialistes ne tiennent pas une seconde, il faudrait détruire l’ensemble de notre modèle social, geler les prestations, baisser les salaires, baisser les dépenses publiques pour répondre au Diktat de la Troïka, du FMI mais surtout des marchés financiers. Personne n’est dupe, la politique des socialistes n’est pas tournée vers les français et les citoyens mais vers les rentiers. La France grâce à Hollande a perdu toute souveraineté politique et économique en acceptant de se coucher devant le regard inquisiteur de la finance et de la commission européenne. C’est tout l’enjeu, le dernier bastion d’une protection sociale ambitieuse doit mettre genou à terre. Il faut un exemple à l »ensemble de l’Europe, la protection sociale est morte pour vous tous… Toute la politique des socialistes est de faire accepter cela, l’UMP n’a pas réussi, le PS est en passe si nous nous opposons pas.

Que les socialistes ne soient plus à gauche, nous le savons depuis 1983, mais à ce stade ? Tout le logiciel idéologique du néolibéralisme est accepté, jusqu’à ce qui faisait encore la différence : la compréhension des origines du chômage. Les socialistes ont intégré que le chômage est la faute…  essentiellement des chômeurs et des travailleurs. Alors que  depuis Keynes et Marx, nous savons très bien que les entreprises et les chômeurs n’ont aucun pouvoir sur l’emploi, le point essentiel est la valorisation sociale de la production et donc les besoins globaux, l’ajustement est réalisé par les quantités et non les prix. Vous pouvez diminuer les salaires à 1 euros de l’heure mais si il n’y a personne pour acheter votre production… L’emploi et le production dépendent des grandes variables macroéconomiques qui impulsent les choix. Il semblait que la crise des années 30 avait permis à l’économie et à la société de comprendre certaines logiques, ce n’est pas le cas. Nous avons à plusieurs reprises ici, ici, ici ou , montré la bêtise du pacte de responsabilité et de la politique de l’offre. Mais concernant le chômage, quel est ce positionnement idéologique accepté par les socialistes ?

1. Le chômeur est chômeur… car il le veut bien

Toute la pensée néolibérale part de ce principe : il ne peut y avoir que du chômage volontaire. Dans le meilleur des mondes, le marché du travail est libre, la concurrence non faussée, les salaires doivent s’ajuster automatiquement de telle sorte qu’à un niveau de salaire réel d’équilibre, la demande de travail trouve l’offre et le plein emploi est assuré. On raisonne en termes de salaire réel, c’est-à-dire inflation défalquée, ce n’est pas le salaire inscrit sur votre feuille de paie, mais le salaire réellement consommable et utilisable. Et oui, vous avez, nous avons tous la capacité à connaître précisément le niveau de notre salaire réel pour prendre nos décisions… Donc à ce niveau de salaire réel d’équilibre, s’il y a du chômage, c’est simplement le fait qu’une partie des chômeurs refuse de travailler, car le salaire serait trop bas. Ainsi, il faut les inciter à travailler et donc supprimer les prestations sociales, les allocations chômage, et tout ce qui n’incitent pas au travail. De plus, il ne faut surtout pas d’intervention extérieure qui vienne impacter le salaire réel comme les cotisations sociales car le salaire d’équilibre en serait affecté, c’est à dire que le salaire augmente sans aucune raison économiquement valable et donc la demande de travail (des employeurs) diminue quand l’offre de travail (des travailleurs) augmente. Ainsi, il n’y a plus d’équilibre possible car l’ajustement ne peut se réaliser. Les employeurs limitent leur offre de travail, il y du chômage. L’UMP ne cesse d’expliquer qu’il faut «  une plus grande dégressivité de l’indemnisation chômage des demandeurs d’emploi ». Bien sûr et c’est bien connu, il y a donc environ 3 millions de chômeurs et 3 millions d’offre d’emplois… les chômeurs sont bien des fainéants ! Un petit tour sur le site de pole emploi et on a vite compris la bêtise… il n’y a que 190 000 offres

Par la suite, au salaire réel d’équilibre (w/p)  un niveau de production est possible… voilà pourquoi tout le débat porte sur l’offre  et le coût du travail, tout part de ce présupposé faux : le coeur central de l’analyse est le marché du travail : voir graphique ci-dessous, le premier concerne le marché du travail, le second la production globale. Le niveau de salaire réel permet un niveau de production d’équilibre. La Baisse du salaire (W/P) permet une hausse de la production (Y). Ici, pas de problème de débouchés, car l’offre crée sa propre demande, ce niveau de production optimale est entièrement acheté et consommé. On se demande bien pourquoi il faille défendre le commerce international s’il n’y pas de problème de débouchés… à quoi bon vendre à l’étranger si la production est écoulée dans le territoire national, peut-être parce qu’il y a un problème de surproduction ?

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Toute la politique des socialistes part de ce postulat : le coût du travail est trop élevé. Ce postulat est exactement le postulat néolibéral.

 

2. Mais ça ne marche pas comme cela !

S’il y a du chômage, ce n’est bien sûr pas la faute des chômeurs. Regardons vite-fait le nombre d’emplois proposé par Pole emploi : il est à ce jour de 191 161 offres et il y a 3 349 300 demandeurs d’emploi en catégorie A. Le différentiel est énorme ! Les tenants du néolibéralisme vous expliquent que ce niveau est le reflet d’un salaire trop élevé, en le diminuant, les entreprises pourront créer plus d’emplois et nous aurions progressivement le plein emploi. Mais alors, admettons que le SMIC diminue, ce qui va être le cas très prochainement avec la suppression des cotisations sociales, alors les entreprises comme par enchantement vont pouvoir par un coup de baguette magique créer 1 million d’emplois [d’après Gattaz, mais il n’en est plus très sûr le bougre] ! Ce qui veut dire, qu’il restera 2 millions de personnes au chômage, mais nous dira Gattaz, c’est qu’ils le veulent bien.

Pas besoin d’être économiste pour comprendre l’absurdité. En ce moment, nous expliquent le MEDEF et leurs alliés socialistes, les entreprises auraient un besoin potentiel d’1 million d’emplois, impossible à pourvoir car les salaires sont trop élevés, cela veut dire qu’il existe donc une production potentielle énorme en attente. Mais s’il y a production en attente, il y a donc demande en attente non ? Logique. Et bien non, il n’y a pas de demande en attente (voir graphique suivant), les entreprises n’ont aucune vocation sociale, si elles produisent, c’est pour gagner de l’argent et donc vendre. A l’heure actuelle, d’après l’INSEE et l’institut patronal Rexecode, le coût moyen d’une heure de travail en France est de 34 euros et la productivité française de 45,6 euros par heure. Donc, si les entreprises ne produisent pas et n’emploient pas, c’est tout simplement parce qu’il n’existe pas de demande SOLVABLE puisque les entreprises françaises sont profitables. Baisser les salaires, c’est baisser le pouvoir d’achat et donc le risque de la déflation nous guette. Mais les socialistes n’ont rien compris, et ne veulent pas comprendre, ils sont dans une logique de politique de classe sociale tournée vers le rentier et non vers la salariat.

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Les mythes fondateurs de l’Europe… et du TAFTA

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A quelques semaines des élections européennes, les médias semblent s’intéresser subitement au traité commercial transatlantique (TAFTA) et c’est une bonne chose ! Même le Monde qui ne peut pas être taxé de gauchisme primaire s’est lancé dans une analyse du traité. Sud Ouest, oui vous avez bien entendu, Sud Ouest, a sorti un court article consacré au sujet qui recense l’ensemble des sites et articles qui dénoncent le traité, ATTAC est même citée. Le mouvement social qui a pris à bras le corps cette question trouve enfin un relai médiatique. Or, un risque majeur apparaît, et c’est le revers de la médaille, les médias vont certainement recentrer le débat sur le FN. Ce danger nous guette et nous devons apporter des arguments forts et clivant. Pour cela, il convient d’apporter des éléments de compréhension et d’analyse et de voir quels sont les fondements et présupposés (théoriques) du TAFTA, qui sont exactement les mêmes que ceux de la création du marché unique européen préalable à l’Union européenne.  Tout cela forme une belle mythologie dramatique fondée sur des présupposées, des idées fausses et des croyances.

1. Des fondements théoriques…

Le TAFTA et l’Europe économique sont basés sur quatre postulats :

(i) Le marché : il est une institution de progrès social et de bien être. Pour cela, un seul préalable, le marché doit être libre de fonctionner sans intervention extérieure par définition néfaste. On entend ici une intervention politique. Les prix doivent se fixer sans contraintes permettant un équilibre entre l’offre et la demande et donc débouchant par ajustement automatique sur une production optimale et l’usage de tous les facteurs de production à ce prix d’équilibre. De plus, le marché est naturel et à la base de toutes les sociétés.

(ii) Les marchés doivent tous être libérés de contraintes extérieures, ce qui permet l’équilibre général de l’économie, le plein emploi. Tout équilibre général est un optimum, tout optimum est un équilibre général.

(iii) Le commerce tient une place prépondérante, les hommes ont toujours eu tendance à l’échange, mais l’échange marchand est valorisé. Depuis les Lumières et Montesquieu, « le doux commerce » pacifie et enrichit les hommes. En opposition aux Mercantilistes et autres colbertistes, le commerce est érigé en sacro-saint graal. Pour cela, il ne manque qu’une théorisation pour faire scientifique. La question centrale de la spécialisation des économies se posent : Smith et les avantages absolus, je me spécialise où je suis absolument le meilleur, Ricardo et l’avantage relatif car chez Smith certains pays étaient potentiellement exclus de l’échange, ici la spécialisation est réalisée dans les domaines où vous êtes le moins mauvais, et HOS, théorie centrale et dominante, un pays se spécialise dans les domaines où il détient un avantage en termes de dotations factorielles, s’il y a plein de chinois et donc plein de travail, la Chine se spécialise dans les productions qui nécessitent plein de travail… Ici aussi, le marché est central, il devient international donc les points (i) et (ii) s’appliquent à l’humanité.

(iv) La concurrence fait baisser les prix… et elle est bénéfique.  Donc, l’offre est l’enjeu majeur.

