La dette, la crise et le capitalisme…(4/4)

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Voici un cycle de quatre petits articles consacrés à la dette, le premier concerne un petit retour historique sur ce phénomène[1], puis les conséquences des mutations des modèles économiques à l’origine de la crise du système libéral[2], le troisième volet concerne précisément la situation actuelle et les origines de la dette[3]… maintenant les alternatives.

La sortie de l’ouvrage de David Graeber, dette 5000 ans d’histoire, remet au goût du jour les études historiques et anthropologiques. Plus tard, un compte rendu de l’ouvrage sera réalisé…

Et alors ? Que faire ?

Il est évident que la problématique de la dette trouvera une réponse politique. C’est en enjeu de société qui se joue, et les idéologues libéraux qui monopolisent les médias l’ont bien compris. Depuis 2007 et le déclenchement de la crise des subprimes, un grand projet anti-social se met en place. N’oublions pas que la situation actuelle est issue d’une crise d’endettement privé, liée à la paupérisation des travailleurs américains, au cynisme des banques et à la démence du capital. La grande réussite des classes dirigeantes et économiques fut sans conteste de se déresponsabiliser et de détourner les causes de la faillite du système financier et bancaire et de faire payer la crise à ceux qui la subissent.  Les centaines de milliards d’euros d’argent public reversées aux banques sont un hold-up savamment orchestré. Car les banquiers et financiers n’ont jamais trouvé à redire de cette dépenses publiques qui a sauvé leur place.  Maintenant que les marchés financiers retrouvent des résultats frôlant l’indécence mais issus des efforts du monde du travail, voilà qu’une nouvelle étape de privatisation et de libéralisation s’engage. Les politiques publiques ne sont plus tournées vers l’intérêt collectif mais vers les intérêts privés des entreprises et des banques. Le gouvernement socialiste torpille la taxe sur les transactions financières[4], mène une réforme bancaire non contraignante sous la pression des lobbies bancaires, et le pacte de responsabilité est un transfert d’argent public vers les profits privés sans aucune garantie [5].

Plusieurs pistes pour une refondation de notre modèle de société :

1. La fin de l’austérité… et de nouvelles politiques économiques

Même le FMI estime que les politiques d’austérité sont inefficaces, et qu’ne plus il n’existerait pas de niveau critique d’endettement[6]. Pour réduire la dette, rien de mieux que d’agir sur les dépenses, ce qui nécessite de s’attaquer à des intérêts d’une certaine classe… dirigeante. Au lieu de cela, les politiques de réduction inconsidérée des dépenses publiques sont mises en œuvre, mais d’après les économistes de l’OFCE[7], les coefficients multiplicateurs de dépenses publiques sont supérieurs à 1. Ainsi toute baisse de 1 euro des dépenses publiques entraîne une baisse de PIB de plus de 1 euro… Tout est dit, un effet boule de neige sans fin ! Car l’austérité contraint la croissance, donc les entrées de recettes fiscales. Une contraction de la dépense publique, composante de la demande, limite bien évidemment les débouchés et les anticipations des entrepreneurs. Peu de raison de voir un retournement de la courbe du chômage. Le mythe entretenu par le gouvernement et le patronat est que la croissance crée les emplois. Bien évidemment, croire cela mène mécaniquement à favoriser une politique de l’offre et les cadeaux fiscaux. Attendre la croissance comme le sacro saint graal est une croyance mystique ou plutôt l’expression laïque du saint esprit. Le serpent se mord la queue car pas de croissance pas d’emploi, mais pas d’emploi pas de croissance. Pour qu’il y ait croissance, il doit y avoir des anticipations positives des entreprises et un rôle moteur de la confiance et de la demande. Limiter une composante fondamentale de la demande qu’est la dépense publique est une bêtise sans nom. Pour raisonner simplement :

PIB [en variation la croissance]    =                Consommation + Investissement + Dépenses                                                                                                                     publiques + solde extérieur.    

