Rencontre du troisième type… Adam Smith

Publié le Mis à jour le

Quand l’offre crée la demande

Je me promenais tranquillement dans un petit parc quand soudain j’aperçois un homme assez pâlot, un tout petit peu noir et blanc… tout cela dépareillé avec les belles couleurs de la nature.

Je m’approche, ses vêtements sentaient bon le XVIIIe siècle. Je regarde autour de moi, peut-être  qu’un homme en blouse blanche se promène avec lui. Mais non, rien de tout cela. Je m’approche donc doucement, et je tombe sur Adam Smith… que se passe-t-il ? Le parc est traversé par une faille spatio-temporelle ?

Il était là assis en pleine lecture du Monde. Il semblait aigri, énervé, stressé… je n’avais qu’une seule chose à faire, lui parler !

– Eeeuhhh, Hello sir, Do YoU SpEak French ? lui dis-je de façon toute réservée.

– Oui, oui, j’ai autre chose à faire que de tenter de parler anglais avec vous. Je lis le compte rendu d’une conférence de presse d’un certain monarque, François Hollande, enfin d’un président de la République. Je suis tombé sur des passages quelque peu… dérangeants. N’y-t-il pas des gens qui connaissent l’économie dans votre pays ? A quoi servent vos pâles chroniqueurs mondains ? Ils n’auraient pas la place dans mes salons d’Edimbourg.

-Ah oui, et pourquoi ?

-Et bien votre président estime que l’offre crée sa propre demande !

-Euh, et alors ? à la télé et dans les journaux, ils disent que c’est bien.

Après un petit laps de temps, il me répond :

-Il semblerait cher Monsieur que vous n’êtes pas une Lumière. Forgez-vous une opinion au moins…

« Et, oh, cher monsieur, un peu de calme, je m’informe moi, je lis les échos, je regarde bfm tv et le journal de France2 !!! » me suis-je dis, mais je ne vais pas brusquer le pauvre vieux.

-Expliquez moi s’il vous plaît ?

-Et bien, comment peut-on dire que l’offre crée la demande, il n’y a pas une once de réflexion chez vous ? Alors, je sais bien que sur la fin de sa vie mon cher David Ricardo s’est fait avoir, je ne comprends toujours pas cette loi des débouchés. Quelle absurdité. Et personne ne réagit ? On peut dire des âneries dans ce pays sans que l’intelligence collective s’en émeuve ?

Je vous accorde qu’à ce moment là, un réflexe chauvin me monte au nez ! D’accord, attaquons Say, j’ai rien contre, je ne le connais pas, mais l’intelligence de l’élite française, des Lenglet, Apathie, Seux, et de tous les autres, ça je ne peux pas ! Non, il en va de l’honneur de notre presse et de notre élite économique.

– Cher Monsieur, je ne vous permets pas, sur i-tv ils ont dit que c’était un tournant, une rupture, une avancée pour notre économie.

[« il est plus bête que je ne le croyais », se dit Adam Smith]

– Je ne connais pas de i-télé, mais l’ignorance de votre petit écran me consterne. Il me semble avoir discuté au panthéon de l’économie avec un certain John Meynard Keynes, charmant monsieur, très britannique. Vous n’avez donc rien retenu de ses réflexions ?

– Ahhh si, quel grand économiste… la grande dépression, quelle époque…

-Et donc… répondit Adam Smith.

– Et donc quoi ? par une politique de relance ciblée on peut sortir de la crise.

-Certes, mais la question n’est pas là… ne voyez-vous pas la bêtise de la loi des débouchés ? Si l’offre crée la demande, alors aucune crise de surproduction n’est possible !

Alors là, je dis chapeau, mais dans l’histoire de telles crises ont existé, comment est-ce possible ? Il n’a pas l’air très facile, je vais me taire.