2. Mais nous sommes dans la mythologie

Donc nous aurions quatre préalables théoriques fondamentaux, qui ne seraient en aucun cas discutable. Toutes les croyances mythologiques sont basées là-dessus, on n’est pas sûr qu’Ulysse ait existé mais on y croit quand même. Enfin, du moins sous l’Antiquité. Serions-nous aussi à l’orée d’une antiquité économique ? A coup sûr, nous sommes dans le mythe :

(i)  Le grand apport, ou un des grands apports, de Keynes et de toute l’économie hétérodoxe est fondé sur la déconstruction de l’autorégulation des marchés. La crise de 1929 a apporté les premiers éléments factuels, l’instabilité chronique des marchés financiers aussi. Dans la pensée libérale, l’homme est résumé aux comportements mécaniques et calculateurs recherchant son propre intérêt égoïste. Or, Keynes a montré le rôle des émotions, du mimétisme, de la confiance, des comportements animaux (donc non rationnels)… Ainsi, dire mener une politique de l’offre est une aberration intellectuelle (ici  ou ici) !

(ii) le mythe du marché comme autorité naturelle et institution de bien être fut aussi battu en brèche par l’anthropologie et la socio-économie. Les apports de Polanyi en la matière sont fondamentaux. Le marché est une construction sociale et humaine, il a besoin de règles et de normes, et historiquement il n’est qu’une parenthèse, certes pas refermée, et surtout non universelle. Il faut lire et relire Braudel, Polanyi donc, mais aussi Laurence Fontaine, Graeber, René Passet, et j’en oublie… Sans règles et normes le marché, et l’étape ultime la société de marché, est une institution potentiellement dangereuse qui déstructure les relations sociales qui deviennent impersonnelles. Sur ce blog nous avons beaucoup traité de ces questions dont ici

(iii) le mythe du commerce international facteur de croissance, de bien être et tutti quanti… un auteur a démontré qui c’était plus complexe que cela : Bairoch. Dans son ouvrage mythes et paradoxes  de l’histoire économique, Bairoch montre que si le libre échange est vanté par tous, il n’est pas présent dans l’histoire et les pays protectionnistes (dont la Suisse) ont eu des résultats économiques majeurs. Une brillante thèse est en cours à Bordeaux sur ces thématiques. Bairoch estime que le XIXe siècle est « un océan de protectionnisme cernant quelques ilots libéraux ».

(iv) sur la concurrence, voir ici sur ce blog.

3. L’Europe est économique avant d’être politique : déconstruction de l’idéal libéral

 L’idée même d’Europe unie à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale est une idée audacieuse et brillante, deux guerres monstrueuses, la concurrence et la non coopération entre les peuples, la haine nationaliste, il convenait de créer un espace de paix, et potentiellement lutter contre l’URSS. Mais, il n’était pas possible quelques années après la capitulation de l’Allemagne Nazi de créer une vaste entité politique, communautaire et intégrée. Ainsi, pas d’union politique véritable mais une union économique pour reconstruire l’Europe. Une coopération économique qui devait à terme déboucher sur une communauté et intégration politique. L’Europe s’est faite sur des considérations économiques et la création d’un vaste marché…

On comprend rapidement qu’elles ont été les préalables théoriques à l’intégration économique. N’ayant pas d’autorité politique (Etat ou autre forme d’organisation), la coopération économique et le grand marché doivent être fondés sur des préalables et donc des règles uniques. L’Allemagne, n’ayant pas tourné la page de l’hyper inflation et du chômage de masse qui ont été les causes de la montée du nazisme, a imposé des règles strictes de savoir vivre ensemble, et surtout de savoir commercer et échanger. Le marché n’étant pas l’institution naturelle, il doit être encadré par des normes, surtout si plusieurs Etats très différents participent à la communauté économique. Ainsi, sans autorités politiques et souveraines, des règles technocratiques fondent l’organisation économique de l’Europe. Un marché unique et international a besoin de règles, ce qui tord le coup à tous les présupposés libéraux qui estiment cette institution comme la forme naturelle de toutes les sociétés. L’Europe actuelle est fondée sur la création d’un marché unique et donc sur l’ensemble des fondements théoriques présentés précédemment : marché source de croissance, progrès et bien être, le commerce comme pacificateur des mœurs et des relations humaines, et la concurrence libre et non faussée (cf : vous voyez où je veux en venir… le fameux article du TCE de 2005) source de prospérité. L’imposition du marché unique nécessitait donc des règles… et sans Etat elle est dans l’incapacité de mener une politique économique commune et l’organisation de structure de services publiques, l’Europe est donc fondamentalement une entité d’économie libérale. Il ne peut en aller autrement. Il n’existe aucune expression sociale ou sociétale du vivre ensemble sans autorité politique souveraine et représentative. Ainsi, l’Europe n’est qu’économique, elle est structurée par des lois économiques, qui sous couvert d’une croyance mythologique en sa légitimité, organisent la vie européenne. La commission européenne technocratique est garante des traités fondés sur une organisation qui est structurée par des règles et un ordre juridique pour que les relations économiques ne soient pas faussées par des considérations politiques et sociales. Ces règles de savoir-vivre et échanger doivent garantir une harmonisation européenne, certes fondée sur des mythes qui pèsent sur l’échec actuel de l’Union Européenne.

Pas d’Etat ou d’autorité politique mais un marché unique, le rêve de tous les libéraux du monde entier. Mais, il fallait pour améliorer le fonctionnement et l’intégration économique que ce marché unique trouve… une monnaie unique pour éviter toutes politiques non coopératives de dévaluation et pour éviter les concurrences monétaires. L’Europe a donc imposé une monnaie unique organisée comme le reste du marché unique par des règles strictes et normes libérales : une BCE qui n’a qu’un rôle de stabilité monétaire. La monnaie unique est considérée par ses promoteurs comme un voile, essentiellement un  intermédiaire des échanges, soit l’expression moderne de la fable du troc… Ces positions considèrent que la monnaie est une marchandise comme les autres et qu’elle n’a pas besoin de régulation politique et sociale. Or, Aglietta, Orléan, Keynes, Mauss, et d’autres comme Servet, Zelizer ou Blanc ont montré le caractère profondément social de la monnaie et son rôle actif. Elle ne saurait être une simple expression économique. La monnaie fonde les sociétés et les régulent. Choisir une organisation essentiellement économique de la monnaie est une erreur, elle doit faire société et participer conjointement à la réalisation d’un espace public au même titre qu’une autorité politique. La monnaie unique sans politique unique est inconcevable et intenable. Le débat sur l’euro est légitime mais complexe quant à savoir s’il faut en sortir ou non. Ici, nous ne prendrons pas parti.

4. Et le TAFTA : une mythologie moderne

Le TAFTA est basé sur l’idée que le commerce international permet de faire jouer la concurrence entre les économies par le libre échange et grâce aux marchés autorégulateurs et intégrés, les prix peuvent diminuer et donc la croissance et l’emploi seront au rendez-vous…

Or, nous avons bien vu précédemment que ce postulat était fondé sur des mythes. De plus, le commerce des pays européens est à plus de 70% intra Europe, quel est donc l’intérêt de libéraliser les échanges entre l’Europe et les Etats-Unis ? L’enjeu majeur et premier est l’accaparement par le secteur privé de pans entiers de secteurs protégés pour le bien être des populations et d’imposer des normes privées.  Partout où les autorités politiques ont créé des protections contre les dérives de l’accumulation, le traité de libre échange viendra détruire ces protections sous couvert d’efficacité économique. Comme pour l’Union Européenne, n’existant pas d’autorités politiques internationales, des règles uniques fondées sur les présupposés libéraux doivent s’imposer. Il n’est pas étonnant qu’un tribunal privé arbitral prenne toute sa place dans l’architecture imposée. Le politique étant néfaste et rendant instable les normes économiques naturelles, il est nécessaire de laisser aux mains d’un organe privé la gestion des différends commerciaux. Ce traité, comme beaucoup d’autre, renverse clairement ce qui fonde le politique, l’intérêt privé devient supérieur à l’intérêt commun et collectif. Ce traité est fondé sur un parti pris idéologique qui marque une nouvelle phase du désencastrement de l’économie du social et de la société, l’économie devenant une sphère dominante, or, n’oublions pas que ce processus n’a jamais apporté autre chose que la déstructuration des sociétés et la montée des fascismes qui font leur nid du terrible « il n’y a pas d’alternative » qui rend les partis politiques de gouvernement interchangeables et soumis aux intérêts des groupes privés dominants. La France des années 30 était structurée par des syndicats et une conscience politique républicaine et sociale née des années de lutte des classes, la France des années 2010 se décompose sous la précarisation, la pauvreté, la résignation, l’inconsistance coupable et complice des socialistes avec les intérêts du capital, et les inégalités. Espérons que l’idéal républicain et social demeure dans l’inconscient collectif, ou les lendemains ne risqueront pas de changer mais plutôt de se brunir…

Ce soir, la Protection sociale est morte…

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L’UMP en rêvait, les socialistes l’ont fait !

Ce soir le France n’a plus de protection sociale, à moins que certains socialistes aient le courage de ne pas voter la confiance du gouvernement. C’est une purge à laquelle nous assistons, après des décennies de combat, les socialistes ont enterré le contrat social de notre pays.

Ils n’ont donc rien compris, ou plutôt ils terminent le projet de société débuté en 1983. Comment peut-on accepter ce projet de société ? Comment des gens qui se réclament socialistes peuvent accepter et voter la confiance du gouvernement ? Les socialistes ont choisi leur camp. C’est beau de montrer les muscles dans la presse, de crier le refus du social-libéralisme, mais l’appel de la cantine est trop forte. MERCI, MERCI aux socialistes pourfendeurs de la protection sociale. Ce gouvernement doit être combattu, nous n’aurons rien de leur part, la résistance doit s’organiser. Car, Valls et les socialistes crachent sur nos glorieux martyrs de la résistance, ceux qui ont permis l’Etat social quand le patronat organisait la collaboration… avec la complicité de certains fonctionnaires bien connus…

RESISTANCE le 12 avril le 12 avril, tous à Paris !

