J’ai lu… ou j’ai vu

exposition : La monnaie en cinq pièces

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Le musée d’ethnographie de l’Université Bordeaux Segalen place de la victoire propose une nouvelle exposition consacrée à la monnaie. Cette exposition fait échos aux quelques articles proposés sur ce blog, on peut renvoyer à la saga des échanges non marchands ou bien au cycle sur la dette.

J’ai donc pris le temps de visiter ce musée… si il n’y a que 5 salles, on apprend beaucoup. L’exposition montre la multiplicité des usages monétaires et surtout les différentes formes que peuvent prendre la monnaie dans les sociétés non européanisées.

Vous commencerez par apprendre que la première monnaie européenne commune est antique… en Grèce, les cités vont adopter une monnaie qui permet d’échanger entre elles. Les billets ? Non, ce n’est pas Law en France ou quelques commerçants anglais, mais c’est une invention chinoise, comme d’ailleurs la monnaie fiduciaire.

En continuant, on arrive dans la salle des sociétés primitives ou non marchandes. La pluralité des usages sautent aux yeux, des nattes de cheveux océaniennes, la circulation des coquillages, le blé, les formes d’échange monétaire en Bretagne avec comme intermédiaire le froment. Et pour finir une explication des modalités des monnaie locales et sociales des systèmes d’échanges locaux.

Un petit questionnaire est proposé, testez-vous ! Les réponses seront utilisées pour une étude anthropologique.

Bref, cette exposition aurait sûrement mérité plus de places, plus de salles, mais les explications sont claires et on y passe un bon moment… on décolonise l’imaginaire… et en plus, c’est gratuit !

Présentation officielle :

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Et si la monnaie était un phénomène universel ?

Avec sa nouvelle exposition, le Musée d’ethnographie de l’université Bordeaux Segalen, convoque l’histoire, l’anthropologie, l’économie et l’ethnographie pour interroger la monnaie et la variété de ses formes dans le monde. Depuis l’Antiquité aux temps contemporains, entre la Grèce, la Chine, l’Océanie et l’Aquitaine, chacune des cinq pièces du parcours recompose le puzzle de nos pratiques quotidiennes.

Connaissons-nous assez cet outil d’échange de nos portefeuilles et de nos poches ? Quelles sont les représentations de l’argent et de la monnaie ? L’économie marchande et l’État sont-ils indispensables à leur fonctionnement ? Les monnaies d’ici et d’ailleurs sont-elles proches ou radicalement différentes ?

Le parcours de l’exposition instaure un recul pour mieux comprendre les mécanismes économiques, politiques, sociaux et culturels liés à la monnaie en Occident et dans les sociétés extra-européennes.

Deux exercices d’éducation populaire

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Compte-rendu : j’ai lu pour vous…

 Ce sont deux ouvrages d’éducation populaire qu’il convient de présenter. Deux ouvrages différents, mais tellement complémentaires. Le premier est celui de Josette Touzet, Le grand bleu de l’émancipation, il est le résultat d’un travail d’appropriation de la chose économique par une non spécialiste. Le second, Raconte-moi la crise, est une exploration de Jean-Marie Harribey des questions économiques, environnementales et sociales à travers des textes non académiques.

Le Grand bleu de l’émancipation – Josette Touzet téléchargement

 Ce n’est pas le petit livre rouge, mais le petit livre bleu de l’espérance et de l’émancipation, tel est le projet de Josette Touzet dans cet ouvrage destiné au grand public rebuté par les ouvrages complexes et universitaires de la chose. L’objectif est d’offrir les clés d’une alternative à un monde qui marche sur la tête. L’avant propos est limpide : « récupérez votre vie et votre citoyenneté, devenez acteurs et décideurs ». Cet ouvrage est donc traversé par l’esprit de l’éducation populaire, Josette Touzet apporte de façon simple et accessible les clés du monde qui nous entoure, par un propos clair,  humoristique et synthétique.

L’ouvrage est structuré en quatre parties, la première très personnelle explore la genèse d’une contestation. La seconde déconstruit l’imaginaire capitaliste, la troisième en expose les conséquences néfastes, et la dernière offre des pistes à l’alternative. Des pistes, et non un programme clé en mains. L’alternative est un projet collectif, réfléchi et le résultat d’un choix politique citoyen, la pensée globale pour une action locale… et non l’inverse !

Ce livre est militant, il doit ouvrir les portes de la connaissance à des personnes qui seraient rebutées par la chose. Ce livre se lit bien, rapidement, il devient un petit outil militant.

Alors, l’économiste, le syndicaliste, le militant aguerri n’apprendront sûrement rien de neuf, mais Josette Touzet ne vise pas ces personnes, elle vise le citoyen en quête de pistes de réflexion. Le pari me semble réussi…

Cet exercice d’éducation populaire est réussi, il ouvre une voie vers l’émancipation…

Pour prolonger l’usage multiple de citations de Josette Touzet, qui illustrent l’ensemble des propos de l’ouvrage, je ne peux terminer que par cette belle tirade, qui résume l’ouvrage, de Georges Bernard Shaw, prix nobel de littérature en 1925, socialiste, pacifiste, anticonformiste (il obtint aussi un oscar… qui servira à bloquer sa porte d’entrée), pourfendeur du système économique qui l’entourait :

« certains regardent la réalité et disent : ‘‘pourquoi’’, Moi je rêve de l’impossible et je dis : ‘’pourquoi pas’’ ».

Josette Touzet, Le Grand Bleu de l’émancipation, auto-édition, disponible lors de toutes les actions de l’association ATTAC.

Raconte-moi la crise – Jean-Marie Harribey

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 Autre style mais même objectif, « le lecteur trouvera donc dans les pages qui suivent des textes, alliant l’analyse et la dérision, qui sont des petits essais socio-économiques, écrits sur le vif des mouvements sociaux », nous dit Jean-Marie Harribey. Les deux ouvrages peuvent se répondre. Si le premier n’est pas celui d’un économiste, le seconde oui. L’exercice d’éducation populaire traverse le projet, il offre les clés d’une compréhension du monde… Comprendre le monde, c’est déjà le renverser.

On retrouve des textes détournés de la littérature populaire, on retrouvera le Petit Prince dans « dessine-moi un modèle », ou une attaque de Moulin avec un bon et beau « Don Quiattaque », ou un Molière quelque peu moderne, « Le bourgeois bonhomme ».

Trois parties composent l’ouvrage de Jean-Marie Harribey, les racines de la crise (et oui, le système qui nous entoure n’est pas à une contradiction près), la crise elle-même et le déni de crise par la pensée dominante.

La théorie économique standard est combattue, battue en brèche, dénoncée. On retrouvera, de manière parodique, des arguments à la pensée libérale et dominante. Et surtout, l’économiste révisera ses classiques, le syndicaliste et le militant se formera différemment, et le citoyen apprendra beaucoup…

On soulignera une correspondance (imaginaire) entre Keynes et Marx qui conclue l’ouvrage, bref le résultat est réussi, on passe du bon temps à le lire, les outils d’un autre avenir sont accessibles !

Jean-Marie Harribey, Raconte-moi la crise, Le bord de l’eau éditions, 2009, Bordeaux.