Les retraites dans la tourmente (2/3)

Publié le Mis à jour le

Un problème de financement dites-vous ?

La question des retraites est un marqueur idéologique puissant. Mère de toutes les batailles syndicales, la nouvelle réforme de retraite a montré à quel point le recul du gouvernement devant les exigences du capital raisonne comme une trahison de l’idéal républicain et social. Ce combat ne doit pas être considéré comme dépassé ou perdu, il forge une société. Mais pour cela, et dans une optique de démystification libérale, il convient de revenir sur le système de retraite et d’ne connaître les tenants et les aboutissants[i]. Aujourd’hui, la question du financement.

1. Brèves de comptoir

Il est consternant d’entendre à longueur de journée de la part des journalistes et idéologues qu’il existerait un problème de financement du système de retraite. Ces positionnements n’ont aucun fondement empirique et théorique. Si problème de financement il y a, c’est avant tout la conséquence d’une baisse des cotisations sociales depuis près de 30 ans, sans pour autant qu’il y ait des résultats économiques, contrairement aux prophéties de la pensée dominante. Revenons sur quelques affirmations récurrentes… et fausses :

i. « Il n’y a plus d’argent dans les caisses, on a plus les moyens de payer pour le social, mon cher monsieur ».

Premier mensonge de la classe dirigeante, de gauche comme de droite. La protection sociale fut créée en 1944, au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans le but de lutter contre la pauvreté ouvrière. En 1950, le PIB de la France (base 2005) était de 262 000 millions d’euros (source INSEE). Il est en 2012 de … 1 808 820 millions d’euros ! Rien que ces chiffres bruts résument la bêtise de l’argument. Jamais le pays n’a été aussi riche, le refus de financer la SECU n’est qu’un choix politique et en aucun cas une nécessité économique. Le problème majeur concerne le nombre de cotisants qui ne cesse de diminuer à cause des politiques libérales qui institutionnalisent la rareté par le chômage et la précarité pour extraire le maximum de profit sur le salariat.

ii. « Il y a bien un déficit des caisses de retraites, donc il faut réformer ! Et puis on vit plus longtemps, donc il est normal de travailler plus… »

La mauvaise foi et le mensonge en plus… Le plus aberrant dans l’histoire et que les socialistes reprennent ces affirmations. En 2012, le COR (conseil d’orientation des retraites) dans son rapport, et on ne peut pas le taxer de gauchiste primaire, souligne que : « La dégradation beaucoup plus rapide que prévu des comptes des régimes de retraite [est] du fait de la chute des recettes liées à la crise ». Le sacro-saint rapport Moreau de 2013, qui fonde la réforme injuste et inéquitable des socialistes, note que : « la durée et l’ampleur de la crise depuis 2008 affectent fortement le système des retraites ». Ainsi les bons technocrates de notre pays concluent que la crise est à la base des difficultés de financement des caisses de retraites. Or, les réformes n’ont pour but que de précariser le travail et rendre plus difficile l’accès à un repos (du labeur) bien mérité. Le salariat est puni des excès du libéralisme et des conséquences de la crise, les libéraux ont trouvé le moyen de faire payer aux plus pauvres la crise, et de mener à bien le projet de marche vers une marchandisation de l’ensemble des sphères de la vie sociale. Car, le bon technocrate socialiste et libéral (c’est le même vous l’aurez remarqué depuis 2012…) rabâche à longueur de journée que comme nous vivons plus longtemps, il est normal de travailler plus. L’UMP pour 2017 espère imposer le départ légal à la retraite à plus de 65 ans. Mais de quoi parlons-nous ? Effectivement, nous vivons plus longtemps. Mais ce n’est pas la question, le point central est la durée de vie en bonne santé (source INSEE)… En Suède, pays à très haute protection sociale, elle est passée de 60 ans en 2004 à 70 ans en 2011 ; en Allemagne de 54,8 ans en 2005 à 58,7 ans en 2011, un modèle pour notre élite qui ne dépasse même pas les 60 ans d’espérance de vie en bonne santé ; au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie, le niveau a stagné ; et en France… il est passé de 64,3 ans en 2004 à 63,5 en 2010 ! Oui, l’espérance de vie en bonne santé en France a diminué, mais l’âge de départ à la retraite lui est passé à 62 ans et 67 ans pour une retraite sans décote. En Allemagne, l’âge de départ à la retraite est fixé à 65 ans, quand les salariés vivent en bonne santé jusqu’à 59 ans. De plus, dans ce beau modèle, la durée de cotisation est de 45 ans. En France, le départ moyen à la retraite est de 60 ans mais 41,4% des 55-64  ont un emploi pour liquidité leur pension. Il n’y a pas besoin de long discours pour comprendre la bêtise d’une hausse du temps de travail sur toute la vie.

