Rencontres du troisième type

Anthropologie économique des Schtroumpfs

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Le Schtroumpf financier…

Qui aurait pu penser qu’une BD puisse apporter à l’économie politique ?

Le Schtroumpf financier est de celle-là. Tout le monde connait cette petite communauté d’hommes bleus. Cette société est fondée sur des échanges non marchands mais surtout non monétaires (au passage on rappelle les articles sur ces concepts ici).

En effet, les schtroumpfs vivent dans une société de don et donc de contre-don, l’accumulation n’existe pas. L’économie schtroumpf est fondée sur une spécialisation forte et une répartition des tâches et du travail très codifiée, chaque membre à un rôle particulier, nous avons en fait une société de petits producteurs individuels qui agissent pour le bien du groupe. Cette société n’étant pas fondée sur un régime capitaliste, il n’y a pas de salariat, pas d’exploitation du travail, et pas de profit monétaire, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de domination. Si profit il y a, il se comprend comme un gain social supplémentaire pour la collectivité. Ainsi, la société se perpétue car chaque individu a une place prédéfinie, un rôle social et économique. Les schtroumpfs ont donc un savoir, une compétence qu’ils échangent contre d’autres savoirs ou compétences. Aucun passager clandestin dans cette société, hormis peut-être le schtroumpf paresseux, mais il est plutôt considéré comme malade et donc il peut bénéficier de l’échange sans apporter sa contribution. Bref, cette société fortement encadrée et hiérarchisée fonctionne sans argent. Les schtroumpfs étant immortels, du moins c’est une hypothèse crédible, la monnaie n’est pas nécessaire pour perpétuer la société, on peut penser qu’il n’y a pas de dette de vie.

Or, dans le schtroumpf financier, un intrus apparaît… à la suite d’un malheureux accident, le grand schtroumpf est grièvement blessé. Il faut vite demander l’aide du magicien Homnibus. Les choses vont se gâter. Le petit schtroumpf qui fait le messager va devoir aller dans le village des hommes avec Olivier pour récupérer des herbes pour soigner le grand schtroumpf. Quand Homnibus donne de l’argent à Olivier, voilà notre petit schtroumpf désarçonné, à quoi sert l’argent ? Lorsqu’il pose cette question, on sent un petit désarroi d’Olivier… qui néanmoins lui explique le fonctionnement. Quand ils arrivent au village, Olivier explique qu’il faut gagner son argent, et donc… travailler contre rémunération, chez les schtroumpfs, ce n’est pas le cas, on travaille pour le groupe et en échange de services. Oliver présente une forme particulière d’échange principalement marchand.

De retour au village, le futur schtroumpf financier trouve l’idée originale et tente d’imposer l’argent au groupe. L’autorité morale et politique étant malade, il va pouvoir passer outre, et imposer l’argent. On comprend dès lors les difficultés, on retrouve les mêmes en Europe, une monnaie commune sans peuple et autorité politique qui en gère le fonctionnement. Une monnaie commune sans pouvoir politique. Bref, il se lance quand même dans l’aventure. Mais comment faire ? Il faut d’abord, pense-t-il, convaincre… et puis non, il décide de créer une monnaie. Le reste viendra tout seul se dit-il !

Et le voilà parti faire le tour des compétences, tout d’abord il va voir le schtroumpf peintre (p. 12) et lui commande un dessin : une tête de grand schtroumpf dans un cercle. Et oui, une monnaie est avant tout l’expression d’un pouvoir, qu’il faut légitimer. En associant le grand schtroumpf, en personnifiant la monnaie, on crée un sentiment d’appartenance à un collectif et à un groupe. Mais surtout on crée de la confiance, cette pièce avec l »expression de l’autorité va rassurer…

Ensuite, il faut fabriquer les pièces… là aucun doute, le schtroumpf mineur sera d’une aide précieuse. Celui-ci lui donne avec plaisir ce tas d’or inutile pour la collectivité, car « c’est un métal trop malléable. Il brille, mais c’est tout » (p. 14). Alors que le silex lui a un intérêt, surtout pour le schtroumpf maçon. Et voilà, notre financier avec un stock d’or qui fera bien l’affaire.

