La dette, la crise et le capitalisme…(3/4)

Publié le Mis à jour le

Voici un cycle de quatre petits articles consacrés à la dette[1], le premier concerne un petit retour historique sur ce phénomène, puis nous verrons les conséquences des mutations des modèles économiques à l’origine de la crise du système libéral, ce troisième volet concerne précisément la situation actuelle et les origines de la dette, le dernier portera sur les alternatives.

La sortie de l’ouvrage de David Graeber, dette 5000 ans d’histoire, remet au goût du jour les études historiques et anthropologiques. Plus tard, un compte rendu de l’ouvrage sera réalisé…

Subprime, paradis fiscaux, fraudes fiscales et nationalisation des dettes privées

 Ce troisième volet sera court, pas besoin de très long discours.

Les déclinistes néo-libéraux ne cessent de nous expliquer que la France décline, que la dette est la 8e plaie de l’Egypte, qu’il faut faire des efforts (enfin que les pauvres fassent des efforts), qu’il faut attaquer le mammouth. Il est mort il y a quelques milliers d’années, il est assez désastreux qu’il en existe encore un en France ! L’Etat social est la cause de tous les maux…

Si on y regarde de plus près, la France n’a pas moins bien réussi que les autres pays européens, et au contraire la protection sociale a permis de limiter la casse. Mais la fameuse dette actuelle n’est pas la conséquence d’une mauvaise gestion ou le coût de nos cadeaux aux pauvres profiteurs par excellence. Et non M. Baverez, le niveau de la dette actuelle est un choix politique de baisse des impôts pour les plus riches, le résultat de la crise économique, les Etats devant intervenir pour sauver les banques et le systèmes, la globalisation financière et les paradis fiscaux saignent les finances du pays et la fraude fiscale coûte, je ne parle pas des niches fiscales inutiles et scandaleuses[2]

Remettons les choses à leur place…

Voici quelques citations :

1.AVRIL 2010, rapport sur la situation des finances publiques, de M. Cotis et M. Champsaur. Le premier, né le 24 septembre 1957, est un haut fonctionnaire et un économiste français. Spécialiste des politiques macroéconomiques, il a été directeur général de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) d’octobre 2007 à mars 2012. Depuis cette date, il est conseiller maître à la Première chambre de la Cour des comptes. Ancien élève du Lycée privé Sainte-Geneviève, diplômé de l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC), ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA) -promotion Henri-François d’Aguesseau. On ne peut pas parler de gauchiste… le second Paul Champsaur, né le 6 janvier 1944 à Gap, est un haut fonctionnaire français, ancien directeur général de l’Insee (1992-2003) et ancien président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) (2003-2008). Il est président de l’Autorité de la statistique publique depuis mars 2009. Bref, ils portent en eux toute la crédibilité nécessaire, et bien écoutons-les :

« En l’absence de baisses de prélèvements, la dette publique serait d’environ 20 points de PIB plus faible aujourd’hui qu’elle ne l’est en réalité, générant ainsi une économie annuelle de charges d’intérêts de 0,5 de PIB » et il ajoute plus loin, « en 10 ans, 400 milliards de recettes fiscales perdues ».

2. Mais bon continuons avec M. Carrez, et son rapport à l’Assemblée Nationale, en juin 2010. Gilles Carrez, né le 29 août 1948 à Paris, est un homme politique français, membre de l’UMP. Député depuis 1993 et président de la Commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire à l’Assemblée nationale depuis 2012, il est principalement connu pour être l’auteur de la loi Carrez et pour son engagement en faveur de l’assainissement des finances publiques. Gilles Carrez a étudié à HEC et à l’ENA (promotion Guernica, 1976). Encore un qui a fait des études de commerce, là aussi, pas un gauchiste déclaré…

« Entre 2000 et 2009, le budget générale de l’Etat aurait perdu entre 101,2 milliards d’euros (5,3% du PIB) et 119,3 (6,2% du PIB) de recettes fiscales, environ les deux tiers dû au coût net des mesures nouvelles – les baisses d’impôt – et le tiers restant à des transferts de recettes aux autres administrations publiques »

3. Juin 2011. Continuons quand même, ne nous arrêtons pas en bon chemin… Le rapport de la Cour des comptes sur la situation et les perspectives des finances publiques :

« La crise explique plus de 38% du déficit, qui est surtout de nature structurelle et résulte largement de mesures discrétionnaires »

Alors là, tout est dit. La situation actuelle, qui profite à un certain nombre de personnes, n’est pas due à un Etat prédateur mais plutôt à une finance hors de contrôle. Nous comprenons l’objectif de nos dirigeants, cette situation est clairement volontaire et a pour but de remettre en cause les acquis sociaux. Le graphique suivant confirme l’observation, la dette publique est explosée avec la crise… Faisons donc payer les responsables à savoir les banques et les assureurs.

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Au total, entre les mesures fiscales inutiles et inefficaces, la crise économique et les politiques d’austérité qui plombent les entrées fiscales, la dette est auto-entretenue par effet boule de neige. N’oublions pas que la crise d’endettement privé est bien plus inquiétante que la dette publique. La bulle spéculative sur les prêts étudiants américains est une bombe à retardement qui pèse selon les estimations environ 3 000 milliards de dollars. Car l’Etat peut soit répudier sa dette, soit lever l’impôt, un ménage ne le peut pas…

 Et les paradis fiscaux ?

La fraude fiscale représente un manque à gagner de 60 à 80 milliards d’euros par an pour la France (1000 milliards d’euros de manque à gagner au niveau de l’Union européenne !) d’après SUD finances publiques, mais cette estimation est confirmée par les autorités compétentes. Cette fraude est rendue possible par la complexité du système fiscal, mais aussi du manque de coopération entre Etats et du manque de moyens de l’administration fiscale pour la combattre.

Mais les paradis fiscaux jouent un grand rôle dans le développement de la fraude en raison de l’opacité (secret bancaire, absence de coopération, déréglementation…) : pour la seul France, la partie de la fraude qui serait cachée dans les paradis fiscaux représenterait 17 milliards d’euros de manque à gagner par an pour les caisses de l’Etat… Les sommes mises en circulation chaque année représenteraient entre 15 et 30 % des dettes publiques cumulées, qui s’élèvent à quelque 5 000 milliards de dollars.  Les paradis fiscaux attirent donc tous ceux qui refusent la solidarité par l’impôt, laissant à leurs concitoyens le soin d’en acquitter la charge. Les grandes fortunes et les multinationales en font un usage massif. C’est une des explications de l’appauvrissement relatif des Etats, et de la diminution corrélative de leur capacité de régulation, voire de sauvetage du système lui-même.

 Il est donc nécessaire de s’attaquer frontalement à cette situation…


[1] Dont le premier : https://chroniquesdematante.wordpress.com/2014/02/11/la-dette-la-crise-et-le-capitalisme-14/

[2] Voir tome 2 : https://chroniquesdematante.wordpress.com/2014/02/13/la-dette-la-crise-et-le-capitalisme-24/

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2 réflexions au sujet de « La dette, la crise et le capitalisme…(3/4) »

    […] sur ce modeste blog, plusieurs articles ont montré les erreurs et les fondements (ici et ici ou ici) de votre politique clairement libérale et idéologiquement marquée à droite. Bref, Hollande ne […]

    […] le troisième volet concerne précisément la situation actuelle et les origines de la dette[3]… maintenant les […]

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