iii. « Mais, il y a un problème de compétitivité ! On peut pas se permettre d’augmenter les charges sociales »

L’argument coup de poing… qui fait pshiiit[ii]. Ce premier graphique, ci-dessous, apporte un élément de réponse, la productivité du travail n’a cessé d’augmenter quand les salaires ont peu évolué à la hausse, ce qui permet un transfert de valeur ajoutée du travail vers le capital. La compétitivité c’est la productivité, on s’aperçoit que de ce côté-ci, pas vraiment de problème, puisque les gains de productivité ne sont pas reversés au travail. De plus la France fait partie des pays à la plus forte productivité horaire du monde, devant les USA ou l’Angleterre

! « La productivité française, parmi les meilleures au monde La France est un pays où l’on travaille environ 1 585 heures par personne et par an (moyenne mondiale de 1 902 heures). Ceci n’affecte en rien, bien au contraire, sa compétitivité. Celle-ci demeure remarquable grâce à la productivité de sa population, l’une des meilleures au monde depuis plusieurs années. Les statistiques des différents instituts comme l’OCDE ou Eurostat offrent la vision globale d’une productivité française en excellente santé. Leurs indices prévisionnels viennent confirmer sa position de leader sur la scène économique internationale. » [Source, information du gouvernement français aux investisseurs étrangers – ministère des affaires étrangères]

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Le second graphique, ci-dessous, confirme le premier, mais le plus important reste les deux derniers. On observe en France et en Allemagne une hausse du taux de marge en noir (profit) quand les taux d’investissement (en blanc) diminuent… Ainsi, les marges des entreprises ont été favorisées, mais ces dernières n’ont pas été réinvesties ! Toute la rhétorique socialiste tombe à l’eau. Jamais le retour des marges ne fait l’investissement et à terme l’emploi, les marges ne rémunèrent à l’heure actuelle que le capital et non l’investissement productif. Le capitalisme financiarisé est à l’œuvre. Donc, où se trouve le problème de compétitivité ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

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2. Quelles conclusions ?

Si charges il y a, elles ne sont sûrement pas sociales, elles sont du capital. Le transfert depuis 30 ans de la valeur ajoutée du travail vers le capital n’a qu’alimenté les marchés financiers et enrichi le rentier mais n’a en aucun cas eu d’impact macroéconomique favorable. Les réformes qui veulent allonger la durée de travail n’ont pas la volonté de financer le système de retraite, mais elles s’inscrivent dans le plus grand hold-up de l’histoire. Il convient de toute urgence de s’attaquer à cet état de fait, en taxant les transactions financières, en augmentant les cotisations sociales, car c’est possible ! Toutes les baisses de cotisations sociales ont permis la baisse de la rémunération totale du travail en s’attaquant au salaire indirect et socialisé. Il convient de trouver des alternatives concrètes, nous verrons cela dans le prochain volet…


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3 réflexions au sujet de « Les retraites dans la tourmente (2/3) »

    […] ? Ici, sur ce modeste blog, plusieurs articles ont montré les erreurs et les fondements (ici et ici ou ici) de votre politique clairement libérale et idéologiquement marquée à droite. Bref, […]

    […] [3] https://chroniquesdematante.wordpress.com/2014/02/03/les-retraites-dans-la-tourmente-23/ […]

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