Le revenu inconditionnel, une fausse bonne idée ?

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[L’article a été modifié deux fois pour répondre à des remarques et objections formelles et informelles, les modifications sont en italique – une second article est disponible, il répond à celui de Thibaut Laurentjoye ]

Un retour en grâce du revenu de base dans les travaux et le débat citoyen nous oblige à avoir une véritable réflexion sur les modalités d’application, et sur les conceptions mêmes qui fonderaient une société qui mettrait en place un tel revenu. Plusieurs éléments posent problèmes d’un point de vue économique, social et politique.

L’imposition du revenu de base serait pour ses partisans un moyen de remettre en cause le système capitaliste, dépasser le travail aliénant, refonder les sociétés. Le revenu inconditionnel serait mis en oeuvre dans l’état actuel de nos sociétés comme moyen de dépasser le capitalisme.

Quelques éléments de réflexion pour un débat. Bien évidemment, nous ne raisonnons pas à l’absurde, et ne mettons pas en avant l’idée que le revenu inconditionnel soit une prime à l’oisiveté.

 1. une incohérence économique : le financement ?

Le problème numéro un du revenu de base est son financement. Qui financera le revenu, sur quelle base ? Certains partisans estiment que l’économie actuelle est tellement riche qu’il est possible d’extraire une partie de cette richesse (monétaire) pour le financer. Or, un problème se pose. D’abord, cela signifierait que l’on transfère une partie d’un stock de richesse pour financer un revenu, dès lors qu’une partie de la population ne participe pas à l’activité créatrice de revenu. Chose qui n’est pas possible à réaliser à l’infini, c’est exactement le cas des ressources naturelles. Et puis conceptuellement, cela pose un problème un revenu est un flux et non un prélèvement sur un stock. C’est en définitive croire qu’il est possible sans travail collectif (social) de dégager des ressources monétaires, ces dernières devant financer le revenu inconditionnel. Cette conception revient à nier que seul le travail crée de la richesse (monétaire ou non) et qu’il est possible d’en créer artificiellement. L’économie politique de Smith à Marx en passant par Ricardo a très bien démontré que seul le travail crée de la valeur. Cette valeur est économique mais aussi et surtout sociale. La question qui se pose est donc l’usage et la forme de la valeur, ce qui est à la base du dépassement du système socio-économique actuel. Le travail crée de la valeur monétaire marchande mais aussi non marchande (monétaire ou non)[1]. Le premier problème est insoluble, c’est la croyance que l’on peut ponctionner des revenus monétaires sur la production capitaliste… que l’on souhaite renverser. En effet, l’objectif du revenu de base est de poser les jalons d’un après capitalisme, or, il ne peut être financé que sur les revenus tirés… du capitalisme. En effet, le financement d’un revenu monétaire passe par l’extraction d’une valeur monétaire sur une production réalisée. A la rigueur, un revenu inconditionnel dans un système post-capitaliste peut se concevoir, mais dans ce cadre précis, le revenu inconditionnel est consacré dans le système actuel, il crée donc une segmentation de la société entre ceux qui acceptent le revenu et ne participent pas à l’activité économique et les autres. En définitive, le risque majeur est de légitimer la croyance très libérale qu’une partie de la société est inutile, car pas assez efficace, productive ou autre, et donc qu’elle n’est pas intégrable : « créons un revenu inconditionnel pour cette population, et libéralisons le marché du travail ». Car s’il y a revenu inconditionnel rien n’oppose la baisse des salaires généralisée qui accentuera l’exploitation du travail pour ceux qui se maintiennent (par choix ou non) dans la sphère capitaliste. Il n’est pas étonnant qu’une partie des partisans soit des économistes libéraux, notamment l’idéologue Milton Friedman. Le revenu inconditionnel aurait l’intérêt non pas de dépasser le capitalisme mais au contraire de le maintenir, avec la coexistence de deux groupes sociaux. Il existe un risque d’injustice sociale, entre ceux qui peuvent par capital culturel ou autre profiter véritablement du revenu inconditionnel et ceux qui ne peuvent pas, nous ne sommes pas tous des entrepreneur. 