Mais, voici les annonces de Valls [voir Le Monde] :

« il avait en effet annoncé devant les députés socialistes des économies supplémentaires par rapport aux 50 milliards d’euros prévus pour financer des mesures en faveur des ménages les plus modestes. Il enchaîne une série d’annonces sur la fiscalité » :

un allègement du coût du travail à 30 milliards d’ici 2016, Quand l’incompétence et le mépris de classe s’arrêtera, il n’y a pas de problème de coût du travail en France ! voir ici ou ici

une suppression totale des cotisations patronales à l’URSAFF au 1er janvier 2015 C’est fait… qui va financer la Protection sociale ? Le choix est clair, les assureurs se frottent les mains, le partage de la valeur ajoutée au profit des entreprises va encore s’améliorer… belle justice sociale ! Voir ici ou ici

une suppression des charges pour un employeur d’un employé payé au smic DONC baisse du salaire socialisé ! et pour quels résultats ? La hausse des dividendes, voir ici

un abaissement des cotisations familiales de 1,8 point au 1er janvier 2016 – 4,5 milliards d’euros d’allègements, qui seront compensées par « d’autres recettes » Chez les technocrates cela veut dire hausse de la CSG ou de la TVA…

une réduction du taux normal de l’impôt sur les sociétés à 28 % en 2020, en 1986 à 33% en 2007, pour quel résultat ?

une réduction de la C3S (contribution sociale de solidarité des entreprises), supprimée sous 3 ans SUPPRESSION d’une contribution de solidarité !!!! MERCI QUI ?

une suppression de la surtaxe sur l’impôt sur le résultat des sociétés instaurée par Sarkozy : le taux normal sera abaissé à 28 % en 2020, avec première étape intermédiaire en 2017 ?????? c’est une blague ?

une diminution des cotisations salariales pour les salariés au smic, ce qui représentera 500 euros par an de salaire net en plusAu delà de la malhonnêteté, SI ET SEULEMENT SI le patron le souhaite, c’est la même situation que pour la baisse de la TVA dans la restauration !

CONCLUSION :

Les socialistes s’attaquent au financement de la protection sociale pour la détruire. Nous vivons un ajustement structurel comme jamais, un transfert de la sphère non marchandes aux requins de la finance. LE PS NOUS A TUE !

Anthropologie économique des Schtroumpfs

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Le Schtroumpf financier…

Qui aurait pu penser qu’une BD puisse apporter à l’économie politique ?

Le Schtroumpf financier est de celle-là. Tout le monde connait cette petite communauté d’hommes bleus. Cette société est fondée sur des échanges non marchands mais surtout non monétaires (au passage on rappelle les articles sur ces concepts ici).

En effet, les schtroumpfs vivent dans une société de don et donc de contre-don, l’accumulation n’existe pas. L’économie schtroumpf est fondée sur une spécialisation forte et une répartition des tâches et du travail très codifiée, chaque membre à un rôle particulier, nous avons en fait une société de petits producteurs individuels qui agissent pour le bien du groupe. Cette société n’étant pas fondée sur un régime capitaliste, il n’y a pas de salariat, pas d’exploitation du travail, et pas de profit monétaire, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de domination. Si profit il y a, il se comprend comme un gain social supplémentaire pour la collectivité. Ainsi, la société se perpétue car chaque individu a une place prédéfinie, un rôle social et économique. Les schtroumpfs ont donc un savoir, une compétence qu’ils échangent contre d’autres savoirs ou compétences. Aucun passager clandestin dans cette société, hormis peut-être le schtroumpf paresseux, mais il est plutôt considéré comme malade et donc il peut bénéficier de l’échange sans apporter sa contribution. Bref, cette société fortement encadrée et hiérarchisée fonctionne sans argent. Les schtroumpfs étant immortels, du moins c’est une hypothèse crédible, la monnaie n’est pas nécessaire pour perpétuer la société, on peut penser qu’il n’y a pas de dette de vie.

Or, dans le schtroumpf financier, un intrus apparaît… à la suite d’un malheureux accident, le grand schtroumpf est grièvement blessé. Il faut vite demander l’aide du magicien Homnibus. Les choses vont se gâter. Le petit schtroumpf qui fait le messager va devoir aller dans le village des hommes avec Olivier pour récupérer des herbes pour soigner le grand schtroumpf. Quand Homnibus donne de l’argent à Olivier, voilà notre petit schtroumpf désarçonné, à quoi sert l’argent ? Lorsqu’il pose cette question, on sent un petit désarroi d’Olivier… qui néanmoins lui explique le fonctionnement. Quand ils arrivent au village, Olivier explique qu’il faut gagner son argent, et donc… travailler contre rémunération, chez les schtroumpfs, ce n’est pas le cas, on travaille pour le groupe et en échange de services. Oliver présente une forme particulière d’échange principalement marchand.

De retour au village, le futur schtroumpf financier trouve l’idée originale et tente d’imposer l’argent au groupe. L’autorité morale et politique étant malade, il va pouvoir passer outre, et imposer l’argent. On comprend dès lors les difficultés, on retrouve les mêmes en Europe, une monnaie commune sans peuple et autorité politique qui en gère le fonctionnement. Une monnaie commune sans pouvoir politique. Bref, il se lance quand même dans l’aventure. Mais comment faire ? Il faut d’abord, pense-t-il, convaincre… et puis non, il décide de créer une monnaie. Le reste viendra tout seul se dit-il !

Et le voilà parti faire le tour des compétences, tout d’abord il va voir le schtroumpf peintre (p. 12) et lui commande un dessin : une tête de grand schtroumpf dans un cercle. Et oui, une monnaie est avant tout l’expression d’un pouvoir, qu’il faut légitimer. En associant le grand schtroumpf, en personnifiant la monnaie, on crée un sentiment d’appartenance à un collectif et à un groupe. Mais surtout on crée de la confiance, cette pièce avec l »expression de l’autorité va rassurer…

Ensuite, il faut fabriquer les pièces… là aucun doute, le schtroumpf mineur sera d’une aide précieuse. Celui-ci lui donne avec plaisir ce tas d’or inutile pour la collectivité, car « c’est un métal trop malléable. Il brille, mais c’est tout » (p. 14). Alors que le silex lui a un intérêt, surtout pour le schtroumpf maçon. Et voilà, notre financier avec un stock d’or qui fera bien l’affaire.

Pour le moment, notre schtroumpf financier est dans une logique de monnaie-marchandise, pour lui, c’est potentiellement qu’un intermédiaire des échanges, un simple outil, rien de plus. Les choses vont se compliquer car la monnaie est bien plus.

Il explique donc comment cela fonctionne (p. 18), et après une consultation pas très démocratique, ce que fera remarquer schtroumpf à lunettes, le principe est accepté ! Pour avoir l’unanimité requise, on vote pour le schtroumpf paresseux qui s’était endormi. Bref, un peu comme dans l’Union européenne, non ?

Maintenant, il faut partager l’argent, chacun a le droit à une part, inscrite dans un registre. Mais, premier problème, le financier prend une part double, ce que contestent les autres… mais tout est rentré dans l’ordre, le schtroumpf financier a des frais… et l’idée.

Le lendemain matin, les schtroumpfs découvrent l’usage de la monnaie… pas une ni deux, un gros problème apparaît (p. 20) : comment se fixent les prix ? Tous se retrouvent chez le financier pour lui demander, voilà sa réponse :

 » Bon calculons ! Si le paysans met autant de jours pour schtroumpfer un sac de blé et que le meunier achète ce blé autant, il peut schtroumpfer sa farine autant au boulanger qui lui pourra schtroumpfer son pain autant. Tout en tenant compte du temps passer à schtroumpfer et des frais fixe, on peut raisonnablement schtroumpfer que… »

Et oui, nouvelle considération d’économie politique, et même si Smith et Marx sont inconnus, la valeur des choses chez nos schtroumpfs est fondée sur le travail ! Quoi de plus normal…

La société de don, qui caractérisait les schtroumpfs, disparaît avec l’instauration de l’argent, mais les moeurs n’ont pas encore changé, quand il sera l’heure de manger, le schtroumpf cuisinier demandera le paiement du repas. Ce qui n’est pas bien accueilli. Car, si dans la société de don schtroumpf, chaque personne a une place et un rôle, la monnaie va modifier cet état, car des « professions » vont soit disparaître soit avoir de grosses difficultés. C’est le cas du schtroumpf musicien, qui avait le rôle social du divertissement, mais maintenant, il doit gagner son argent. Ainsi, il ne joue plus pour le groupe, mais pour lui et une rémunération. Idem pour le schtroumpf farceur… et je ne parle pas de la domination masculine, la schtroumpfette n’a plus aucune considération, car ses activités sont toujours non marchandes (le soins du grand schtroumpf par exemple).

Ainsi, une forme d’accumulation s’installe, surtout pour les schtroumpfs qui ont les activités les plus lucratives : boulanger, cuisinier… Que faire du stock d’argent obtenu ? Le schtroumpf financier va créer… la banque, l’intérêt, l’épargne et le crédit. Il y a tout un passage sur ce fonctionnement fort intéressant (p. 26 et 27). Le schtroumpf financier propose un placement à 6%, alors qu’il prête à 10%.

Le schtroumpf paysan, qui n’a aucune confiance dans le nouveau système de banque, va enterrer son argent, un chemin, il doit passer sur un pont, qui jadis était entretenu par l’ensemble des schtroumpfs car c’est un bien commun et fort utile, mais maitenant que la logique marchande s’est installée et faute d’Etat pour financer les biens collectifs, aucun entretien n’est réalisé. Le pont s’effondre… Toute ressemblance avec l’Europe n’est pas fortuite. N’ayant pas d’autorité politique, de gouvernement européen, il ne peut y avoir de politique commune efficace, l’Europe ne prend pas en compte les services publiques et ne lève pas d’impôts, idéologiquement, les biens communs, publics et les services publics doivent être privatisés. La situation des schtroumpfs est la même. Pas d’Etat, pas d’impôts, donc de projet de société, alors les services qui devraient être publics sont appropriés par le secteurs privés, p. 30, le schtroumpf financier propose de réparer le pont… il y aura maintenant un péage ! Le schtroumpf bricoleur pour avoir le marché, va devoir faire un devis… grâce à une corruption orchestrée, il pourra avoir un prix intéressant. Toute ressemblance avec les marchés publics..blablabla…

Un autre phénomène apparaît très rapidement… le surendettement avec un système proche des subprimes. En effet, le schtroumpf financier prête de l’argent… contre hypothèque ! Le schtroumpf coquet n’ayant plus de garanti, il ne pourra plus obtenir de crédit…

Après une petite histoire avec Gargamel, le grand schtroumpf souhaite organiser une grand fête, mais sans argent… elle n’aura jamais lieu ! La société schtroumpf commence à se déliter, les inégalités explosent entre ceux qui ont une activité rentable et les autres, donc entre ceux qui ont l’accès à l’argent et les autres. Le schtroumpf paresseux ne dort plus,  le travail prend une place surdimensionnée, l’entre aide n’existe plus car l’argent a imposé un nouveau mode de pensée. Le schtroumpf financier s’est enrichi quand les autres tombent dans la misère.