Pour le moment, notre schtroumpf financier est dans une logique de monnaie-marchandise, pour lui, c’est potentiellement qu’un intermédiaire des échanges, un simple outil, rien de plus. Les choses vont se compliquer car la monnaie est bien plus.

Il explique donc comment cela fonctionne (p. 18), et après une consultation pas très démocratique, ce que fera remarquer schtroumpf à lunettes, le principe est accepté ! Pour avoir l’unanimité requise, on vote pour le schtroumpf paresseux qui s’était endormi. Bref, un peu comme dans l’Union européenne, non ?

Maintenant, il faut partager l’argent, chacun a le droit à une part, inscrite dans un registre. Mais, premier problème, le financier prend une part double, ce que contestent les autres… mais tout est rentré dans l’ordre, le schtroumpf financier a des frais… et l’idée.

Le lendemain matin, les schtroumpfs découvrent l’usage de la monnaie… pas une ni deux, un gros problème apparaît (p. 20) : comment se fixent les prix ? Tous se retrouvent chez le financier pour lui demander, voilà sa réponse :

 » Bon calculons ! Si le paysans met autant de jours pour schtroumpfer un sac de blé et que le meunier achète ce blé autant, il peut schtroumpfer sa farine autant au boulanger qui lui pourra schtroumpfer son pain autant. Tout en tenant compte du temps passer à schtroumpfer et des frais fixe, on peut raisonnablement schtroumpfer que… »

Et oui, nouvelle considération d’économie politique, et même si Smith et Marx sont inconnus, la valeur des choses chez nos schtroumpfs est fondée sur le travail ! Quoi de plus normal…

La société de don, qui caractérisait les schtroumpfs, disparaît avec l’instauration de l’argent, mais les moeurs n’ont pas encore changé, quand il sera l’heure de manger, le schtroumpf cuisinier demandera le paiement du repas. Ce qui n’est pas bien accueilli. Car, si dans la société de don schtroumpf, chaque personne a une place et un rôle, la monnaie va modifier cet état, car des « professions » vont soit disparaître soit avoir de grosses difficultés. C’est le cas du schtroumpf musicien, qui avait le rôle social du divertissement, mais maintenant, il doit gagner son argent. Ainsi, il ne joue plus pour le groupe, mais pour lui et une rémunération. Idem pour le schtroumpf farceur… et je ne parle pas de la domination masculine, la schtroumpfette n’a plus aucune considération, car ses activités sont toujours non marchandes (le soins du grand schtroumpf par exemple).

Ainsi, une forme d’accumulation s’installe, surtout pour les schtroumpfs qui ont les activités les plus lucratives : boulanger, cuisinier… Que faire du stock d’argent obtenu ? Le schtroumpf financier va créer… la banque, l’intérêt, l’épargne et le crédit. Il y a tout un passage sur ce fonctionnement fort intéressant (p. 26 et 27). Le schtroumpf financier propose un placement à 6%, alors qu’il prête à 10%.

Le schtroumpf paysan, qui n’a aucune confiance dans le nouveau système de banque, va enterrer son argent, un chemin, il doit passer sur un pont, qui jadis était entretenu par l’ensemble des schtroumpfs car c’est un bien commun et fort utile, mais maitenant que la logique marchande s’est installée et faute d’Etat pour financer les biens collectifs, aucun entretien n’est réalisé. Le pont s’effondre… Toute ressemblance avec l’Europe n’est pas fortuite. N’ayant pas d’autorité politique, de gouvernement européen, il ne peut y avoir de politique commune efficace, l’Europe ne prend pas en compte les services publiques et ne lève pas d’impôts, idéologiquement, les biens communs, publics et les services publics doivent être privatisés. La situation des schtroumpfs est la même. Pas d’Etat, pas d’impôts, donc de projet de société, alors les services qui devraient être publics sont appropriés par le secteurs privés, p. 30, le schtroumpf financier propose de réparer le pont… il y aura maintenant un péage ! Le schtroumpf bricoleur pour avoir le marché, va devoir faire un devis… grâce à une corruption orchestrée, il pourra avoir un prix intéressant. Toute ressemblance avec les marchés publics..blablabla…