Le revenu inconditionnel permettrait de dégager du temps qui valoriserait une forme d’entrepreneur individuel ou du temps pour mener d’autres activités. Ce qui en soit n’est pas contestable. Ce qui pose problème reste que dans le cadre d’un revenu inconditionnel dans le système capitaliste, le financement est réalisé par ce dernier. Tout d’abord, il existe un mythe (libéral qui a fondé l’auto-entrepreneur) que nous serions tous potentiellement des entrepreneurs individuels, or, pour cela, il faut qu’il y ait une validation de l’activité. Cette validation passe soit par le marché (pour l’activité marchande avec l’achat), soit par la société (activité non marchande… financée par l’impôt). Il y a très longtemps que la loi de Say, l’offre crée sa propre demande, est démontée en brèche. Ainsi, si des activités se créent, il faut une demande. Les activités dégagée doivent donc être validées, mais si ces activités sont non marchandes… On comprend la difficulté. Comment ce secteur non marchand privé peut dégager des revenus monétaires qui le sortiraient de sa dépendance à l’activité économique classique ? Si justement il est non marchand ? Donc, il ne participera pas au financement du revenu de base…. Ces activités peuvent être semi marchande pour dégager un revenu, mais alors on retourne dans les travers du travail salarié, puisqu’il faudra une validation de l’activité par échange semi-marchand donc faire payer le services. Exemple, j’ai un revenu inconditionnel, je décide de dégager du temps pour donner des cours de soutien bénévolement, je concoure au lien social et à la solidarité. Mais, je ne dégage aucun autre revenu, je reste dépendant du système marchand salarié, ou non marchand salarié (financé par l’impôt) qui finance mon revenu inconditionnel. Ou alors, je dégage ce temps pour monter ma boite de soutien que je facture (quelle différence avec l’auto-entrepreneur ?). Mais, il y a l’éducation nationale pour cela soit la sphère non marchande et monétaire. L’idée pour dépasser le capitalisme est donc de miser sur le non marchand, baisser le temps de travail, le partager mais conserver l’idée d’un travail social qui structure la société.     

Seconde difficulté. Si ce revenu est financé par l’impôt, le niveau de celui-ci ne risque pas d’être imposable, ce qui permet à une population d’échapper à la contribution collective tout en bénéficiant de la solidarité nationale. Ce point est embêtant, qu’une partie de la population intégrée et qui participe au travail social et qui n’a pas les revenus suffisants soit exonérée est compréhensible, mais garantir un revenu financé par la solidarité nationale pour des personnes qui potentiellement peuvent refuser de participer à la vie en collectivité qui finance le revenu est problématique. La remise en cause de l’impôt en serait plus forte.

 2. Quelle solidarité, quelle société ?

Troisième difficulté, le financement de la protection sociale. Nos protections sociales sont fondées sur le principe de dette sociale exprimée à travers la cotisation. Participer à la vie en collectivité, c’est obtenir des droits à la protection. Ainsi, comment fonder la solidarité si une partie est exclue de la division sociale du travail ?

La question de l’intégration à la société se pose. Aucune société n’est, et ne fut, fondée sur le revenu mais sur le travail. Ce dernier permet d’accomplir les besoins du groupe. Le travail, bien évidemment, ne doit pas être considéré sous l’aspect travail salarié, c’est le rapport salarial fonde le capitalisme et cette situation généralisée n’a pas 100 ans. Ainsi, toutes les sociétés ont mis en place un système de division sociale du travail, plus ou moins développée, pour garantir la pérennité du groupe. La société ne doit pas être considérée comme une somme d’individus, désagrégés. Elle est un tout, l’intégration à la société est la question primordiale. Le revenu inconditionnel dans un système capitaliste nie cette posture. C’est croire que chacun dans son coin peut rechercher son propre intérêt et non pas participer à la vie en société. Jamais la question du revenu ne fut fondamentale dans les sociétés, au contraire de la participation et de l’intégration au projet collectif dans un cadre de justice pour les uns, de pouvoir pour les autres. Le travail est donc l’outil d’intégration majeure et de création de valeur non pas économique mais aussi sociale. Il faut donc déconnecter le travail du salariat.