La colère gronde, les schtroumpfs quittent le village pour retrouver une vie meilleure. Ainsi, tout rentrera dans l’ordre et les pièces d’or seront fondues pour faire de nouveaux instruments de musique.

Que retenir de cette BD. Plusieurs choses :

1. La monnaie n’est pas un simple intermédiaire des échanges, la fable du troc est un mythe. La monnaie est une institution sociale, elle fonde la société et ne peut être considérée essentiellement sur des considérations économiques. Quand c’est le cas, et quand monnaie est considérée comme une marchandise et non comme un signe d’appartenance, les plus grandes difficultés apparaissent et de nouvelles valeurs s’imposent.

2. La monnaie sans pouvoir politique est vouée à l’échec, la monnaie sans légitimation est vouée à l’échec. Une autorité politique est essentielle dans sa gestion. Elle est un bien collectif, l’appropriation privée de la monnaie est déstructurant. Une régulation sociale, politique et économique est nécessaire et surtout légitime son usage.

3.  Dans le cadre des schtroumpfs, la monnaie est perçue par son fondateur essentiellement sous la forme conceptuelle d’une monnaie-marchandise, ainsi, il pensait bien faire, l’introduction de celle-ci devait améliorer les échanges. Or, l’imposition forcée de la monnaie a eu un impact social qui a mis en mal la société de don, car une forme de comportement utilitariste s’est imposée ainsi que des formes de domination.

4. L’ensemble de l’échange non marchand a disparu, tout a un prix.

5. Ainsi, il convient de concevoir la monnaie sous des considérations non économiques, si la monnaie est un phénomène universel, sa conception purement marchande n’est qu’une vision de l’esprit idéologique et restreinte à des sociétés particulières. Si le capitalisme a imposé cette vision, il est nécessaire d’en dépasser cette simple expression. La situation européenne est un bon exemple.

 

Contre le front national, pas de front de gauche mais un front populaire !

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Voilà, le PS a définitivement tourné le page Jaurès… il est vrai depuis 1983, mais la nomination de Valls fait de ce parti un parti officiellement de centre droit, qui passe en une phrase de Hollande d’un parti potentiellement partenaire à un parti UMP compatible. Hollade a fait une double faute, politique et morale. Politique car il pousse sur sa droite, alors que le résultat électoral est un refus de la politique menée, morale car arrive à Matignon un petit caporal autoritaire.

Ce parti est dans le déni, en perdant les élections comme jamais, en étant sanctionné massivement par une abstention de gauche sans commune mesure, Moscovici nous explique que le problème du gouvernement fut un manque de pédagogie et de résultats ! Sur les résultats, ils ont tous faux, nous l’avons expliqué ici même à de multiples reprises (ici, ici, ou ), Husson et Gadrey aussi, et tellement d’autres… La question du manque de pédagogie n’est même pas à discuter, la com, toujours la com. Si ce n’était pas aussi pathétique nous pourrions rigoler des éléments de com des socialistes qui viennent nous expliquer de la nécessité de justice sociale accolée à la politique menée. Ce passage est hallucinant de bêtise. Leur politique d’austérité fait payer les pauvres ! La baisse des dépenses publiques, inefficace, pénalise les classes populaires qui vont voir les services publics au mieux se dégrader, au pire fermer, des infrastructures sombrer, des politiques sociales disparaître. Les riches eux vont à l’école privée, en clinique, ne prennent pas les transports terrestres en commun, mais l’avion. Pour un aéroport à Nantes, il y a de l’argent, pour garantir une retraite décente à 60 ans, beaucoup moins… elle est belle la justice sociale du PS.

C’est une politique qui a été rejetée, et elle est rejetée depuis 30 ans à toutes les élections intermédiaires… Hollande mène la politique de Sarkozy, Fillon a mené celle de Ayrault. A force d’être trompé et roulé dans la farine, pour ne pas dire cocufié, nous retrouvons 38% des électeurs qui ne se sont pas déplacés. Voilà la signe du refus de la politique du PS. La montée (médiatique) du FN en est la conséquence. Le FN évolue à la marge en termes de voix, mais si les électeurs ne se déplacent pas, alors en termes relatif le score est élevé. Mais ce score, aussi important qu’il soit n’est que le résultat d’une situation économique conjoncturelle et structurelle.

J’ai en tête un graphique qui a marqué ma scolarité. Celui du lien entre hausse du chômage en Allemagne et montée du vote nazi… OUI, l’histoire se répète malgré les divagations d’experts qui prônent le statut quo. Mais, à la grande différence de 1930, il n’y a plus en France de syndicats puissants qui structuraient les luttes et apportaient l’éducation populaire, il n’y pas de parti de gauche puissant pour influencer la SFIO et les radicaux.

J’ai en tête Karl Polanyi qui a démontré les impacts politiques et sociaux de la création (et libéralisation) des marchés de la monnaie, du travail et de la terre. Cette libéralisation  de marchés a pour objectif d’imposer une société de marché qui déstructure la société dans son ensemble et pousse l’extrémisme, le repli sur soi. L’Etat social fut le résultat de la protection de la société…

C’est donc une prise de conscience politique massive qui, à l’heure actuelle, est nécessaire. Cette prise de conscience passe par la création d’un front populaire avec programme commun. Le temps du grand soir attendra quelques années, le temps presse, il convient que toutes les composantes progressistes s’unissent en collectif citoyen local et national de front populaire pour que mouvement social et parti politique se rassemblent autour d’un programme de transition et de combat. Mais pour cela, plusieurs préalables sont nécessaires :

1. la gauche du PS doit être un électrochoc et quitter le parti pour en créé un autre. Le PS est un arbre pourri, plus rien ne peut être fait la dedans. Laissez les opportunistes, ayez un peu de courage politique, changer la donne.

2. Le PCF doit comprendre qu’il ne pèse plus rien et que le chantage à l’élu doit cesser. Le PCF lors des collectifs anti-libéraux a détruit une dynamique puissante pour obtenir 2% des voix. Le PCF doit être un acteur du changement.

3. Mélenchon et le PG doivent eux aussi changer, participer à la création d’un mouvement populaire et du peuple et reconquérir le terrain. Crier plus fort que la Lepen ne sert à rien et Mélenchon doit jouer collectif.

4. Les autres mouvances du front de gauche doivent avoir toute leur place et participer aux combats à venir pour élargir la base du front populaire.

5. Le mouvement social doit participer aux débats sur un programme commun, apporter son expertise dans les thématiques et domaines de compétence et surtout créer partout ou cela est possible des opérations d’éducation populaire comme en 2005.

6. Les syndicats doivent être un relai fort et puissant dans les boites où le chômage et la précarité les rendent faibles.

Il est donc nécessaire de créer dans les villes, les villages, les banlieues, les boites, les universités, des forums et collectifs citoyens qui travaillent sur un programme commun de gouvernement de transition, qu’ils soient des relais des combats politiques, un réseau d’éducation et d’expertise pour montrer que les alternatives existent et sont crédibles.

Il n’y a plus de temps à se battre pour quelques conseillers et bout de ficelles, c’est tous ensemble que nous devons changer le pays et l’Europe, sur des bases communes qui nous rassemblent : réduction du temps de travail, partage des richesses, socialisation des secteurs stratégiques, 6e république et transition écologique. Un tel front populaire est le seul moyen de reprendre le pouvoir, de changer la société, de révolutionner l’Europe.

 

Quand le Crédit agricole se fout de nous…

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Nous avons tous vu une belle pub du Crédit Agricole (CA) qui tourne en boucle, nous y voyons un bon et gentil banquier rencontrer des vrais gens. Ce banquier explique que l’épargne des vrais gens a permis de financer l’activité d’un autre vrai gens.

Nous remarquerons que depuis 2008, les banques tentent de se refaire une virginité éthique. Toutes nous expliquent leur rôle, les actions citoyennes, tout d’un coup on ressort le coopératisme bancaire, le CA aussi, un peu de mauvaise foi pour cacher que depuis 2001 le CA est une holding financière… Toutes jouent le renouveau. Hormis, il faut le dire, la Société Générale qui dans ses pub joue sur la peur des vrais gens, et ajoute un peu plus une couche au climat anxiogène. N’ayez pas peur, la Société générale est là pour vous (j’en connais un qui dans sa tombe ou en enfer doit être content que ses techniques de propagande fonctionnent toujours…).

Dans ce grand élan de transparence, nous aimerions que la Société générale, BNP nous informent de leur participation au grand jeu de l’exil fiscal et des paradis fiscaux

Bref, revenons à notre pub du CA… cette pub est fondée sur un gros mensonge. Grâce à votre épargne nous finançons les entreprises. Et ben non… à part pour les économistes libéraux, la relation est inverse, l’investissement crée l’épargne, Keynes l’a démontré et prouvé, et les banquiers le savent pertinemment ! L’inverse revient à penser que c’est les épargnants qui agissent sur les comportements des banques, car l’épargnant par ses dépôts permet au banquier de financer les investissements. Le banquier serait dépendant de l’épargne (on comprend l’absurdité). Ce sont les banques qui agissent sur l’épargne. Car lorsqu’un épargnant désépargne, il retire une somme d’argent qui viendra directement alimenter le compte d’un autre agent dans une autre banque. Keynes dira dans une réponse à Robertson en 1931, le montant de la thésaurisation (épargne pour faire vite) « n’est pas l’affaire du public, mais celle des banquiers ». Ainsi, par les actions et crédits, les banquiers distribuent des ressources pour l’investissement et l’activité et donc entraînent avec elles un retour de l’épargne après réalisation de la production (c’est l’idée du multiplicateur). Jamais un banquier avant de prêter ne vérifie si son stock d’épargne est suffisant. Il regarde le remboursement et le retour sur son avance. Si le vrai gens de la pub n’avait pas été là, rien n’aurait empêché le banquier de prêter. Et oui, le banquier… crée de la monnaie par ses crédits, l’épargne devient le résidu de l’activité créée.