Un autre phénomène apparaît très rapidement… le surendettement avec un système proche des subprimes. En effet, le schtroumpf financier prête de l’argent… contre hypothèque ! Le schtroumpf coquet n’ayant plus de garanti, il ne pourra plus obtenir de crédit…

Après une petite histoire avec Gargamel, le grand schtroumpf souhaite organiser une grand fête, mais sans argent… elle n’aura jamais lieu ! La société schtroumpf commence à se déliter, les inégalités explosent entre ceux qui ont une activité rentable et les autres, donc entre ceux qui ont l’accès à l’argent et les autres. Le schtroumpf paresseux ne dort plus,  le travail prend une place surdimensionnée, l’entre aide n’existe plus car l’argent a imposé un nouveau mode de pensée. Le schtroumpf financier s’est enrichi quand les autres tombent dans la misère.

La colère gronde, les schtroumpfs quittent le village pour retrouver une vie meilleure. Ainsi, tout rentrera dans l’ordre et les pièces d’or seront fondues pour faire de nouveaux instruments de musique.

Que retenir de cette BD. Plusieurs choses :

1. La monnaie n’est pas un simple intermédiaire des échanges, la fable du troc est un mythe. La monnaie est une institution sociale, elle fonde la société et ne peut être considérée essentiellement sur des considérations économiques. Quand c’est le cas, et quand monnaie est considérée comme une marchandise et non comme un signe d’appartenance, les plus grandes difficultés apparaissent et de nouvelles valeurs s’imposent.

2. La monnaie sans pouvoir politique est vouée à l’échec, la monnaie sans légitimation est vouée à l’échec. Une autorité politique est essentielle dans sa gestion. Elle est un bien collectif, l’appropriation privée de la monnaie est déstructurant. Une régulation sociale, politique et économique est nécessaire et surtout légitime son usage.

3.  Dans le cadre des schtroumpfs, la monnaie est perçue par son fondateur essentiellement sous la forme conceptuelle d’une monnaie-marchandise, ainsi, il pensait bien faire, l’introduction de celle-ci devait améliorer les échanges. Or, l’imposition forcée de la monnaie a eu un impact social qui a mis en mal la société de don, car une forme de comportement utilitariste s’est imposée ainsi que des formes de domination.

4. L’ensemble de l’échange non marchand a disparu, tout a un prix.

5. Ainsi, il convient de concevoir la monnaie sous des considérations non économiques, si la monnaie est un phénomène universel, sa conception purement marchande n’est qu’une vision de l’esprit idéologique et restreinte à des sociétés particulières. Si le capitalisme a imposé cette vision, il est nécessaire d’en dépasser cette simple expression. La situation européenne est un bon exemple.

 

Ecopo Wars….

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Episode II :

La revanche des néolib

 [musique bien connue, menu déroulant… NDA]

Dans une galaxie lointaine, la rébellion s’organise contre un pouvoir qui s’enfonce vers le déni et la faillite intellectuelle.

Un monarque, pas moins élu pour s’opposer à la politique néolib, est définitivement tombé dans le côté obscur de la force[1]. Malgré les conséquences néfastes de la politique de l’offre, le chancelier Gattaz tire les ficelles du combat néolib[2], il crée un environnement favorable à l’exploitation, au transfert de richesses vers les possédants, il valorise l’inégalité, la pauvreté et l’exclusion[3]. Le côté obscur de la force croit que l’homme est responsable de sa condition, il est pauvre car il le veut bien, il n’a pas de travail car c’est un fainéant[4]. Son jeune padawan néolib Hollande apprend vite, il impose le plus grand ajustement structurel à son pays, ses amis et non moins concurrents, les Copé, Fillon, Bayrou et Moscovici sont tristes, ils sont relégués à être des simples spectateurs[5].

