Dividendes et lutte des classes…

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Nous avions quitté M. Gattaz patron des patrons stressé, en se demandant bien pourquoi, le revoilà 48h après avoir signé avec quelques syndicats un relevé de conclusions entérinant le pacte de responsabilité. Son retour confirme l’ensemble des critiques faites au pacte de responsabilité et à l’ensemble de la politique économique du gouvernement, que nous avons traité sur ce site à plusieurs reprises. Nous apprenons que les patrons pourront faire ce qu’ils veulent des avantages et des profits tirés du pacte :

« Ce que je voudrais absolument éviter et je pense qu’on est en train de l’éviter c’est qu’est-ce que vous allez faire avec les marges dégagées […] J’ai eu beaucoup d’angoisses tout le mois de janvier sur l’idée qu’on va tout contrôler, contrôler les dividendes versés, tout contrôler […] Les dividendes, c’est la rémunération d’un risque et c’est vrai qu’ils ont été augmentés depuis trois ans […] Le monde entier fonctionne comme ça. Ce ne sont pas nous les Français, ce n’est pas le Medef […] La position du Medef est de surtout ne prendre aucun engagement chiffré juridique. Pas de contraintes mais par contre c’est un engagement de mobilisation« 

Tout est dit dans cette tirade, si vous doutiez que le patronat a gagné sur toute la ligne : aucune contrainte ! Voilà où nous en sommes arrivés, mais cette situation est le résultat d’une pièce en quatre actes :

Acte 1 : les patrons à nom d’oiseaux montrent les petits muscles et font reculer le gouvernement…

Acte 2 : le gouvernement mène une politique pro-patronat : marché du travail, crédit d’impôt (déjà sans contrepartie), politique de l’offre, retraitre

Acte 3 : chantage (et caprice) de Gattaz, car les patrons sont stressés

Acte 4 : Le gouvernement (faible et incompétent) recule devant touts les réactionnaires du pays qui ne représentent rien. Au placard la loi famille devant quelques milliers d’excités du crucifix et quelques centaines excités du dividende.

Hollande a fait son choix, Ayrault et son gouvernement mène le combat, le parlement est une simple chambre d’enregistrement. Les socialistes ont choisi leur camp celui des forces conservatrices. La position de Gattaz est tout simplement l’affirmation que la classe dirigeante a gagné. Warren Buffet en 2005 sur CNN affirmait :  » Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c’est ma classe, la classe des riches qui a mène la lutte. Et nous sommes en train de gagner « . Cet homme, d’après Forbes, est la 3e fortune du monde.

Il n’est pas étonnant que les socialistes soient tombés dans le gros mais très gros panneau des intellectuels des années 1990 qui estimaient que nous assistions à la fin de l’histoire, et que la démocratie libérale avait gagné ainsi que l’économie de marché, la lutte des classes aurait disparu sous l’effet de la moyennisation de la société. le plus illustre de ces penseurs : Fukuyama, à ne pas confondre avec la centrale nucléaire… mais le résultat est le même. Vaste blague que ce positionnement idéologique, les socialistes l’ont repris à leur compte quand le parti depuis 1985 tire et s’engage dans la social-libéralisme. Ce retournement est lié à sa volonté de tuer toute forme émancipatrice et d’imposer les visions d’un parti de petits notables qui perpétuent une aristocratie républicaine. Le parti socialiste est complétement déconnecté du monde du travail… tout comme l’Assemblée nationale où les classes dominantes l’emportent : 31 cadres, 38 avocats, 47 cadres supérieurs…