Les sociétés actuelles, et ce fut une avancée fondamentale, conçoivent l’existence de dettes sociales. Participer à la société revient à avoir une créance sur celle-ci. En cotisant, en socialisant les revenus, en mutualisant les richesses, la société dans son ensemble dégage des revenus pour protéger l’ensemble du groupe. Un revenu est composé du salaire et des prestations sociales[2]. Mettre en place un revenu inconditionnel revient à supprimer la composante salaire qui est l’expression de la participation à la société. De cette participation à la société découle un salaire indirect qui prend la forme de revenu de remplacement. Les bénéficiaires du revenu inconditionnel qui refusent la relation salariale bénéficieront-ils de la protection sociale qu’ils ne financent pas ? La solidarité n’aurait qu’un seul sens ? On comprend très bien qu’il n’est pas concevable de voir coexister le revenu de base et le capitalisme.

La société est un tout, surtout les sociétés modernes de solidarité organique. Nous avons tous besoins d’autrui. Nous sommes un groupe social. Il n’est pas concevable que seul le droit à la vie soit au centre des préoccupations. Etablir un revenu inconditionnel revient à exprimer que tout être vivant à droit à un revenu, mais c’est la participation à la vie en société qui garantit des droits et fonde la solidarité.  La question fondamentale est donc la place du travail contraint et aliénant, ce qui passe par une réflexion en termes de division sociale du travail et du rapport au travail et non en termes de revenu. La question de l’échange non marchand est centrale… car non excluant financièrement, socialement et politiquement !

3. Alternatives

Les partisans du revenu inconditionnel souhaitent par ce vecteur dépasser le capitalisme, mais surtout sortir du travail aliénant. Il y a trop d’amalgame entre travail, emploi et travail salarié. Le passage vers une autre société passe par un dépassement du rapport salarial actuel. Mais pas de la sortie du travail social qu’il faut redéfinir. Il est donc nécessaire dans une optique d’amélioration sociale de la vie en société de mettre en avant un véritable partage du travail entre tous, avec la réduction au maximum du travail contraint[3] (pas forcément aliénant) qui permet à la société de fonctionner, de se reproduire, de créer les liens entre les individus. Ainsi, c’est le retournement des orientations de la production, d’une production marchande inutile très souvent vers une production non marchande pour la réalisation d’un surplus sociale, des biens communs, services publiques, mutualisation des moyens de production et solidarité forte entre les membres de la société. La question du partage des richesses est au cœur du débat. Le problème actuel est bien le retournement du partage des richesses en faveur des plus riches et du capital. Baisser le temps de travail, c’est diminuer la sphère productive marchande et donc la production marchande. Ainsi, il y a plus à gagner à agir sur les gains de productivité, à prolonger la direction historique de la baisse du temps passer à produire de l’inutile, et partager du temps et du travail pour l’utile. Et donc réorienter l’activité humaine.

Une baisse du temps de travail au minimum vital est nécessaire pour dégager du temps à l’accomplissement de chacun. Ce temps non contraint dégagé doit permettre de refonder la société vers un échange non marchand. La question de la monnaie entre vite en scène. L’alternative passe par une réappropriation des moyens de production et de la monnaie vers un projet de société qui dépasse les logiques d’accumulation et d’exploitation. Mais cela ne doit pas être réalisé par une segmentation de la société. Le groupe social est fondé sur une participation collective à la vie en société. La question des inégalités et de l’injustice passe automatiquement par la question fiscale… En définitive les pistes de réflexions tournent autour des préceptes de l’économie sociale originelle : association, mutualité, et coopérative, appropriation de la monnaie, échanges non marchands, mais tout cela dans une logique de groupe qui ne peut pas détruire le travail, mais au contraire le réorienter dans son acceptation sociale.

La question du revenu inconditionnel a le mérite de mettre au centre des débats la question du travail, du salariat et de la production, mais il ne peut à lui seul être un élément de dépassement du système actuel et la panacée car il pose autant de problèmes d’application et d’orientation de la société que de légitimes questions sur l’avenir de nos sociétés. Mais à l’heure actuelle il risque plus de segmenter la société que de l’orienter vers un après.