Demande anticipée et débouchée -> entreprises -> demande de financement -> Banques -> financement -> entreprises -> production -> distribution des salaires -> ménages -> consommation -> entreprises -> remboursement des prêts -> banques <- épargne des ménages (ce qui reste après consommation)

Bref, cette pub met dans la tête des gens un vieux mythe de l’économie libérale, que même les banquiers refusent ! Mais que voulez-vous, la com c’est la com !

Mais, ce n’est pas fini, un gros bobard par omission est présent dans cette pub, il faut toujours regarder les petits messages qui s’affichent en bas en tout petit, petit. C’est comme les produits cosmétiques ou de régimes, quand le monsieur de la pub vous dit « ça marche, c’est prouvé ! », oui, le message déroulant explique qu’il y a eu une étude sur 20 personnes et qu’à 85% les résultats sont immédiats… quelle significativité ! Pour notre pub, c’est la même : 100% de l’épargne bancaire sert à financer des projets… encore heureux c’est leur fonction ! L’épargne bancaire c’est le livret A – financement des logements sociaux et non le restaurant de notre figurant, les fonds ne sont pas gérer par le CA -, le plan développement soutenable (pour financer les investissements d’économie d’énergie et c’est vrai le financement des PME), le livret d’épargne populaire… bref des produits d’épargne qui légalement servent à des financements particuliers ! Par contre, le gentil banquier ne nous dit pas de ce qu’il fait du reste….

Bref, au bout du compte, une communication qui raconte n’importe quoi… mais ce n’est que de la pub au service de l’idéologie dominante.

Histoire d’un roman… EXLUSIVITE

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En exclusivité la première version du prologue de mon futur roman

PROLOGUE

 

Saint-Ciers. France – février 1912. Une nouvelle fait le tour du village,  Wilhem est né. Ferdinand ne travaille pas aujourd’hui, les champs peuvent bien attendre un peu. Que d’insouciance légitime dans le regard des parents. Ce garçon on l’attendait depuis un petit moment. Dans les bras de Victorine, il ne se doute pas qu’il vivra par procuration une des plus ignobles des Guerres de l’histoire, pas plus qu’il sera quelques années plus tard un résistant ordinaire de la barbarie humaine. Cette famille traversera le XXe siècle fière d’avoir accompli ce qu’on attendait d’elle, mais surtout d’en être revenu vivant…

Grimsby. Angleterre – mai 1914. Thomas, contremaître aux docks de Grimsby,  rentre du port retrouver ses anciens camarades de classe au pub. Il discute des tensions politiques et nationalistes, l’Allemagne réfléchit à des préparatifs d’une guerre préventive contre la France et la Russie. Tous espèrent une fin heureuse des crispations identitaires. Autour d’une bière, ils ne se savent pas qu’ils répondront à l’appel de Kitchener à constituer un bataillon de copains…

 Casablanca. Maroc – juin 1914. Malik participe à la construction d’un entrepôt qui doit très prochainement recevoir des munitions, des armes et des uniformes. Il vient d’être incorporé de force à la Troupe auxiliaire marocaine, il ne souhaite pas se battre, son père a connu l’horreur des combats en 1870, lui a vécu le coup de Tanger. Il ne sait pas qu’il viendra compléter le 1e régiment de tirailleurs marocains qui s’illustrera sous le nom de Brigade de chasseurs indigènes en septembre…

 Dresde. Allemagne – juillet 1914. Karl fête ses 23 ans par une convocation. En tant que réserviste, il doit se rendre à son régiment le plus rapidement possible. Il est chimiste, ses compétences sont recherchées, il n’imagine pas qu’il participera à la première attaque de gaz contre les armées françaises sous la direction de Haber. Il ne sait pas encore  qu’en transite à Berlin en 1917 il rencontrera un caporal qui le fera fusiller en 1941, quand il refusa de modifier un pesticide, lui c’est pour la vie qu’il travaille…

Saint Petersburg – août 1914. Vladimir du haut de ses 14 ans vient de terminer son service de nuit à l’usine. En rentrant chez lui, il rencontre son oncle, policier, qui lui annonce que l’Allemagne a déclaré la guerre à l’empire Russe. Il retourne à l’usine prévenir les camarades du syndicat, lui n’a pas peur, il est trop jeune, mais ses amis de galère ? Il ne sait pas que sa guerre à lui sera civile…

 

Le 3 août l’armée allemande déclare la guerre à la France et entre en Belgique…

 

 

Lettre ouverte à Mme Concurrence…

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Chère Mme concurrence,

Il paraît que vous faîtes baisser les prix… Il paraît, oui, car à y regarder de plus près, on peut se poser des questions. Comme le dit si bien Léon Lederman, prix nobel de physique en 1988, « on peut observer beaucoup, simplement en regardant…« , et bien moi je vais regarder un peu ce qui se passe autour de nous.

Et, je me demande si on n’est pas en plein mythe, et un mythe qui a quand même la vie dur, aidé par l’idée simpliste que plus on est d’offreur, plus les prix baissent pour qu’il existe un équilibre sur le marché entre offre et demande. Déjà, on part d’un postulat d’équilibre des marchés, je pourrais m’arrêter là tout de suite.

Mais, si j’observe tout bêtement les faits, je m’aperçois que nous avions (et avons) le prix de l’électricité le plus faible du monde ou des prix des transports en commun plus que compétitifs. Certains économistes orthodoxes ou idéologues vous diront que c’est normal, ces secteurs sont particuliers et représentent ce qu’on pourrait appeler des monopoles naturels à cause des problèmes de coûts liés au réseau. D’autres vous diront que ce niveau de prix est faible à cause des subventions et que l’on ne paie pas le vrai coût. Soit… mais si c’est un choix validé socialement et accepté par la nation, alors rien de plus normal. Donc, jusqu’à preuve du contraire, ces secteurs sont nationalisés ou publics par choix de société ou par la force de l’histoire, alors pourquoi les privatiser si nous n’avons pas à nous plaindre de coûts excessifs ? Surtout que l’histoire économique montre que la nationalisation des chemins de fer est liée à l’impossibilité structurelle du secteur privé d’organiser et gérer les infrastructures ferroviaires, on voit ce qui se passe en Angleterre. Et on remarquera que depuis que des processus de privatisation sont en cours les prix augmentent…

 1. Si le patron existe, c’est pour faire des profits…

Pourquoi privatiser ces secteurs si on sait pertinemment que l’avantage pour le consommateur est nul ? Tout simplement parce que la concurrence ne réduit pas les prix, mais permet de marchandiser des secteurs et donc potentiellement une source de profits pour ceux qui savent y faire. C’est là que le bas blesse… Non la concurrence ne baisse pas les prix, au contraire des progrès techniques et organisationnels. Moi, je regarde le prix de mes chaussures, je m’aperçois qu’il augmente depuis 1972, la veille de la crise économique et du phénomène de délocalisation et de celui de la diversification des produits et donc l’entrée de nouveaux concurrents [cf graphique suivant]… idem pour les vêtements. La concurrence internationale, des territoires dans ce cas, qui a agit monstrueusement sur les conditions de travail n’a permis que de maintenir des marges et des profits pour les entreprises, sans jamais de retour sur les prix. C’est ça le capitalisme, la recherche du profit et de l’extraction de la plus-value. Un entrepreneur ne se lance pas dans les affaires pour le plaisir des consommateurs ! Mais pour le profit… l’entrepreneur n’a aucune vocation sociale, il est là pour gagner de l’argent. S’il vient sur un secteur, il ne vient pas pour baisser les prix, il vient pour vendre. S’il n’a aucune nouvelle technique de production, s’il n’a pas investi, s’il n’a pas modifié ou amélioré le produit, il ne se lance pas. Donc, s’il est dans l’incapacité de gagner de l’argent en prenant des parts de marché, il n’entre pas en jeu. Ainsi, tout se passe en amont…

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Les deux images suivantes montrent la décomposition du prix des chaussures et des pantalons (source collectif éthique sur l’étiquette) , le résultat est éloquent. Loin d’avoir fait baisser les prix, la concurrence des régions à faible coût du travail a permis de maintenir des marges et des profits à une industrie qui ne réalisait pas les marges attendues par les détenteurs du capital. Lorsque que certains achètent un jean (souvent de mauvaise qualité pour le prix) à 100 euros et fabriqué en Chine ou ailleurs, rien ne dit que ce prix là aurait été fort différent s’il avait été produit en Europe. Par contre le profit aurait sûrement était moindre. Si la concurrence des producteurs ne fait pas baisser les prix, il fait baisser les salaires et conditions de travail sans rien pour le consommateur dans les produits de même gamme.

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Les détenteurs du capital attendent des rentabilités à deux chiffres, la logique financière dépasse la logique industrielle et sociale. La conclusion politique n’est pas un retour au protectionnisme ou au patriotisme économique, mais plutôt à l’impact sociale de la mondialisation et de la division internationale du travail. Il conviendrait probablement dans une logique de protection de l’environnement de réfléchir à une relocalisation des productions, mais cela passe par un compromis politique et sociale entre les pays du nord et les pays du sud, par une coopération économique et non une concurrence, à un droit international du travail. Mais que le consommateur du nord ne s’inquiète pas, les prix des biens vendus n’en seront pas impactés au contraire des profits (on a vu que ces derniers en France servaient peu à l’investissement, mais surtout à la rémunération du vent…).

 2. L’illustration par la télécommunication…

Si dans certaines activités les prix ont tendance à baisser pour le consommateur, cela est du à plusieurs phénomènes non liés à la concurrence sur les marchés, mais plutôt à l’innovation, au progrès de la division du travail, les économies d’échelle et de la productivité.