Car oui, il y a une lutte des classes et plus que jamais. Croire que la moyennisation de la société illustre sa fin est une blague, il y a eu une formidable réduction des inégalités et la disparition du paupérisme ouvrier, grâce à la protection sociale ne l’oublions pas, mais ce processus n’a jamais réduit l’écart des intérêt de classe. La moyennisation n’est pas l’uniformisation du corps social en une seule classe, juste l’amélioration des conditions de vie. Il reste dans la société du XXIe siècle : une classe de prolétaire et une classe de capitalistes, dont sont issus les cadres qui ont des intérêts des classes dirigeantes, leur mode de rémunération le prouve, c’est l »hypothèse cadriste de Duménil et Lévy. Et, les propriétaires du capital l’ont très bien compris quand dans les années 1980 la révolution néolibérale est en marche. La protection sociale a détourné une part trop importante de richesse vers le travail, les profits diminuent… la revanche des libéraux fut féroce : précarisation du travail, baisse des salaires, libéralisation des marchés, privatisation de l’outil productif, flexibilisation, ouverture à la concurrence… Tous ces éléments marquent les armes des capitalistes pour récupérer et ponctionner la plus-value. Un vaste retournement du processus d’amélioration des conditions de vie du salariat vers le retour du paupérisme corrélé au retournement de la dynamique du partage de la valeur ajoutée.

Comment peut-on dire qu’il n’existe pas d’intérêt de classe quand:

1. la pauvreté augmente régulièrement : entre 4,9 et 8,7 millions de pauvres selon la définition adoptée… Depuis 2002, le nombre de personnes concernées a augmenté d’un million.

2.les inégalités ont explosées : Près de la moitié des richesses mondiales (46 %) sont détenues par les 1 % les plus riches de notre planète. En France, Entre 2000 et 2010, les plus pauvres ont gagné 33 euros par mois, les plus riches 746 euros, soit une hausse de 5,3 % d’un côté et de 19 % de l’autre. Mais depuis 2008, la situation change : le niveau de vie des plus démunis diminue. Entre 2008 et 2010, ils ont perdu 22 euros par mois alors que les plus riches en ont gagné 128.

La conscience de classe des détenteurs du pouvoir politiques et économiques est manifeste, quand on essaie de créer de la résignation chez les travailleurs… l’exemple de Gattaz est éloquent.Sous la pression d’un chômage de masse, de la segmentation du marché du travail et l’insécurité sociale… toute la rhétorique des dominants fut de créer un fatalisme dans le milieu du salariat, chose réalisée avec succès grâce au regard complaisant du PS et à la CFDT de Notat. Car les classes dominantes sont organisées, les médias sont contrôlés et l’information orientée. Les syndicats n’ont plus de pouvoir puisque les négociations se font par branches, ce qui est injuste, les branches ne sont pas couvertes par les syndicats de la même façon, Sapin s’attaque à l’inspection du travail et au dialogue sociale. Les possédants font de l’idéologie, ont une conscience de classe affirmée, du Mont Pèlerin à Terra Nova, en passant par TF1 et par moment les réseaux libyens, l’intérêt de classe est flagrant. Le peuple a renversé la monarchie française par la prise de la bastille, mais n’était pas organisé… la bourgeoisie qui n’était pas sur les barricades a récupéré le pouvoir. La classe dominante est organisée quand la classe populaire ne l’est pas pas.

La conscience de classe, la classe pour soi et en soi, est le résultat des luttes qu’il faut reprendre… l’éducation populaire est donc le principal outil.

Reprenons le combat des idées, rien est figé, si le temps court est perdu, le temps long est pour nous. Le samedi 15 mars retrouvons ATTAC dans la rue pour une grande campagne de sensibilisation.

 

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5 réflexions au sujet de « Dividendes et lutte des classes… »

    […] de politique d’offre et de marchandisation de la protection sociale (sur ce blog voir ici, ici ou […]

    A bas les chômeurs… « Les chroniques de ma tante a dit:
    28 avril 2014 à 10 h 02 min

    […] certaines logiques, ce n’est pas le cas. Nous avons à plusieurs reprises ici, ici, ici ou là, montré la bêtise du pacte de responsabilité et de la politique de l’offre. Mais […]

    […] – une suppression des charges pour un employeur d’un employé payé au smic DONC baisse du salaire socialisé ! et pour quels résultats ? La hausse des dividendes, voir ici […]

    […] ont tous faux, nous l’avons expliqué ici même à de multiples reprises (ici, ici, là ou là), Husson et Gadrey aussi, et tellement d’autres… La question du manque de pédagogie […]

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