La dette, la crise et le capitalisme… (2/4)

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Voici un cycle de quatre petits articles consacrés à la dette, le premier concernait un petit retour historique sur ce phénomène[1], maintenant analysons les conséquences des mutations des modèles économiques à l’origine de la crise du système libéral. Puis, le troisième volet concernera précisément la situation actuelle et les origines de la dette, le dernier portera sur les alternatives.

La sortie de l’ouvrage de David Graeber, dette 5000 ans d’histoire, remet au goût du jour les études historiques et anthropologiques. Plus tard, un compte rendu de l’ouvrage sera réalisé…

La vengeance du capital

Oui, la question de la dette est clairement en lien avec  le problème du capital. Ici, nous ne reviendrons pas sur la question du partage de la valeur ajoutée et de son retournement, nous vous renvoyons à deux articles, celui de Louison[2] et le notre[3]. Pourquoi en tel retournement, la question est là ?

Ce retournement est lié entre autre à la baisse du taux de profit observée au milieu des années 1960, le graphique suivant le montre bien… La part des taux de profit non investis diminue, ainsi, la rémunération du capital baisse ! Danmed…. Le régime fordiste court à sa perte. Les modifications des règles du jeu sont en route, nous mettons de côté ici les autres causes (productivité, système de relations monétaires internationales…) qui auraient leur place. Ainsi, la prophétie de la baisse tendancielle des taux de profit se réalise. Le capital se protégera on s’en doute… un nouveau mode de production apparaît et s’impose : le modèle japonais de flexibilisation, couplé au futur modèle anglo-saxon de financiarisation et de libéralisation. Nous sommes fin des années 70, l’idéologue explique que le choc pétrolier est à l’origine de la crise économique, l’économiste s’aperçoit que non, la crise est liée au système économique. Il s’en suit une vague d’attaques contre les modèles d’Etat social, l’Angleterre lance le mouvement de libéralisation, les américains suivent, puis viendra le tour de l’Europe avec l’achèvement lié au tournant de la rigueur en 1983 en France. Le capital se venge, les mesures mises en place le favorisent. Loi bancaire en France de libéralisation en 1984, segmentation du marché du travail avec le retour de la précarisation, privatisation des secteurs anciennement stratégiques, et la bourse prend une place centrale de captation de la richesse. Le graphique suivant montre que dès les années 1980 : (i) le taux de marge repart à la hausse, (ii) les  profits non investis aussi, (iii) quand le taux d’investissement s’écroule et avec lui la hausse du chômage… cas d’école : pas d’investissement, pas d’emploi. M. Hollande devrait revoir son histoire économique, depuis 30 ans l’offre est privilégiée… rien n’y fait, les profits gonflent, la société se dégonfle. L’investissement est une composante de la demande, elle dépend de la confiance. De plus, les marges ont été favorisées, mais ont-elle permis de renouer avec l’investissement, ce retour historique montre que non ! Alors M. Moscovici ; combien de temps encore allez-vous raconter n’importe quoi ?

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Mais pour bien comprendre la vengeance du capital, il faut voir ce qu’il se passe au niveau de l’impôt…  et oui, baisse de l’impôt = baisse des recettes et donc potentiellement risque d’endettement. Les tableaux suivant sont sans appel. Les taux d’imposition sur le revenu en France sont parmi les plus bas du monde ! Quant à l’imposition des entreprises… c’est la fonte finale !

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Le problème est bien là, on s’occupe très bien de nos entreprises et de nos classes dirigeantes, l’impôt n’est plus pour le capital un outil de redistribution, un outil de justice sociale, mais l’instrument d’enrichissement. Les taux d’imposition des acteurs les plus riches diminuent, quand le fardeau de la crise est porté par le salariat sans aucun résultat tangible. Le graphique suivant est étonnant ! Non l’Etat n’est pas ce goinfre. Les dépenses de l’Etat ont diminué depuis 1992, elles repartent avec la crise de 2007, et oui il faut aider les banques prédatrices et coupables de la crise… Et les recettes ? La chute, toujours la chute. Ce qui permet d’entretenir le déficit, qui veut noyer son Chien l’accuse de la rage.

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Pour finir, un dernier graphique qui présente les cadeaux fiscaux aux classes les plus riches…

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La boucle est bouclée, le capital après avoir eu peur dans les années 70 a orchestré sa vengeance à l’aide d’une élite sous influence. N’attend rien du pacte patronal, la stratégie est claire, elle souhaite créer une société de marché, où prime avant tout l’intérêt individuel et où tous droits sociaux seraient bannis. La dette est entretenue, elle favorise une atmosphère anxiogène pour faire passer toutes les réformes réactionnaires et conservatrices. Elle a aussi l’avantage d’apporter des revenus conséquent aux prêteurs… banques, fonds de pension et nouveaux exonérés fiscaux d’en haut. De plus la question de la dette est aussi et surtout le résultat de la crise de 2007…

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2 réflexions au sujet de « La dette, la crise et le capitalisme… (2/4) »

    […] des mutations des modèles économiques à l’origine de la crise du système libéral[2], le troisième volet concerne précisément la situation actuelle et les origines de la dette[3]… […]

    […] Si on y regarde de plus près, la France n’a pas moins bien réussi que les autres pays européens, et au contraire la protection sociale a permis de limiter la casse. Mais la fameuse dette actuelle n’est pas la conséquence d’une mauvaise gestion ou le coût de nos cadeaux aux pauvres profiteurs par excellence. Et non M. Baverez, le niveau de la dette actuelle est un choix politique de baisse des impôts pour les plus riches, le résultat de la crise économique, les Etats devant intervenir pour sauver les banques et le systèmes, la globalisation financière et les paradis fiscaux saignent les finances du pays et la fraude fiscale coûte, je ne parle pas des niches fiscales inutiles et scandaleuses[2]… […]

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