Cotisations contre charges

Publié le Mis à jour le

A-t-on perdu la guerre des idées ? A lire la presse dite progressiste, oui. Deux articles publiés sur Médiapart de Leurent Mauduit consacrés à la politique économique du gouvernement viennent nous rappeler l’importance des mots, de la rhétorique et des éléments de langage. Deux fois, le journaliste utilise le terme de « charges sociales ».

« Charges sociales » rien de plus péjoratif, une charge c’est un poids que l’on supporte difficilement, alors appliquée au monde de l’entreprise… on a vite compris l’importance de lutter contre toutes les charges qui alourdissent les coûts de production, c’est l’expression de l’inutilité et des contraintes, de ces petits trucs qui asphyxient le monde de l’entrepreneuriat. Alors imaginez-vous, devons-nous accepter des charges sociales ? Ces coûts pour la société pour financer une protection sociale gloutonne, pour financer l’Etat social, les retraites des vieux, les assistés, les inutiles, les pauvres, les faibles…

Pour le capital, cette espèce de rémunération socialisée sort de la sphère marchande et privée, elle n’est pas valorisable sur un marché. MAIS pour le citoyen, le travailleur, le pauvre, le retraité, il n’y a que des cotisations sociales, expression d’un salaire socialisé, d’une richesse mutualisée, d’un revenu indirect. Et oui, vivre en société, c’est s’intégrer à un groupe, c’est être dépendant des uns et des autres, c’est appartenir à un corps social, c’est créer des richesses, c’est participer, échanger, donner, recevoir. Mais c’est aussi un risque, celui de sortir du groupe, la société est donc un organe qui a besoin de tous, qui est responsable de l’intégration de toutes et de tous. Vivre en société, c’est subir les conséquences sociales de la vue en collectivité. Le chômage,  la maladie, la  vieillesse sont des risques sociaux, aucunement venus d’une volonté individuelle. Les 5 millions de chômeurs en savent quelque chose, les malades aussi, depuis quand choisit-on d’avoir la grippe ? La vieillesse du travailleur n’est pas un choix. Et comment faire pour renouveler la force du travail sans fonder une famille ? C’est donc ici qu’interviennent les assurances sociales, la protection sociale, expression de l’appartenance à la même communauté, au même groupe, à la même collectivité. L’entreprise a besoin du salariat, celui-ci a besoin d’être protégé contre les risques issus de sa participation à la vie en société. Alors la protection sociale est financée par cotisations sociales expression d’une dette sociale. Ce bout de salaire qui appartient au salarié, qui a cotisé par sa participation à l’activité économique et sociale, lui offrira le temps venu le complément de revenu car il sortira temporairement ou non de la relation salariale.

Parler de charges sociales, c’est renier l’idée de vivre en société, c’est croire que les risques sociaux sont forcément un choix qu’il faut protéger au cas par cas par une assurance privée individuelle. Pas de socialisation, quel gros mot ! Mais parler de COTISATIONS SOCIALES c’est affirmer le caractère collectif de la vie en société, c’est affirmer l’esprit de solidarité, mais c’est aussi et surtout une partie du salaire du travailleur, baisser les cotisations sociales revient tout simplement à baisser les revenus et la rémunération totale du travail… on comprend bien l’intérêt pour le capital de voir disparaître cette contrainte, depuis 30 ans, le partage de la richesse a changé de trajectoire, un transfert du travail vers le capital, la baisse des cotisations sociales en est l’expression.

Continuer à parler de charges sociales revient à installer l’idée que le travail serait une charge, un coût, une contrainte… mais qui crée la richesse cher monsieur Mauduit ? Surement pas le capital… l’un se déprécie avec le temps, l’autre prend de l’expérience.

Publicités

8 réflexions au sujet de « Cotisations contre charges »

    […] oeuvre de politique d’offre et de marchandisation de la protection sociale (sur ce blog voir ici, ici ou […]

    […] cotisations sociales – solidarité – protection sociale (on pourra voir ici, ici ou là des articles consacrés à la protection sociale). Ce système va entrer en crise lors de la contre […]

    […] ajoutée au profit des entreprises va encore s’améliorer… belle justice sociale ! Voir ici ou […]

    […] boucle est bouclée : baisse des cotisations sociales qui agit sur la répartition de la valeur ajoutée à l’avantage du capital, flexibilisation […]

    […] à la France de ne pas trop mal s’en sortir, une institution qui fait le pays et qui fonde notre modèle. Vous êtes démasqué, vous le médecin, les vieux réflexes corporatistes sûrement. Ces médecins […]

    […] [iv] https://chroniquesdematante.wordpress.com/2014/01/08/cotisations-contre-charges/ […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s