[article modifié le 27/01/14 à 15h50]


[1] Voir la saga de l’échange non marchand sur ce blog.

[3] Il n’est peut-être pas contraint pour tous… on peut estimer que le travail passé à soigner, éduquer, ou tout autre travail soit réalisé par conviction et envie.

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19 réflexions au sujet de « Le revenu inconditionnel, une fausse bonne idée ? »

    […] avec la première option du moins en fonction des positions des partisans qui peuvent varier (ici, là et ici des éléments du débat). On retrouvera ici un texte d’André Gorz qui explique […]

    […] que je me lance dans ce débat avec toi. Tu as donc répondu à un de mes articles consacré au revenu inconditionnel, j’ai beaucoup échangé sur ce blog car mon article a été commenté suite à une […]

    […] un récent article, Guillaume Pastureau questionne la pertinence d’un revenu universel dans le système actuel, […]

      wilhem004 a répondu:
      25 février 2014 à 7 h 58 min

      Thibault, je vais prendre le temps de de répondre… mais tu ne m’as pas convaincu. Mon article ne portait pas sur le fait qu’il y ait des personnes inaptes à produire mais sur le financement.Quant à ta partie sur le secteur non marchand, je ne dis rien plus et sur mon blog j’ai consacré 4 articles dessus.

    […] Pastureau, docteur en économie, a récemment publié sur son blog un article critique intitulé Le revenu inconditionnel, une fausse bonne idée ?. Thibault Laurentjoye, doctorant en économie, lui répond. Pour lui, le revenu de base […]

    Tiki Elegehesse a dit:
    14 février 2014 à 10 h 43 min

    Coté partageux et dictatorial?
    Le problème c’est comment créer de vraies activités pour les 10 millions de disponibles en age et capacité de travailler, à condition que les « postes de travail productif » existent, soit à 100k€ moyen par poste, un besoin d’investissement de plusieurs centaines de milliards. Que les gaspillages et les taux d’imposition rendent peu plausibles actuellement.
    En redistribuant autrement ce qui est déjà prélevé, il s’agit de libérer les français, pour affecter leur temps et leurs ressources personnelles à la création, a priori à plusieurs, de leur activité, pas forcément taxée. Par exemple en se formant là où il y a de vrais savoir faire productifs. Comme les SEL le proposent.
    Entre les taux de prélèvements de l’économie compétitive, >50% , les taux autoentrepreneur , 25% et le troc amorcé par la liberté de son temps, il y a une gradation qui peut se transformer eb escalier.
    Mais en laissant la base s’organiser et innover créativement pour fournir des services dont les utilisateurs et clients sont demandeurs.
    Le Rdb c’est d’abord la confiance dans les personnes.

    Nota : quand la taxation prélève plus que la différence de productivité sur une tache donnée entre le prestataire et le client, ya pas de transaction. Des taxes trop élevées, et elles le sont pour les services de proximité, tuent l’échange et donc les activités. En libérant les disponibles et en ne les taxant pas ou peu, on leur permet, par l’action, de construire leur spécialisation et leur activité future.

    wilhem004 a répondu:
    11 février 2014 à 17 h 32 min

    Je viens d’apprendre que mon article sur le revenu inconditionnel est présenté sur le site http://revenudebase.info/

    J’ai donc proposé aux administrateurs du site une réponse ou bien une présentation du revenu de base pour un débat constructif. La question du revenu de base est fondamentale pour le mouvement social, il est donc nécessaire que tous les points de vue soient présents sur ce blog…

    On attend la réponse, je ne doute pas qu’elle sera positive.

    Patrice Vernet a dit:
    10 février 2014 à 22 h 29 min

    Bonjour,
    En laissant penser que le RDB serait financé par l’impôt sans préciser lequel, vous montrez que vous ne vous êtes pas vraiment renseigné sur les possibilités de financement envisagées, et que vous abordez le sujet à l’instinct.

