Lettre ouverte à M. Le Guen et à ses 9 amis (socialistes)…

Publié le Mis à jour le

M. Le Guen, vous avez publié avec quelques socialistes une tribune qui, sans avoir d’autre intérêt que de complaire au Roi, est d’une malhonnêteté déconcertante et un nouvel exemple de la sarkosisation ou de la droitisation de votre parti.

Je me permets de vous répondre, je n’aurai pas le talent de Krugman lorsqu’il dénonce le pacte de responsabilité en parlant d' »effondrement intellectuel« 

Car justement, votre tribune porte la dessus, mais que de très belles perles !

« Si l’on caractérise un homme d’Etat par sa capacité à s’élever au dessus des préjugés et des tabous idéologiques de son camp pour faire prévaloir une vision de l’intérêt supérieur du pays, alors François Hollande en portait incontestablement le costume lors de sa conférence de presse du 14 janvier. »

Vous commencez fort… les préjugés idéologiques. Vous êtes médecin, vous ne pouvez pas connaître l’économie, vous avez l’excuse que n’ont pas les technocrates de votre gouvernement. Sachez que votre politique de l’offre découle d’une vieille loi, remise en cause depuis belle lurette. Cette loi, dite des débouchés, date de la moitié du XIXe siècle. Sachez que l’économie a évolué depuis. Keynes a démontré l’absurdité de la chose en expliquant tout simplement qu’il existe une fuite à travers l’épargne. En distribuant des revenus supplémentaires, une partie de ceux-ci partent vers les banques ou ailleurs mais elle n’est pas consommée. Ainsi, favoriser l’offre ne créé pas de demande solvable du même niveau. De plus, a-t-on besoin dans ce pays d’une politique de l’offre ? Ici, sur ce modeste blog, plusieurs articles ont montré les erreurs et les fondements (ici et ici ou ici) de votre politique clairement libérale et idéologiquement marquée à droite. Bref, Hollande ne s’élève pas, il se couche…

Car, nous sommes un étonnant pays où les postures politiques comptent parfois plus que le principe de réalité. Or, en donnant la priorité à une politique économique dite « de l’offre », F. Hollande transgresse la frontière entre les prétendus « libéraux de Droite » et « keynésiens de Gauche ».

Ahhh, le fameux principe de réalité… technique rhétorique pour cacher le reniement qui amène l’ensemble de la société dans les bras de l’extrême droite… Vous ne me lirez pas, mais écouter un des derniers grands penseurs mort il y a 12 ans, un certain Pierre Bourdieu  qui expliquait la montée du FN lors des élections régionales. Quel texte d’une actualité déconcertante. Vous l’êtes aussi cher Monsieur, dire que « Hollande transgresse la frontière entre les prétendus « libéraux de Droite » et « keynésiens de Gauche » ».  Jaurès n’a pas tort, « quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots ».

Car, il ne transgresse rien, il adopte la ligne du MEDEF et des libéraux de droite qui dans leur ADN portent la politique de l’offre, vous venez juste d’accepter le TINA, « il n’y a pas d’autres alternatives ». Mais si cher Monsieur, il y en a des alternatives. Déjà, il n’y a pas de problème de marge en France, il n’y a pas de problème d’offre ! Voilà 30 ans que les marges des entreprises sont choyées, aidées, protégées pour quel résultat ? D’abord un transfert de la richesse du travail vers le capital, une hausse de la distribution des profits non réinvestis, la stagnation de l’investissement productif. Bref, Hollande prolonge la politique de ces prédécesseurs, et vous n’assumez pas.

Pourtant F. Mitterrand avait opéré ce virage bien avant lui, mais sans l’exprimer ; ni que le Parti Socialiste en tire tous les enseignements. Confronté en 1981 à une situation comparable d’affaissement productif, il avait engagé une relance keynésienne. Il en résulta un creusement vertigineux des déficits extérieurs, budgétaires et sociaux qui révéla que les politiques de soutien à la demande n’ont plus la même efficacité en économie ouverte. Ce sont les PIB étrangers qui profitèrent du regain de consommation français faute de disposer d’une industrie nationale capable d’y répondre.