L’exemple de la téléphonie est parfait, le consommateur lambda pense que le grand nombre d’opérateurs a permis de faire baisser les prix, regardons de plus près… le graphique suivant souligne l’évolution des prix. Le prix des fixes est stable, malgré l’entrée de nouveaux opérateurs, le prix des mobiles a vu une forte baisse à partir de 1998, normal nous étions au début de l’ère du portable, les progrès immenses dans les techniques de production et la couverture du réseau et l’entrée de nouveau clients a sorti la téléphonie d’un secteur de niche à la consommation de masse favorisant des économies d’échelle. Les baisses suivantes sont liées à l’apparition et généralisation de nouvelles techniques.

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Un autre graphique plus intéressant celui là montre l’évolution des revenus des opérateurs en fonction de leurs investissements, après de gros investissement pour inonder le marché, mieux produire, et surtout le structurer, les opérateurs ont créé une immense rente. Les différences de prix entre forfait sont minimes. L’arrivée de Free a permis, sur les forfaits les plus simples et les moins coûteux de baisser les prix (forfaits voix et sms), mais cela est lié à l’organisation de Free qui n’a pas de boutique, qui n’a pas de réseaux et doit le louer… les investissements ont été minimes. L’arrivée d’opérateurs virtuels est fondée sur des structures et réseaux, dans la plupart des cas ces opérateurs sont issus des opérateurs existants (sosh avec orange, bandyou de Bouygues…) et donc qui bénéficient des rentes initiales.

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 En comparaison internationale, les Allemands ont 4 opérateurs, comme la France et des prix supérieurs, les Etats-Unis, 11 opérateurs, les prix plus élevés, idem pour l’Espagne.

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3. La concurrence est-elle à l’origine des innovations ?

Question fondamentale ! Regardons les dépenses de R&D… 55% sont issus du secteur privé, 45% du secteur public. Avec une forte évolution à la baisse pour certains secteurs concurrentiels ! L’industrie automobile n’a pas une évolution forte des dépenses de R&D.

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Principalement, les dépenses de recherche fondamentale sont issues des universités et des secteurs potentiellement non marchands car non soumis à des impératifs financiers. Les Pasteur, Edison,  Watts, and co. n’ont pas agi et travaillé sous concurrence mais pour la science. Internet est un projet militaire à l’origine…

Au contraire des secteurs marchands qui investissent peu mais qui distribuent beaucoup de dividendes, on l’a vu à plusieurs reprises ici, ou.

La baisse des prix et des coûts est liée avant tout à l’amélioration des techniques (issue de la R&D, et des investissements) qui souvent est délaissée. Les entreprises profitent des innovations pour améliorer leur production. Mais la situation actuelle montre un propension à absorber le surplus. La formation des salariés est fondamentale et ici, la place de l’enseignement est primordiale.

La concurrence est peut-être en émulateur qui pousse vers l’excellence mais les observations faites nous permettent de douter de tout cela… nous sommes dans un mythe fondateur de l’économie libérale qui tente de faire accepter l’idée que les marchés sont autorégulateurs si les prix sont flexibles et donc si la concurrence agit. La constitution d’un prix est plus complexe qu’il n’y paraît, l’investissement, la productivité, la recherche, la formation des salariés, les infrastructures, le coût des matières premières, etc… sont à prendre en compte. Un patron n’a qu’un objectif, extraire la plus-value, il investit si et seulement si il existe des marges potentielles et si il possède un avantage qui souvent n’est pas issu d’une lutte concurrentielle. Si c’était le cas, les prix des voitures seraient bien plus faibles, des assurances aussi avec le nombre d’opérateurs sur le marché, etc… la concurrence ne fait pas baisser les prix, mais sûrement qu’elle permet pour certain de voir leurs profits augmenter !

 

 

Dividendes et lutte des classes…

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Nous avions quitté M. Gattaz patron des patrons stressé, en se demandant bien pourquoi, le revoilà 48h après avoir signé avec quelques syndicats un relevé de conclusions entérinant le pacte de responsabilité. Son retour confirme l’ensemble des critiques faites au pacte de responsabilité et à l’ensemble de la politique économique du gouvernement, que nous avons traité sur ce site à plusieurs reprises. Nous apprenons que les patrons pourront faire ce qu’ils veulent des avantages et des profits tirés du pacte :

« Ce que je voudrais absolument éviter et je pense qu’on est en train de l’éviter c’est qu’est-ce que vous allez faire avec les marges dégagées […] J’ai eu beaucoup d’angoisses tout le mois de janvier sur l’idée qu’on va tout contrôler, contrôler les dividendes versés, tout contrôler […] Les dividendes, c’est la rémunération d’un risque et c’est vrai qu’ils ont été augmentés depuis trois ans […] Le monde entier fonctionne comme ça. Ce ne sont pas nous les Français, ce n’est pas le Medef […] La position du Medef est de surtout ne prendre aucun engagement chiffré juridique. Pas de contraintes mais par contre c’est un engagement de mobilisation« 

Tout est dit dans cette tirade, si vous doutiez que le patronat a gagné sur toute la ligne : aucune contrainte ! Voilà où nous en sommes arrivés, mais cette situation est le résultat d’une pièce en quatre actes :

Acte 1 : les patrons à nom d’oiseaux montrent les petits muscles et font reculer le gouvernement…

Acte 2 : le gouvernement mène une politique pro-patronat : marché du travail, crédit d’impôt (déjà sans contrepartie), politique de l’offre, retraitre

Acte 3 : chantage (et caprice) de Gattaz, car les patrons sont stressés

Acte 4 : Le gouvernement (faible et incompétent) recule devant touts les réactionnaires du pays qui ne représentent rien. Au placard la loi famille devant quelques milliers d’excités du crucifix et quelques centaines excités du dividende.

Hollande a fait son choix, Ayrault et son gouvernement mène le combat, le parlement est une simple chambre d’enregistrement. Les socialistes ont choisi leur camp celui des forces conservatrices. La position de Gattaz est tout simplement l’affirmation que la classe dirigeante a gagné. Warren Buffet en 2005 sur CNN affirmait :  » Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c’est ma classe, la classe des riches qui a mène la lutte. Et nous sommes en train de gagner « . Cet homme, d’après Forbes, est la 3e fortune du monde.

Il n’est pas étonnant que les socialistes soient tombés dans le gros mais très gros panneau des intellectuels des années 1990 qui estimaient que nous assistions à la fin de l’histoire, et que la démocratie libérale avait gagné ainsi que l’économie de marché, la lutte des classes aurait disparu sous l’effet de la moyennisation de la société. le plus illustre de ces penseurs : Fukuyama, à ne pas confondre avec la centrale nucléaire… mais le résultat est le même. Vaste blague que ce positionnement idéologique, les socialistes l’ont repris à leur compte quand le parti depuis 1985 tire et s’engage dans la social-libéralisme. Ce retournement est lié à sa volonté de tuer toute forme émancipatrice et d’imposer les visions d’un parti de petits notables qui perpétuent une aristocratie républicaine. Le parti socialiste est complétement déconnecté du monde du travail… tout comme l’Assemblée nationale où les classes dominantes l’emportent : 31 cadres, 38 avocats, 47 cadres supérieurs…

Car oui, il y a une lutte des classes et plus que jamais. Croire que la moyennisation de la société illustre sa fin est une blague, il y a eu une formidable réduction des inégalités et la disparition du paupérisme ouvrier, grâce à la protection sociale ne l’oublions pas, mais ce processus n’a jamais réduit l’écart des intérêt de classe. La moyennisation n’est pas l’uniformisation du corps social en une seule classe, juste l’amélioration des conditions de vie. Il reste dans la société du XXIe siècle : une classe de prolétaire et une classe de capitalistes, dont sont issus les cadres qui ont des intérêts des classes dirigeantes, leur mode de rémunération le prouve, c’est l »hypothèse cadriste de Duménil et Lévy. Et, les propriétaires du capital l’ont très bien compris quand dans les années 1980 la révolution néolibérale est en marche. La protection sociale a détourné une part trop importante de richesse vers le travail, les profits diminuent… la revanche des libéraux fut féroce : précarisation du travail, baisse des salaires, libéralisation des marchés, privatisation de l’outil productif, flexibilisation, ouverture à la concurrence… Tous ces éléments marquent les armes des capitalistes pour récupérer et ponctionner la plus-value. Un vaste retournement du processus d’amélioration des conditions de vie du salariat vers le retour du paupérisme corrélé au retournement de la dynamique du partage de la valeur ajoutée.

Comment peut-on dire qu’il n’existe pas d’intérêt de classe quand:

1. la pauvreté augmente régulièrement : entre 4,9 et 8,7 millions de pauvres selon la définition adoptée… Depuis 2002, le nombre de personnes concernées a augmenté d’un million.

2.les inégalités ont explosées : Près de la moitié des richesses mondiales (46 %) sont détenues par les 1 % les plus riches de notre planète. En France, Entre 2000 et 2010, les plus pauvres ont gagné 33 euros par mois, les plus riches 746 euros, soit une hausse de 5,3 % d’un côté et de 19 % de l’autre. Mais depuis 2008, la situation change : le niveau de vie des plus démunis diminue. Entre 2008 et 2010, ils ont perdu 22 euros par mois alors que les plus riches en ont gagné 128.

La conscience de classe des détenteurs du pouvoir politiques et économiques est manifeste, quand on essaie de créer de la résignation chez les travailleurs… l’exemple de Gattaz est éloquent.Sous la pression d’un chômage de masse, de la segmentation du marché du travail et l’insécurité sociale… toute la rhétorique des dominants fut de créer un fatalisme dans le milieu du salariat, chose réalisée avec succès grâce au regard complaisant du PS et à la CFDT de Notat. Car les classes dominantes sont organisées, les médias sont contrôlés et l’information orientée. Les syndicats n’ont plus de pouvoir puisque les négociations se font par branches, ce qui est injuste, les branches ne sont pas couvertes par les syndicats de la même façon, Sapin s’attaque à l’inspection du travail et au dialogue sociale. Les possédants font de l’idéologie, ont une conscience de classe affirmée, du Mont Pèlerin à Terra Nova, en passant par TF1 et par moment les réseaux libyens, l’intérêt de classe est flagrant. Le peuple a renversé la monarchie française par la prise de la bastille, mais n’était pas organisé… la bourgeoisie qui n’était pas sur les barricades a récupéré le pouvoir. La classe dominante est organisée quand la classe populaire ne l’est pas pas.