    Même chose en ce qui concerne la protection sociale, qui pourrait elle aussi ne plus être approvisionnée par le travail, mais par la consommation, par exemple. Ce ne sont que des pistes, mais il faut les prendre en compte.

    Enfin, les alternatives évoquées sont intéressantes, et pas forcément incompatibles avec le RDB.
    Dans tous les cas, à mon avis, c’est constructif de parler de ça et de dire ce qu’on en pense comme on le pense. Merci.

      wilhem004 a répondu:
      12 février 2014 à 8 h 13 min

      Bonjour,
      Merci pour votre message, je vais tenter d’y répondre.
      1. Concernant le financement, dans mes propos je parle de financement par l’impôt (n’importe lequel !) mais je ne suis pas aller sur le terrain de la taxation de la consommation… mais on peut y aller, ça s’appelle ni plu ni moins que la TVA sociale… impôt injuste qui touche les plus pauvres qui consomment le plus (relativement). Ainsi, défendre le rdb pour un monde plus juste avec un impôt… injuste il y a un problème de justice sociale évident.
      2. Ensuite, mon propos porte sur l’outil même du rdb dans la stratégie d’une autre société. Instaurer une taxation sur la consommation est l’argument qui me permet vraiment d’appuyer sur ma démonstration. Un tel impôt maintient la dépendance du financement sur l’économie marchande qui crée les biens de consommation. Dans le cadre du rdb comme outil de développement soutenable, une telle mesure fait porter son financement sur la consommation qui doit diminuer en définitive. La consommation de masse étant à l’origine d’une production de masse insoutenable socialement et écologiquement. Donc, on est dans un problème insoluble : financement du rdb ou de la PS sur la consommation… qui doit diminuer. Dans mon article je pose les bases d’une stratégie de sortie du capitalisme par le partage de la valeur ajoutée en faveur du travail, avec la baisse massive du temps de travail contraint.
      3. Penser que l’on peut financer l’aide sociale ou la PS sur autre chose que le travail est une erreur. Mes travaux universitaires (mais pas que les miens) montrent que dans toutes les sociétés primitive ou non, capitaliste ou non, l’aide sociale et la solidarité sont basées sur le travail. Le problème est que l’on rapporte travail à salariat ! Ce n’est pas la même chose…. l’aide sociale et la solidarité sont liées à la division sociale du travail. Dans l’Ancien régime avec les corporations, au moyen-age avec le système de don agnostique et charitable dans une société partagée en ordre où chacun à un rôle et un travail précis, dans les sociétés primitives non européennes ou chaque membres à un rôle spécifique dans le groupe mais qui reste ni plus ni moins une forme de travail qui permet à la société de se maintenir…

        Patrice Vernet a dit:
        12 février 2014 à 14 h 34 min

        1. La justice sociale est une notion très relative, et il ne peut donc y avoir de consensus là-dessus. Aussi, l’objectif initial du RDB n’est pas la justice, mais l’élimination de l’austérité et de la misère. C’est différent. Si ce rêve se réalise, au moins localement, alors l’injustice sociale pourra être combattue plus sereinement, et plus efficacement.

        2. A propos du financement du RDB, je crois percevoir chez vous comme un dogme, qui associe le travail à la création de richesse. Mais plus les machines prennent le travail des hommes, moins le travail des hommes a de la valeur, et moins il rapportera par l’impôt, même dans un état social. Répartir les tâches en baissant les temps de travail n’est pas une solution à terme, dans ce contexte.
        A l’inverse, si la subsistance de chacun est possible, alors la consommation est assurée, car nous sommes contraints de consommer pour vivre. Et ne doutez pas que peu de gens se satisferont du revenu minimum, et chercheront à tous prix à gagner plus, assurant le développement de la société, et de la consommation.
        Ceci dit, la TVA n’est qu’un aspect du financement du RDB, et l’impôt sur le revenu n’est pas banni. Par ailleurs, beaucoup d’outils sont proposés, et discutés (création de monnaies locales, contrôle des investissements,…). Le champ est large.

