Le stress du patron…

Publié le Mis à jour le

M. Gattaz est stressé… oui, en France nous n’aimons pas les patrons, nous ne les reconnaissons pas assez, nous les maltraitons ! Trop d’insécurité pour les patrons…

Quelle belle envolée, cher Monsieur Gattaz, mais nous n’allons pas vous plaindre. Entre les cadeaux fiscaux du gouvernement et la réforme du marché du travail, n’en faites-vous pas un peu trop ? Ne vous êtes vous pas vanté d’avoir soufflé la politique économique à M.Ayrault ? Soyons une minute raisonnable…

A l’inverse, les français ont de quoi être stressés, et il y a de quoi…

Dans une étude irlandaise sur la qualité de vie en Europe, sortie en 2012, on apprend que les travailleurs français sont les plus stressés d’Europe et ceux qui vivent le moins bien leurs relations de travail. 5% des français estiment être en permanence stressés par leur travail contre 3% en moyenne dans le reste de l’Europe. Dans un article du Monde, du 19 mai 2013, le journaliste présente une autre étude est conclue : « la Fondation de Dublin avait déjà montré que la France est handicapée par la persistance de conditions de travail anormalement difficiles par rapport à nos voisins européens sur le plan physique, notamment en matière d’exposition aux postures pénibles, aux risques chimiques et biologiques et à un environnement de travail pénible. Une particularité de notre pays est donc la mauvaise qualité des conditions de travail, qui s’observe autant sur le plan physique que psychique ». N’est-ce pas le patronat qui organise le travail dans les boites ? Le rapport salarial est illustré par le lien de subordination… Quand des milliers de travailleurs vivent mal leur emploi, celui qui vous permet de vous enrichir toujours plus, on ne vous entend pas beaucoup, M. Gattaz !

Nous pouvons comprendre votre état de stress, peut-être avez-vous peur du salariat ? Car, dans ce même article, on apprend que « quelque 55 % des Français relèvent des tensions vives entre riches et pauvres, contre 36 % en moyenne européenne (seules la Hongrie et la Lituanie présentent un score plus haut). En janvier 2013, l’Institut français d’opinion publique publiait un sondage réalisé pour le quotidien L’Humanité intitulé « Les Français et la lutte des classes ». La proportion qui répondait par l’affirmative à la question : « Estimez-vous qu’en France, à l’heure actuelle, la lutte des classes est une réalité ? » est passée de 40% en 1964 à 44% en 1967, puis à 64% en 2013… La France se démarque aussi dans le domaine des tensions entre manageurs et salariés : 48 % contre 32 % en moyenne européenne. Seuls trois pays présentent des indicateurs plus élevés : la Hongrie, la Grèce et la Slovénie ». N’est-ce pas de votre responsabilité ? Les modes d’organisation du travail par la peur, l’insécurité, la pression, le mépris… votre classe ne s’en offusque pas.

Mais soit… vous êtes stressé, vous avez le droit, mais par quoi ? Là, je me pose cette question car je ne sais pas ce qui peut rendre aussi désespéré un patron… les 20 milliards offerts de crédit d’impôt ? Les futurs 50 milliards du pacte de compétitivité ? L’accord de flexibilisation du marché du travail ? A moins que n’apparaisse au grand jour votre stratégie idéologique… à savoir passer un message du déclin de la France pour obtenir tout de ce gouvernement.

Justement parlons-en du déclin de la France. L’agence pour les investissements internationaux dans son information institutionnelle souligne que la France est en 2e place en Europe pour l’industrie chimique ; 3e place en Europe pour l’agro-alimentaire ; 4e place en Europe pour les secteurs des TIC. Pas trop mal pour un pays qui se perd… Continuons,  31 entreprises françaises sont parmi les 500 premières mondiales (Allemagne : 29 ; Royaume-Uni : 26). Ainsi la France est au 4ème rang mondial, et au 1er rang européen. De plus,  12 entreprises ou institutions françaises sont classées parmi les 100 premières entités innovantes du monde, La France a la première place en Europe, devant la Suède (3), la Suisse (3), l’Allemagne (1) et la Belgique (1). Trois entreprises françaises parmi les 30 premières entreprises innovantes dans le monde. Et pour finir,  Paris est leader en Europe, devant Londres et Francfort, pour les implantations d’entreprises internationales. Je ne ferai pas la liste des autres potentialités et résultats français… pour un pays en perte de compétitivité…

Tout cela vous stresse donc ?