Mais, Smith continue :

-Et oui, si j’améliore la production, ou si j’aide l’offre et si je l’augmente, vous croyez vraiment que toute la production va trouver preneur par enchantement ? Déjà il y a une limite psychologique et matérielle à la consommation, mais en plus, il y a un problème avec l’usage de l’argent, là j’avoue c’est Keynes qui m’a tout appris. Les hommes aiment l’argent pour lui-même, il thésaurise, ils ont une préférence pour la liquidité, l’argent peut-être épargné et désiré pour lui-même, sortir du processus de production et de consommation. Comment faisons-nous alors ?

-Ahh, oui, j’ai pas pensé à ça… mais si j’augmente la production, je vais augmenter le nombre de travailleurs, et donc plus de salaires et donc de consommation.

-Excusez-moi, mais j’ai peur que vous ayez, cher monsieur, de l’air dans la tête non un cerveau. Déjà, il n’y a pas de lien entre hausse de la production et hausse de l’emploi. Les modernes parlent de productivité… moi de division du travail.

– C’est-à-dire ?

– La division du travail est une répartition toujours plus spécialisée de l’organisation de la production qui accroît l’efficacité du travail. Mais ce qui permet la division du travail, c’est l’échange, car les hommes se répartissent les tâches pour survivre, puis s’échangent les fruits de leur travail. Plus les échanges s’accroissent, plus les hommes sont à même de se consacrer à une tâche particulière et d’espérer des autres la satisfaction de leurs autres besoins. Il existe toutefois un obstacle à la division du travail, c’est la taille du marché. Plus les hommes sont nombreux, plus ils peuvent se diviser les tâches. Si le marché n’est pas assez grand, le surplus de production permis par une division du travail toujours accrue ne trouvera pas acheteur. La loi des débouchés est une absurdité !

-Alors là… un monde s’écroule autour de moi. Comment n’ai-je pas pensé à cela. On nous mentirait alors ?

-Je ne sais, cher monsieur, mais sachez que seul le travail crée de la valeur, à cela aussi vos dirigeants ont tourné le dos, quelle régression ! Pourquoi donc tant de cadeaux au capital ? Excusez-moi je m’égare, je suis resté trop longtemps avec cet allemand à la cantine du panthéon des économistes… je ne sais plus ce que je dis.

L’homme me semblait divaguer, je suis parti sans faire de bruit, je suis rentré chez moi, beaucoup trop de d’émotions, je zappe sur le journal de TF1, mon cerveau est enfin déconnecté… NON, et puis quoi encore, c’est fini, je vais m’informer vraiment !

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2 réflexions au sujet de « Rencontre du troisième type… Adam Smith »

    Matth M a dit:
    18 janvier 2014 à 0 h 57 min

    Dialogue très imaginaire en effet, car même si Smith était loin d’être l’ultralibéral que l’on décrit parfois, il n’en demeure pas moins l’inventeur réel de « la loi de Say », comme cette citation de la Richesse des Nations permet de le vérifier : “What is annually saved is as regularly consumed as what is annually spent, and nearly in the same time too; but it is consumed by a different set of people. That portion of his revenue which a rich man annually spends is, in most cases consumed by idle guests, and menial servants, who leave nothing behind them in return for their consumption. That portion which he annually saves, as for the sake of the profit it is immediately employed as a capital, is consumed in the same manner, and nearly in the same time too, but by a different set of people, by labourers, manufacturers, and artificers, who re-produce with a profit the value of their annual consumption.  »

    J’ajoute que Smith ne considérait pas que la monnaie avait une influence réelle sur l’économie, elle n’est pas une richesse réelle désirée pour elle-même, comme Say après lui. Du moins, rien ne l’atteste. Pourquoi ne pas avoir imaginer un dialogue avec Keynes, c’eût été plus logique…

      wilhem004 a répondu:
      18 janvier 2014 à 10 h 56 min

      Oui, je suis d’accord à 100% sur la monnaie, je souligne bien qu’il se laisse influencer par Keynes.Et Le prochain dialogue sera réalisé avec Keynes. Mais, il me semblait, peut-être une lecture rapide de ma part ou une mauvaise interprétation, que justement Smith souligne que la division du travail, et la production qui en découle, était limitée par le marché (donc les débouchés). Je vais me replonger dans la richesse des nations.

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