        3. Enfin, qu’on ne puisse pas imaginer une nouvelle société sous prétexte que de telles sociétés n’ont jamais existé, voilà bien un discours d’universitaire… Si vraiment nous nous basons sur l’expérience, alors nous devons admettre que le modèle existant ne pourra pas aller bien loin sans catastrophe, et que le marxisme n’a pas su non plus répondre aux problèmes de notre temps. Pensez-vous que nous sommes condamnés a subir la sauvagerie de l’état naturel, comme toutes les sociétés, anciennes et actuelles ?
        Eh bien c’est peut-être vrai, mais ce n’est pas une raison pour s’interdire de nouvelles expériences.

        wilhem004 a répondu:
        12 février 2014 à 15 h 07 min

        Jamais dans mes propos je nie une autre société, si vous avez lu l’ensemble du post et si vous avez fait le tour du blog dont la saga des échanges non marchands, vous comprendrez ma position, je milite depuis un sacré moment pour un dépassement du capitalisme, un usage social et non marchand de l’argent.
        Mais vous éludez les questions fondamentales :
        1. Le rdb ne permet pas la construction d’une alternative car il est dépendant dans son financement du capitalisme. C’est la limite fondamentale et qui fait que je ne suis pas partisan du rdb.
        2. Il crée une segmentation de la société
        3. la question du travail, et je parle de travail social. Si j’ai des positions dogmatiques, les votre ne sont pas mal non plus. Et peut-être ce qui vous dérange, c’est de trouver des militants associatifs (comme moi) qui relativisent l’intérêt même du rdb. Vous semblez confondre travail et salariat. Mon combat est le dépassement du salariat source d’exploitation écologique et sociale. Mettre en place le rdb dans une société capitaliste ne permet que de coller des rustines. Mon combat est au contraire de mettre en place les éléments qui permettent de changer radicalement de société. Ce qui passe par un système de production socialisée avec une baisse du temps de travail contraint pour dégager du temps individuel. Les monnaies locales et sociales sont un instrument.
        4. La question de la subsistance. Oui, la consommation est nécessaire, je ne le nie pas, l’inverse serait une bêtise. Mais, l’alternative passe par une meilleure production et donc le développement des coopératives et associations. Vous vous placez essentiellement du côté redistribution et non pas production. En rien le revenu de base permet une autre façon de produire plus respectueuse. La question ne porte pas sur la distribution de revenu mais la production à la base du revenu. Mieux produire pour satisfaire aux besoins de tous sans accumulation. Baisser le temps de travail contraint pour limiter les productions inutiles et faire participer l’ensemble des membres de la société vers un projet commun. Multiplier la production non marchande, l’entre-aide. J’ai l’impression d’être plus radicale et progressiste… pour proposer un après !
        Mon travail sur l’aide sociale en longue période montre que le travail SOCIAL issu d’une division sociale du travail, est source de lien, je ne parle pas de salariat !
        Toute la question est là, quelle société voulons-nous ? A l’heure actuelle le rdb n’est pas un outil de dépassement du capitalisme.
        Sans être antagoniste, nous militons pour un après, mais pas avec les mêmes outils et stratégie. Le rdb me semble-t-il ne permettra pas de dépasser la société actuelle, même si le principe n’est pas à rejeter.

        Patrice Vernet a dit:
        12 février 2014 à 17 h 07 min

        Excusez moi de ne pas répondre à la bonne place, je n’ai pas la possibilité de le faire. Je trouve la conversation intéressante, et j’espère que vous serez ok pour la poursuivre. Il s’agit donc d’une réponse au message suivant. Merci.

        Je me suis bien rendu compte que vous étiez anticapitaliste. Figurez-vous que je le suis aussi, et je vous approuve non seulement dans vos intentions, mais aussi dans la plupart de vos suggestions. Personne ne prétend que le RDB va résoudre tous les problèmes. Néanmoins je crois que ce RDB peut être une arme terrible, en votre faveur, puisque vous parlez de combat.

        1. Le RDB ne dépend pas du capitalisme, mais de l’économie. Certes, il n’empêche pas le capitalisme et ses abus. Il ne s’agit pas de ça.