D’où le revirement de 1983 où F. Mitterrand opta pour la « désinflation compétitive », le sevrage des drogues douces des dévaluations et de l’inflation, et contraignit l’industrie française à adapter sa compétitivité à un franc fort. Il en découla dix ans d’excédents commerciaux ininterrompus. Mais faute d’avoir assumé ce bilan économique positif mais idéologiquement dérangeant, la Gauche s’en trouve encore affectée d’allergies tenaces.

Allergies tenaces ? Quels sont les résultats de cette politique ? Votre horizon économique est l’excédent commercial ? Mais connaissez-vous un minimum l’économie européenne ? Elle est quasiment fermée sur le monde extérieur et fortement intégrée en ses murs. Les excédents des allemands sont nos déficits. Le problème vient de l’impossibilité de régulation interne, l’euro est trop fort pour nous et trop faible pour l’Allemagne. Un étudiant de première année sciences économiques est capable de vous l’expliquer. Les cours de la monnaie doivent ajuster les équilibres macroéconomiques extérieurs. Ce qui ne se passe pas en Europe, la politique égoïste et non coopérative de l’Allemagne conduit l’Europe à la ruine… écoutez un des spécialistes de l’Allemagne.

Nos patrons comme nos syndicats ne partagent ni la culture industrielle, ni le sens du compromis allemands… En outre, ces organisations sont si peu représentatives que l’esquisse de démocratie sociale que F. Hollande tente d’insuffler, lévite très largement au-dessus du pays. D’où les difficultés récurrentes en France à traduire dans les faits les décisions les plus consensuelles, comme l’a montré la jacquerie bretonne contre l’écotaxe !

Les obstacles devront également être surmontés dans la recherche des 50 milliards d’économies sur la dépense publique. Des marges de manœuvre existent encore dans la rationalisation du fonctionnement de l’Etat, mais beaucoup a déjà été fait et c’est pour l’essentiel ailleurs qu’il faudra débusquer le superflu : dans les superpositions de compétences de nos différents niveaux de Collectivités locales ; dans un certain nombre de politiques publiques dont les résultats ne sont pas à la hauteur de leurs financements ; dans les abus et les dérives de nos dépenses sociales. Mais, pour ce faire, l’Etat doit savoir ce qu’il veut et fixer le cap.

La démocratie sociale de Hollande n’a que le nom, il suffit de voir les comportements réactionnaires de Sapin ministre du travail qui saborde l’élection prud’homal en tentant de repousser les élections ! Elle est belle votre conception de la démocratie sociale ! Vous signez un accord scandaleux de réforme du marché du travail, l’ANI, avec des organismes syndicaux non représentatif. Et par un tour de passe passe vous rendez représentative des organisations à votre bon vouloir, pour valider d’un blanc seing votre politique de régression sociale. Allez voir la fronde au sein de votre parti cher Monsieur… Hollande est fort avec les faibles et faible avec les puissants.

La seconde partie de votre argumentaire est sans appel, vous allez vous attaquer à la protection sociale. Grand compromis social, qui a permis à la France de ne pas trop mal s’en sortir, une institution qui fait le pays et qui fonde notre modèle. Vous êtes démasqué, vous le médecin, les vieux réflexes corporatistes sûrement. Ces médecins qui se sont opposés aux assurances sociales de 1930… vos amis de la mutualité ou des assurances doivent se frotter les mains. Vous allez vous attaquer à quoi ? L’hôpital ?