OFFRE [Production]                 =                                 DEMANDE

 Faites baisser la demande… et vous ferez baisser l’offre. Vous me direz, et pourquoi pas l’inverse ? Tout simplement par une composante du revenu qui est l’épargne. Une partie des revenus distribués n’est pas consommée mais épargnée, ce qui constitue une fuite du circuit économique qui n’est pas consommée donc l’offre ne crée pas de demande. Le lien de causalité n’est pas offre vers demande, mais l’inverse[8].

Les politiques d’austérité ont un impact sur les revenus, ainsi, la consommation tend à diminuer, qui va acheter la production ? Pour Hollande et Moscovici l’objectif est d’être compétitif et donc de vendre notre production à l’extérieur. On comprend que l’objectif n’est pas d’améliorer la situation du salariat, mais celle des entreprises, car ils acceptent une baisse de la consommation interne pour vendre à l’extérieur, comme le fait l’Allemagne. Mais  sachant que le commerce intra-Européen concentre plus de 75% des échanges extérieurs de l’Europe, si l’Allemagne a des excédents, c’est que nous avons des déficits, il sera impossible dans ce contexte là que tous les pays soient excédentaires. Pas besoin de sortir de l’ENA pour comprendre cela. Les politiques européennes sont clairement non coopératives et créent avant tout une concurrence salariale et sociale et donc in fine une plus grande exploitation du travail.

Il est donc nécessaire de mettre en place des politiques coordonnées vers une transition économique, environnementale et sociale. Ainsi, un grand plan d’investissement public est nécessaire, et mettre en œuvre une politique monétaire en faveur de l’emploi et de la transition et non essentiellement en lutte contre l’inflation.

 2. La fiscalité.

J’ai déjà parlé de cette partie dans le précédent article, je n’y reviendrai pas en profondeur. Il convient en dehors de politiques fiscales nationales de mettre en place une harmonisation par le haut de la fiscalité et de s’occuper des paradis fiscaux intramuros que sont l’Irlande, le Luxembourg et des îles britanniques. Un véritable dumping fiscal est en œuvre et limite clairement la sphère d’intervention de l’Etat et sa souveraineté. Il n’y a pas à avoir peur de la sanction fantasmée des marchés, car pour financer les dépenses publiques l’outil principal est la fiscalité. Les baisses d’impôt n’ont permis que de créer un stock d’épargne supplémentaire qui n’a pas permis l’investissement, mais au contraire a favorisé la spéculation.

Se pose donc la question de la taxation des transactions financières… qu’il faut mettre en place très rapidement et sans exception.

 3. Socialisation des banques.

 La crise financière est purement d’origine bancaire. Les gouvernements, au lieu de faire assumer les conséquences aux responsables, ont sauvé les banques et garanti leur fonctionnement. Il convient de mettre à l’index ces responsables, l’ensemble des financements spéculatifs sur les dettes souveraines doit être annulé. Les banques ont prêté à l’Irlande à 6%, et 5% à la Grèce, quand elles se finançaient auprès de la banque centrale européenne à 1%… Les Etats ayant sauvé les banques doivent socialiser les institutions bancaires et financières car la monnaie est un bien public ! Elle doit donc être régulée par des organismes publics qui doivent rendre des comptes aux citoyens et non pas aux opérateurs financiers et agences de notations. Ces dernières doivent elles aussi être réformées car elles n’ont jamais rempli leur rôle. La question de l’encadrement de la finance est fondamentale.

 4. L’annulation de la dette.

 Tout d’abord, les dettes odieuses et illégitimes doivent être annulées sans attendre. C’est-à-dire toutes les dettes qui n’ont pas un usage d’intérêt collectif et citoyen. La légitimité des dettes doit être observée et contrôlée, ces dettes seraient alors annulées. Ici on parle des dettes qui engagent un gouvernement et non pas le pays.

De plus toutes les dettes issues du sauvetage des banques et des endettements privés doivent être annulées.Une restructuration sera nécessaire par en autre un mécanisme de mise en défaut[9].

C’est donc une remise en cause fondamental de l’adage ultralibéral : « privatisation des profits, nationalisation des dettes ». Un autre monde est possible, à nous d’en être acteur…

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