        2. Il n’empêche pas la segmentation de la société, c’est vrai aussi.

        3. Le RDB une rustine ? Il faut bien se rendre compte des implications d’un RDB, en considérant son objectif de libérer le peuple du travail : En gros si la survie des gens dépend de leur travail comme ça a toujours été le cas, alors ils resteront esclaves de leur travail, comme de leur patron. Par contre si personne n’a le besoin absolu de travailler, alors le travail deviendra l’esclave du travailleur/consommateur. L’affranchissement du peuple, une rustine ?
        D’ailleurs avec le RDB la baisse du temps de travail que vous souhaitez devient une conséquence logique.

        4. Dommage que vous ayez balayé les monnaies locales dans le 3 car c’est justement dans le 4 que vous en auriez eu besoin. En effet, celles-ci servent justement à rationaliser les productions.
        D’ailleurs, si vous voulez parler de production (sociales, locales et responsables), considérez qu’elles seraient facilités par l’énorme baisse de charges que la TVA compenserai. Là encore ça ne résous pas directement tout les problèmes que vous évoquez : surproduction, pollution, manque de liens sociaux, etc…

        Mais en permettant à tout le monde la garantie d’avoir un toit et de quoi manger, alors les mentalités pourront se développer et ainsi la société pourra changer. Mais votre combat ne s’arrêtera pas là, et vous garderez vos objectifs d’équité et de respect.
        Il ne s’agit que de renoncer à l’esclavage et au « travail contraint » dont vous parlez. Je crois qu’il est là, le point d’achoppement.

        wilhem004 a répondu:
        13 février 2014 à 8 h 10 min

        Alors, je vais reprendre moi aussi point par point :
        1. le rdb dépend de l’économie, mais l’imposer en système capitaliste il dépendra de l’économie capitaliste et marchande… à cause des formes de son financement. Il dépendra du secteur créateur de valeur monétaire.
        2. Je ne souhaite pas que les gens subsistent mais vivent, permettez-moi d’utiliser à la rigueur le terme rdb. Vous ne pourrez en aucun cas supprimer le travail, vous pouvez et ça je le dis dès le début abolir le travail salarié. Le rdb ne supprimera le besoin de la société de consommer un minimum donc il faudra une production, donc du travail, que j’appelle contraint car il est nécessaire à la société et même si on veut s’en défaire ce sera impossible. Quid des éboueurs ? quid de la police ? des bouchers ? des plombiers ? etc… le mythe veut que le rdb libère des compétences individuelles et de l’activité individuelle, mais déjà tout le monde n’en est pas capable, et ça ressemble au mythe de l’auto-entrepreneur. Donc, ce travail contraint qui fait vivre la société est si ce n’est nécessaire, est indépassable. Voilà pourquoi je parle de baisse de ce temps de travail là, rendu possible par la productivité, les gains devront être entièrement consacrés à la rémunération du travail… qui ne devra plus être salarié. Ainsi, le temps dégagé sera vraiment libre !
        3. Donc, mettre un rdb dans un système capitaliste permet pour les défenseurs libéraux bien sûr de concevoir qu’une partie de la population est inapte (volontaire ou non) et qu’il faut leur donner l’aumône pour libéraliser encore plus le reste de la société. Moi, je milite au contraire pour un revenu décent pour tous issu du travail, avec la protection contre les risques sociaux pris en charge par la protection sociale.La hausse de la TVA n’est en rien progressiste, elle va rendre la vie encore plus cher et le rdb n’en sera qu’inefficace.
        ‘. Pour changer les mentalité, je parie plus sur l’éducation populaire, et les expériences alternatives (SEL, monnaie complémentaire, coopération…) qu’un revenu inconditionnel qui peut être stigmatisant. Et puis qu’un traideur ou un pdg en bénéficient, ça me gène, mais la c’est mon côté républicain qui ressort.