Et les 50 milliards d’économie… connaissez-vous le multiplicateur de dépenses publiques ? Et bien sachez qu’il est supérieur à 1. Ainsi, 50 milliards de baisse des dépenses publiques, c’est plus de 60 milliards de baisse de PIB. Lisez un peu l‘OFCE au lieu de trouver vos infos chez terra nova ou les fondations néolibéraux, car même le FMI a admis qu’il n’y avait pas de seuil critique de dépenses publiques. Comment allez-vous faire, vous qui avez parait-il une culture industrielle plus poussée ? Comment allez-vous financer cette politique industrielle ? Vous qui avez tourné le dos à un véritable processus de transition écologique ?

Pour l’emploi, il faudra que F. Hollande s’attaque à un ultime et redoutable tabou national : celui des rigidités d’un code du travail qui, de protecteur du salarié, est devenu un puissant répulsif de l’emploi. Pour cela, il devra affronter le redoutable consensus d’exclusion dont s’accommode notre pays au prix de coûteuses dépenses sociales, avec pour solde la désespérance des jeunes et des chômeurs. Et pourtant si les valeurs socialistes ont un sens, c’est bien de mettre un terme à cette forme sournoise d’apartheid social.

Nous y voilà, non content d’offrir des cadeaux fiscaux au patronat sans contrepartie, vous voilà prêt à remettre en cause notre droit social et le droit du travail… Sarkozy et l’UMP ne disent rien d’autre, mais là où eux n’ont rien fait, c’est la gauche qui va détruire ce qui reste de protection du monde du travail. Votre modèle allemand avec des salaires à 1 euro… c’est cela l’avenir de la France ? La protection du salariat un répulsif ? Vous êtes vous relu ? Toute l’histoire de la lutte sociale fut de protéger le travailleur, la protection sociale a mis fin au paupérisme ouvrier, et vous souhaitez revenir dessus ? Car l’objectif de Hollande à travers le pseudo problème du coût du travail est de privatiser le marché du travail et de le précariser. Vous semblait plus à même d’écouter les revendications du patronat que du monde du travail, autre preuve de votre horizon idéologique… à droite toute.

Car oui, parlons du bilans des socialistes au pouvoir… parlons-en. La politique de désinflation et le tournant de la rigueur, qui vous rend si nostalgique, a tout simplement précarisé et segmenté le marché du travail. Vous avez oeuvré vous les socialistes à la destruction des protections du marché du travail. Je ne parle même pas de vos brillants résultats en termes d’emploi, Mitterrand est arrivé au pouvoir avec 6% de chômage, il l’a quitté avec plus de 11%. Bel exemple de réussite. Mais, d’après vous les excédents commerciaux valent bien quelques chômeurs.

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Et les inégalités ? Regardez bien ce graphique suivant… à qu’il est beau le résultat social de la politique socialiste entre 1983 et 1990…

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Et la précarisation du marché du travail ? A la belle évolution entre 1984 et 1990

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Le Président voit juste. La reconquête de l’emploi productif est la clé du redressement du pays, de la résorption de nos déficits extérieurs, comme intérieurs… Il est la principale condition du maintien de notre modèle social et de notre niveau de vie. Mais aussi le plus sûr rempart contre ceux qui font commerce politique du déni, de la peur et de la désespérance.

C’est pourquoi, il faut essayer aujourd’hui toutes les solutions que nos retenues idéologiques, nos conservatismes et nos égoïsmes, ont trop longtemps interdites à la France.

Et que dire de votre conclusion… ferai-je donc commerce de la peur ? Non, je vous informe juste que votre politique est basée sur des a priori idéologiques dépassés d’un veille économiste du XIXe siècle qui n’est resté à la postérité que par son erreur. La politique économique choisie est claire, elle est tournée vers le patronat et poursuit ce que vous avez commencé en 1983 avec de magnifiques résultats. Vous choisissez la voie des sociaux-libéraux européens, du mépris du marché du travail que vous souhaitez voir soumis aux logiques marchandes. Hollande a bien décidé de ne rien changer, et Le Guen transforme une régression sociale en avenir pour le pays…

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