La conscience de classe, la classe pour soi et en soi, est le résultat des luttes qu’il faut reprendre… l’éducation populaire est donc le principal outil.

Reprenons le combat des idées, rien est figé, si le temps court est perdu, le temps long est pour nous. Le samedi 15 mars retrouvons ATTAC dans la rue pour une grande campagne de sensibilisation.

 

Pacte de régression et victoire du patronat

Publié le Mis à jour le

Le document de relevé de conclusions des réunions paritaires qui entérine le pacte de responsabilité va être signé par les partenaires sociaux MEDEF, CFDT et autres organisations minoritaires. Ce document marque la victoire du patronat est la faillite intellectuelle de la gauche gestionnaire qui a renoncé à toute transformation sociale et accepte les plus grandes régressions possibles…

Il convient de décrypter ce document et d’en voir les aberrations. Sur la philosophie du truc (on ne peut que l’appeler comme ça) je renvoie à un article de ce blog ici, qui remet en cause l’idée de la politique de l’offre. On peut aussi renvoyer à une analyse des atterrés et de Filoche.

Le document page 1 commence fort :

la compétitivité des entreprises françaises est à la baisse depuis plusieurs années, ce que révèlent leurs taux de marge actuels qui sont à la fois les plus faibles d’Europe et les plus bas depuis 1985. Ce déficit de compétitivité grève les capacités d’investissement des entreprises, ce qui pénalise à leur tour la croissance et la création d’emplois. Sans rétablissement de la compétitivité des entreprises, il ne peut y avoir de baisse durable du
chômage.

Sur ce premier point, effectivement, le taux de marge en France a diminué, le graphique ci-dessous le montre bien, une perte de 4 points entre 2008 et 2013 pour les sociétés non financières dans leur ensemble (fortement liée à la crise…), la baisse est ancienne en ce qui concerne essentiellement l’industrie. Deux éléments de la citation sont à discuter : l’origine de la baisse du taux de marge et la question des capacités d’investissement.

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En comptabilité nationale, la valeur ajoutée est la différence entre la production (évaluée au prix de base, soit le produit des ventes, c’est-à-dire prix facturé moins taxe sur les produits plus subventions) et le montant des consommations intermédiaires (VA=P-CI). Ensuite il est possible de calculer l’excédent brut d’exploitation (EBE) qui est la différence entre la valeur ajoutée et la rémunération du travail et l’impôt (EBE=VA-salaire-impôts sur la production), le taux de marge est donc la part de l’EBE dans la valeur ajouté. Pourquoi ce retour au source de la comptabilité nationale ? Juste pour comprendre les déterminants du taux de marge. Ce dernier qui correspond peu ou prou au profit, et qui soit distribué, soit réinvesti.

Ainsi, le taux de marge va dépendre grosso modo : du prix de base (importance des prix relatifs), des salaires (la productivité entre en jeu) et des impôts.

1. La question du prix de la valeur ajoutée :

Cet élément est important comme l’explique Husson, « les entreprises d’un secteur paient des salaires indexés sur le prix à la consommation mais leur revenu dépend de leur prix de vente qui n’évolue pas forcément comme la moyenne des prix. En l’occurrence le prix de la valeur ajoutée baisse dans l’industrie […] On constate alors que la baisse du taux de marge dans l’industrie renvoie à une évolution défavorable des prix relatifs« . Depuis les années 1990 et dans l’industrie, les prix relatif diminue mais cela a peu d’incidence sur les marges des entreprises industrielles car le taux de change euro(ecu)/dollars est favorable permettant de jouer sur les quantités vendues à l’étrangers. A partir de 2000, une inversion de change fait que les prix des exportations françaises se ré-enchérissent mécaniquement. Comme la France est dépendante de la compétitivité-prix, elle décroche, contrairement à l’Allemagne qui bénéficie d’une compétitivité hors-prix importante et surtout de l’absence de régulation par le change. En effet, le système de change fixe imposé par la monnaie unique permet à l’Allemagne de bénéficier de son avantage compétitif, obtenu par une politique non coopérative et un dumping social, sans pour autant que sa monnaie s’apprécie, ce qui est un biais qui nécessiterait un ajustement intra-européen. Un pays qui a un excédent de sa balance des paiements voit sa monnaie s’apprécier automatiquement, comme plus de 3/4 du commerce allemand est intra-européen on  comprend l’avantage absolu de l’industrie allemande. De plus, ici on observe aussi les mauvais choix de stratégie industrielle du patronat. Le graphique suivant montre l’impact des prix relatifs dans la baisse des marges dans l’industrie :

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Sans cet effet prix à l’avantage des pays « faiseurs de prix » comme l’Allemagne, Husson montre une évolution différente. On observe que le salaire n’est pas la cause, mais bien le problème de change et de prix relatif. L’insertion de la France dans la compétition internationale n’est pas bonne, les choix stratégiques des industriels en sont la cause. L’industrie française subit les évolutions de prix internationaux et n’est pas suffisamment performante dans la compétitivité hors-coût qui est fondamentale !

En ce qui concerne les salaires, ils évoluent dans une moindre mesure que la productivité, ainsi, le salaire augmente moins vite que la valeur de la production réalisée par la salarié. Par exemple, si un travailleur produit 5 euros de plus par heure mais que son salaire augmente de 2 euros/heure, il n’y a pas de problème pour l’entreprise. En situation de crise, comme les salaires sont rigides à la baisse, il peut y avoir des difficultés, comme nous l’avons observé entre 2008 et 2010, quand la productivité s’ajuste à la baisse. Cette situation reste (parfois) temporaire, mais fut salvateur pour les travailleurs français car ils n’ont pas subi ce choc en plus, ce qui permet de maintenir un niveau de consommation qui joue sur les débouchés. Imaginez une baisse des salaires dans cette période de 4 points ? En 2012, le coût horaire du travail en France est environ de 35 euros, la productivité horaire est de 45,4 euros [Eurostat] :

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2. La question de l’investissement

Et oui, dans le passage du document, et dans les médias, on nous explique que les marges sont trop faibles pour que les entreprises investissent et donc créent de l’emploi… là aussi décolonisons l’imaginaire, d’abord, je vous conseille le contre rapport ATTAC/fondation Copernic, ensuite en repartant des travaux de Husson, voilà ce qu’on peut dire à partir des deux graphiques suivants :

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Le premier graphique montre l’évolution des dividendes nets versés en pourcentage de l’EBE, on observe une hausse constante et forte, plus de 30% en 2012 ! Soit 30% du profit qui ne sera pas investi ! En 2013, les observateurs avertis ont noté une forte baisse des bénéfices des entreprises du CAC40 mais… une hausse de la distribution des dividendes !

L’investissement n’a pas la même évolution… il suit le taux  de profit après dividende. Ainsi, la ponction réalisée par la finance est la principale explication de la faiblesse de l’investissement. On observe une évolution faible de la masse salariale, qui agit sur la demande au même titre que la dépense publique. Ainsi, les débouchés sont faibles, et les carnets de commande ne suivent pas… n’est-ce pas M. Jean-François Roubaud le président de la CGPME, lui qui explique dans les Echos que pour créer des emplois « encore faut-il que les carnets de commandes se remplissent ».

Les entreprises ont trois sources de financement de leur investissement, l’autofinancement qui découle de leur épargne brut, le crédit et les marchés financiers. Voici l’évolution de ces sources de financement. On s’aperçoit que la part des actions est extrêmement faible, pourtant leur rémunération est fortement marquée à la hausse… au lieu de parler de coût du travail, ne faudrait-il pas parler de coût du capital ? A priori, ce n’est pas le problème du patronat, ce qui est compréhensible, mais il semblerait que ce ne soit pas le problème des syndicats gestionnaires et complices.

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3. Coût du travail et fiscalité

Ce rétablissement repose sur un pacte gagnant-gagnant : pour les entreprises, une trajectoire claire de baisse des prélèvements et une simplification de l’environnement administratif et réglementaire permettant de redresser les marges et de dégager des capacités d’investissement ; pour les salariés et les demandeurs d’emploi, un engagement sur des objectifs et des ambitions en termes d’emploi, de qualité de l’emploi, de dialogue
social et d’investissement. […] Même si la compétitivité repose à la fois sur des facteurs coût et hors coût, le niveau des prélèvements sociaux et fiscaux est un des facteurs importants de la création d’emploi. « 

Nous y voilà, les entreprises sont victimes de la fiscalité et du coût du travail ! Alors pour les signataires du papier, il y a bien un problème de compétitivité hors-coût mais on balaie cela, circulez il n’y a rien à voir, le problème c’est le coût du travail. On a vu dans le 1 que ce n’était pas vrai…

Mais qu’en est-il vraiment ? Le graphique suivant est sans équivoque, les cotisations sociales (surtout patronales) ont fondu mais pour quel résultat ? L’investissement sûrement pas… la baisse des cotisations sociales a permis un vaste transfert de richesse du travail vers le capital.

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Je continue avec la présentation graphique, le suivant montre une corrélation entre baisse des cotisations sociales et hausse des dividendes nets, quand l’investissement stagne ! Ce qui est logique, les déterminants sont multiples mais globalement l’investissement dépend de la demande effective, elle-même fondée sur des anticipations positives. La réduction des dépenses publiques limite et contracte la demande et les débouchés. Mais plus fondamentalement, le système financier (système purement fictif) s’approprie et capte le surplus du travail et limite les capacités d’investissement. Baisser les cotisations sociales, c’est garantir une rente au capital, sans résultat significatif.

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4. Vers la fiscalisation de la protection sociale et une nouvelle étape dans la marchandisation du travail

Mais ce document nous apprend encore beaucoup de chose, la futur hausse de la CSG ou de la TVA…

De plus, les parties signataires rappellent leur soutien à la politique familiale de notre pays qui permet à la France de bénéficier de la démographie la plus dynamique d’Europe. A ce titre, quelle que soit l’évolution du mode de financement de la branche famille de la sécurité sociale, elles font part de leur profond attachement à sa gestion paritaire et à la préservation d’un haut niveau de soutien aux familles qui nécessite de déterminer les moyens appropriés.

Tout est dit, le gouvernement baisse de 35 milliards les cotisations familiales mais il convient de ne pas toucher au système d’allocations familiales. Donc, il faudra bien trouver des ressources ailleurs.