Peut-être est-ce le coût du travail ? Le tableau ci-dessous montre un coût quasi identique avec l’Allemagne dans le secteur manufacturier, et un léger surcoût de 3 euros dans l’industrie et le secteur des services marchands, pour ces derniers très souvent ils sont peu délocalisables… Ce tableau est certes limité, ces statistiques sont complexes à établir, mais bon, elles sont issues de l’institut patronal coe-rexcode.

Cout-du-travail-en-Europe-Indicateurs-trimestriels

Problème de compétitivité vous dites ? Mais quel est l’indicateur le plus efficace si ce n’est la productivité horaire… et là, vous pourrez dire ce que vous voulez mais la France est le leader mondial en la matière avec les Etats-Unis.  En 2012, les statistiques d’Eurostat montrent que la productivité de la main-d’œuvre française par heure travaillée s’élevait à 45,4 euros, contre 42,6 euros pour l’Allemagne, et 37,2 euros pour l’ensemble des pays de la zone euro. Je vais faire un raccourci rapide sans beaucoup de rigueur, juste comme ça… mais avec un coût horaire en moyenne de 36 euros, il vous reste tout de même 10 euros…

Alors, peut-être oui, vous seriez stressé par la fiscalité, mais écoutons quand même ce que raconte le cabinet d’étude KPMG : « L’étude de KPMG «Choix concurrentiels » sur la localisation des entreprises à l’échelle internationale compare les coûts d’implantation et de fonctionnement des entreprises dans neuf pays industrialisés et cinq émergents. Elle place la France en bonne position, devant les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon, l’Australie et l’Italie. Le coût complet de la main d’œuvre (salaires, charges obligatoires et autres) inférieur en France à celui observé aux Etats-Unis, en Allemagne, aux Pays-Bas ou au Japon ; la France est au 1er rang en Europe pour les activités de R&D et au 6ème rang pour les activités industrielles s’agissant de la fiscalité d’entreprise tenant compte des bases d’imposition, des règles d’amortissement, des exonérations et des crédits d’impôt ; le coût de location des bureaux (en €/m2/an) moins élevé à Marseille (240 €/m2) ou à Lyon (260 €/m2) qu’à Francfort (408 €/m2) ou à Amsterdam (423 €/m2) ; le coût à Paris- centre d’affaires (875€) inférieur à celui à Londres – Westend (1 978€) ».

Alors là, moi je ne vois pas ce qui peut vous mettre dans cet état là… ah, si je sais… vous avez peur que soit montré par les faits que la politique de l’offre est bidon, qu’aucun emploi ne sera créé…  Jean-François Roubaud le président de la CGPME explique dans les Echos que pour créer des emplois « encore faut-il que les carnets de commandes se remplissent ». Car les baisses de cotisations sociales ne créent pas d’emploi, par contre elles créent du dividende… Ce petit graphique de Michel Husson ne mérite pas de long discours…

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Vous êtes donc démasqué… vous savez très bien que le pacte de (ir)responsabilité est une bêtise, et comme c’est vous qui l’avez écrit, du moins vous en avez la prétention, vous avez peur que les résultats ne soient pas à la hauteur. La crise financière a démonté empiriquement la théorie des marchés auto-efficients, voilà qu’un second dogme va tomber… la politique de l’offre socialiste va arrondir vos fins de mois, mais sûrement pas la situation du salariat et des personnes sans emploi. La question de la compétitivité de la France porte plus sur une compétitivité hors-coût imputable à la faiblesse de la compétence des cadres dirigeants de nos entreprises que de la qualité et du coût du travail en France.

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4 réflexions au sujet de « Le stress du patron… »

    A bas les chômeurs… « Les chroniques de ma tante a dit:
    28 avril 2014 à 10 h 02 min

    […] vocation sociale, si elles produisent, c’est pour gagner de l’argent et donc vendre. A l’heure actuelle, d’après l’INSEE et l’institut patronal Rexecode, le coût moyen d’une heure de travail en France est de 34 euros et la productivité […]

    […] Au contraire des secteurs marchands qui investissent peu mais qui distribuent beaucoup de dividendes, on l’a vu à plusieurs reprises ici, là ou là. […]

    […] avions quitté M. Gattaz patron des patrons stressé, en se demandant bien pourquoi, le revoilà 48h après avoir signé avec quelques syndicats un relevé de conclusions entérinant […]

    […] ← Le stress du patron… […]

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