        Patrice Vernet a dit:
        13 février 2014 à 8 h 50 min

        En gros vous ne pensez pas que le peuple puisse être responsable de lui-même, ni qu’il puisse être heureux si on ne le force pas à travailler…
        Vous avez peut-être raison, mais ne condamnez pas pour autant cette piste du RDB, svp, ça serait dommage que les idées progressistes s’annulent au lieu de se combiner pendant que les cols blancs se frottent les mains.

        Merci de votre tribune.

        wilhem004 a répondu:
        13 février 2014 à 8 h 58 min

        Je pense que la société a besoin d’un travail social limité au strict minimum.
        J’ai envoyé un mail aux administrateurs du site revenudebase.info car mon article est référencé, pour qu’il publie un article sur mon blog. Je n’ai pas eu de nouvelle. Seriez-vous d’accord de rédiger pour ce blog, dans la rubrique « comme chez vous », environ 3 pages word sur la question du rdb. Soit en réponse à mon article soit en présentant le projet et les débats en cours ?
        Merci

        Patrice Vernet a dit:
        13 février 2014 à 23 h 46 min

        Je ne représente pas du tout revenudebase.info, et ne serais pas leur meilleur avocat, je le regrette. Je me suis permis d’intervenir car il m’a semblé que vous n’aviez pas vraiment considéré la question avant de douter publiquement de l’intérêt du revenu de base. Je voulais juste répondre à la question : A priori, je ne trouve pas que ce soit une fausse bonne idée, mais une vrai, amha.
        Merci encore.

    jblaclav a dit:
    27 janvier 2014 à 18 h 57 min

    Au Canada, une expérience a été mené auprès de 1000 familles leur donnant un revenu minimum garanti. Les résultats sont plutôt intéressant. 8.5% d’hospitalisation de moins que le groupe témoin, une baisse du décrochage scolaire, une baisse des problèmes de santé mentale. La situation est peut-être différente à grande échelle.

    http://nipawinoasis.com/documents/37.3.forget.pdf

    Tiki Elegehesse a dit:
    27 janvier 2014 à 17 h 20 min

    Impressionnante négation des réalités de l’entrepreneur individuel et du capital humain que le Rdb libérerait chez les millions de disponibles en France que les entreprises et les syndicats ont fabriqué depuis des décennies d’arrivée des classes d’ages plus nombreuses que les partants à la retraite !
    OÙ l’auteur va-t-il chercher que les bénéficiaires du Rdb se précipiteraient vers l’oisiveté et non pas vers des activités intenses d’utilisation de leur temps et de leur liberté? Productrices de valeurs et de liens sociaux ? Marchandes ou non marchandes. !

      wilhem004 a dit:
      27 janvier 2014 à 22 h 01 min

      Il y a un mythe bien entretenu de l’entrepreneur individuel, celui là même qui a fondé l’auto entrepreneurs. Jamais il a été rédigé qu’il y aurait oisiveté. En quoi créer de toutes petites unités de production serait un avantage social sans qu’il n’y est de demande sociale ? Poir qu’une activité fonctionne, elle doit etre validée soit socialement, soit par le marché. Dans le second cas nous avons le cas d’une production souvent inutile et socialement non durable. Dans le second, la validation est collective. Le rdb dans le capitalisme ne permettrait pas d’en sortir mais seulement de créer deux sociétés. Vous n’avez pas du lire convenablement le post. Le problème du rdb se pose dans sa volonté d’apporter une base à une sortie du capitalisme ce qui est peu probable, mon propos est plus révolutionnaire car il part du postiulat d’une reorientation des objets même de l’économie dominante. Jamais il n’a été indiqué d’une quelconque prime à l’oisiveté, mais d’un risque de segmentation de la société, sans pour autant porter les bases d’un après et de difficultés de financement. Je ne tombe dans l’optimisme qui conclue que le rdb degagerait un formidable potentiel d’entrepreneurs individuels qui trouveraient mecaniquement un demande à leur activité. On tombe dans le mythe libéral de l’agrégation de petit producteur efficient. Je pars de l’idée d’une réapropriation de l’activité économique au secteur marchand vers une société socialement viable. L’après capitalisme passera par la fin du rapport salarial et non d’une cohabitation entre deux mondes. Il y a donc une divergence de stratégie pour l’après.

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