Et pour finir, une nouvelle réforme du marché de travail doit voir le jour :

Sur la base du diagnostic posé, des discussions pourront être ouvertes au second semestre 2014 afin de franchir une nouvelle étape dans l’amélioration du marché du travail pour développer l’emploi, la sécurisation des parcours professionnels et la qualité de l’emploi.

La boucle est bouclée : baisse des cotisations sociales qui agit sur la répartition de la valeur ajoutée à l’avantage du capital, flexibilisation du marché du travail, accroissement de la financiarisation des modes de gestions des entreprises, l’ajustement structurel continue. Le gouvernement, aidé de la commission européenne qui a mis sous contrôle la situation de la France, peut imposer une grande régression sociale. Le comportement irresponsable des syndicats qui signent cet accord, l’incompétence d’une partie du patronat et les comportements de la finance prédatrice nous mènent dans le mur.

En ce qui concerne le coût du travail et les conditions de travail, on peut renvoyer à cet article qui étudiait le stress du patron. De plus, les statistiques de l’INSEE montre que l’évolution de la productivité est supérieur à celle des salaires, ce qui en définitive n’agit pas sur la baisse des taux de marge en longue période. Ce que nous avons vu au début de l’article.

5. Conclusion

On peut reprendre la conclusion de Husson, « la baisse du coût salarial, présentée par le patronat comme la voie royale permettant d’améliorer les performances de l’industrie française n’est pas une réponse adaptée. Elle exprime en effet une préférence pour le travail moins qualifié, contradictoire avec une amélioration de la compétitivité structurelle. Mieux vaudrait réduire la voilure du côté de la distribution des dividendes et chercher les moyens d’une meilleure spécialisation. A l’inverse de la perception du patronat français, il faudrait s’attaquer aux vraies raisons de la faiblesse relative de l’industrie française : « effort insuffisant d’innovation, cannibalisation des PME par les grands groupes, politiques déficientes de formation de la main-d’oeuvre, spécialisation inadaptée au marché mondial, désintérêt des grands groupes exportateurs pour le marché intérieur, forte sensibilité des exportations françaises au taux de change de l’euro en raison d’une montée en gamme insuffisante, ‘coût du capital’ excessif« 

6. Pour aller plus loin :

Ne pas hésiter de fouiller le site de Michel Husson

Celui d’ATTAC

Ou bien celui de Jean-Marie Harribey

Et celui des atterrés

Pour les questions de droits du travail, Filoche bien sûr

Le stress du patron…

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M. Gattaz est stressé… oui, en France nous n’aimons pas les patrons, nous ne les reconnaissons pas assez, nous les maltraitons ! Trop d’insécurité pour les patrons…

Quelle belle envolée, cher Monsieur Gattaz, mais nous n’allons pas vous plaindre. Entre les cadeaux fiscaux du gouvernement et la réforme du marché du travail, n’en faites-vous pas un peu trop ? Ne vous êtes vous pas vanté d’avoir soufflé la politique économique à M.Ayrault ? Soyons une minute raisonnable…

A l’inverse, les français ont de quoi être stressés, et il y a de quoi…

Dans une étude irlandaise sur la qualité de vie en Europe, sortie en 2012, on apprend que les travailleurs français sont les plus stressés d’Europe et ceux qui vivent le moins bien leurs relations de travail. 5% des français estiment être en permanence stressés par leur travail contre 3% en moyenne dans le reste de l’Europe. Dans un article du Monde, du 19 mai 2013, le journaliste présente une autre étude est conclue : « la Fondation de Dublin avait déjà montré que la France est handicapée par la persistance de conditions de travail anormalement difficiles par rapport à nos voisins européens sur le plan physique, notamment en matière d’exposition aux postures pénibles, aux risques chimiques et biologiques et à un environnement de travail pénible. Une particularité de notre pays est donc la mauvaise qualité des conditions de travail, qui s’observe autant sur le plan physique que psychique ». N’est-ce pas le patronat qui organise le travail dans les boites ? Le rapport salarial est illustré par le lien de subordination… Quand des milliers de travailleurs vivent mal leur emploi, celui qui vous permet de vous enrichir toujours plus, on ne vous entend pas beaucoup, M. Gattaz !

Nous pouvons comprendre votre état de stress, peut-être avez-vous peur du salariat ? Car, dans ce même article, on apprend que « quelque 55 % des Français relèvent des tensions vives entre riches et pauvres, contre 36 % en moyenne européenne (seules la Hongrie et la Lituanie présentent un score plus haut). En janvier 2013, l’Institut français d’opinion publique publiait un sondage réalisé pour le quotidien L’Humanité intitulé « Les Français et la lutte des classes ». La proportion qui répondait par l’affirmative à la question : « Estimez-vous qu’en France, à l’heure actuelle, la lutte des classes est une réalité ? » est passée de 40% en 1964 à 44% en 1967, puis à 64% en 2013… La France se démarque aussi dans le domaine des tensions entre manageurs et salariés : 48 % contre 32 % en moyenne européenne. Seuls trois pays présentent des indicateurs plus élevés : la Hongrie, la Grèce et la Slovénie ». N’est-ce pas de votre responsabilité ? Les modes d’organisation du travail par la peur, l’insécurité, la pression, le mépris… votre classe ne s’en offusque pas.

Mais soit… vous êtes stressé, vous avez le droit, mais par quoi ? Là, je me pose cette question car je ne sais pas ce qui peut rendre aussi désespéré un patron… les 20 milliards offerts de crédit d’impôt ? Les futurs 50 milliards du pacte de compétitivité ? L’accord de flexibilisation du marché du travail ? A moins que n’apparaisse au grand jour votre stratégie idéologique… à savoir passer un message du déclin de la France pour obtenir tout de ce gouvernement.

Justement parlons-en du déclin de la France. L’agence pour les investissements internationaux dans son information institutionnelle souligne que la France est en 2e place en Europe pour l’industrie chimique ; 3e place en Europe pour l’agro-alimentaire ; 4e place en Europe pour les secteurs des TIC. Pas trop mal pour un pays qui se perd… Continuons,  31 entreprises françaises sont parmi les 500 premières mondiales (Allemagne : 29 ; Royaume-Uni : 26). Ainsi la France est au 4ème rang mondial, et au 1er rang européen. De plus,  12 entreprises ou institutions françaises sont classées parmi les 100 premières entités innovantes du monde, La France a la première place en Europe, devant la Suède (3), la Suisse (3), l’Allemagne (1) et la Belgique (1). Trois entreprises françaises parmi les 30 premières entreprises innovantes dans le monde. Et pour finir,  Paris est leader en Europe, devant Londres et Francfort, pour les implantations d’entreprises internationales. Je ne ferai pas la liste des autres potentialités et résultats français… pour un pays en perte de compétitivité…

Tout cela vous stresse donc ?

Peut-être est-ce le coût du travail ? Le tableau ci-dessous montre un coût quasi identique avec l’Allemagne dans le secteur manufacturier, et un léger surcoût de 3 euros dans l’industrie et le secteur des services marchands, pour ces derniers très souvent ils sont peu délocalisables… Ce tableau est certes limité, ces statistiques sont complexes à établir, mais bon, elles sont issues de l’institut patronal coe-rexcode.

Cout-du-travail-en-Europe-Indicateurs-trimestriels

Problème de compétitivité vous dites ? Mais quel est l’indicateur le plus efficace si ce n’est la productivité horaire… et là, vous pourrez dire ce que vous voulez mais la France est le leader mondial en la matière avec les Etats-Unis.  En 2012, les statistiques d’Eurostat montrent que la productivité de la main-d’œuvre française par heure travaillée s’élevait à 45,4 euros, contre 42,6 euros pour l’Allemagne, et 37,2 euros pour l’ensemble des pays de la zone euro. Je vais faire un raccourci rapide sans beaucoup de rigueur, juste comme ça… mais avec un coût horaire en moyenne de 36 euros, il vous reste tout de même 10 euros…

Alors, peut-être oui, vous seriez stressé par la fiscalité, mais écoutons quand même ce que raconte le cabinet d’étude KPMG : « L’étude de KPMG «Choix concurrentiels » sur la localisation des entreprises à l’échelle internationale compare les coûts d’implantation et de fonctionnement des entreprises dans neuf pays industrialisés et cinq émergents. Elle place la France en bonne position, devant les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon, l’Australie et l’Italie. Le coût complet de la main d’œuvre (salaires, charges obligatoires et autres) inférieur en France à celui observé aux Etats-Unis, en Allemagne, aux Pays-Bas ou au Japon ; la France est au 1er rang en Europe pour les activités de R&D et au 6ème rang pour les activités industrielles s’agissant de la fiscalité d’entreprise tenant compte des bases d’imposition, des règles d’amortissement, des exonérations et des crédits d’impôt ; le coût de location des bureaux (en €/m2/an) moins élevé à Marseille (240 €/m2) ou à Lyon (260 €/m2) qu’à Francfort (408 €/m2) ou à Amsterdam (423 €/m2) ; le coût à Paris- centre d’affaires (875€) inférieur à celui à Londres – Westend (1 978€) ».

Alors là, moi je ne vois pas ce qui peut vous mettre dans cet état là… ah, si je sais… vous avez peur que soit montré par les faits que la politique de l’offre est bidon, qu’aucun emploi ne sera créé…  Jean-François Roubaud le président de la CGPME explique dans les Echos que pour créer des emplois « encore faut-il que les carnets de commandes se remplissent ». Car les baisses de cotisations sociales ne créent pas d’emploi, par contre elles créent du dividende… Ce petit graphique de Michel Husson ne mérite pas de long discours…

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Vous êtes donc démasqué… vous savez très bien que le pacte de (ir)responsabilité est une bêtise, et comme c’est vous qui l’avez écrit, du moins vous en avez la prétention, vous avez peur que les résultats ne soient pas à la hauteur. La crise financière a démonté empiriquement la théorie des marchés auto-efficients, voilà qu’un second dogme va tomber… la politique de l’offre socialiste va arrondir vos fins de mois, mais sûrement pas la situation du salariat et des personnes sans emploi. La question de la compétitivité de la France porte plus sur une compétitivité hors-coût imputable à la faiblesse de la compétence des cadres dirigeants de nos entreprises que de la qualité et du coût du travail en France.