La confédération des néolib se réunit à Davos, jamais les inégalités n’auront été aussi grandes[6], le grand dessein des possédants se réalisent, la prophétie dit vraie… le côté obscur de la force est un pouvoir sans limite, il libère le grand marché, il te libère de la solidarité, il enrichit une minorité de puissant. Pour survivre, le côté obscur a besoin de profit, de dividende, et d’argent pour vivre. Il criminalise la contestation sociale[7]. Le peuple est soumis à TINA, la grande prêtresse de l’anti politique, du néant de l’intelligence, elle tient le peuple, elle le contrôle, elle le manipule…

Le côté obscur a anéanti les plus faibles des Jedi, ceux qui arrivent de temps à autre à gagner le pouvoir, il s’est attaqué à la CFDT, puis au PS, il a rongé les maîtres Jedi du groupe[8], l’appel du pouvoir et de l’argent est trop fort. Le technocratisme pollue ce groupe…

Mais les vrais Jedi s’organisent, des anciens de la force obscure se rebellent, car oui « on leur aurait menti un jour ». Les maîtres Stiglitz et Krugman[9] mènent la révolte des idées, le groupe ATTAC met en place une grande campagne citoyenne[10], les mouvements sociaux expérimentent des alternatives[11], les atterrés réfléchissent aux disfonctionnements…

Le combat est long, mais la force guide les citoyens, celle d’un monde plus juste, où l’économie est à sa place, où l’échange non marchand est une force, l’environnement protégé, bref, comme disait la prophétie d’un maître Jedi :

« Je me réjouis donc de voir se réaliser, dans un avenir pas si lointain, le plus grand changement qui se soit jamais produit dans les conditions matérielles de la vie des êtres humains considérés globalement. Mais, bien entendu, cela se fera graduellement et non pas en un bouleversement soudain. Au vrai, cela a déjà commencé. Le cours de l’évolution tiendra simplement en ce que des classes sociales toujours plus larges et des groupes humains toujours plus nombreux seront délivrés pratiquement du problème de la nécessité économique. LE point critique sera atteint quand cette situation sera devenue si générale que la nature de nos devoirs vis-à-vis d’autrui en sera changée. Car il restera raisonnable d’avoir une intentionnalité économique au profit des autres quand il sera plus raisonnable d’en avoir une pour soi-même […] il n’y aura nul inconvénient à faire de doux préparatifs pour notre future destinée, à encourager et mettre à l’épreuve les arts de la vie au même titre que les activités répondant à un but utilitaire[12]. »

La force, oui la force…


Rencontre du troisième type… Adam Smith

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Quand l’offre crée la demande

Je me promenais tranquillement dans un petit parc quand soudain j’aperçois un homme assez pâlot, un tout petit peu noir et blanc… tout cela dépareillé avec les belles couleurs de la nature.

Je m’approche, ses vêtements sentaient bon le XVIIIe siècle. Je regarde autour de moi, peut-être  qu’un homme en blouse blanche se promène avec lui. Mais non, rien de tout cela. Je m’approche donc doucement, et je tombe sur Adam Smith… que se passe-t-il ? Le parc est traversé par une faille spatio-temporelle ?

Il était là assis en pleine lecture du Monde. Il semblait aigri, énervé, stressé… je n’avais qu’une seule chose à faire, lui parler !

– Eeeuhhh, Hello sir, Do YoU SpEak French ? lui dis-je de façon toute réservée.

– Oui, oui, j’ai autre chose à faire que de tenter de parler anglais avec vous. Je lis le compte rendu d’une conférence de presse d’un certain monarque, François Hollande, enfin d’un président de la République. Je suis tombé sur des passages quelque peu… dérangeants. N’y-t-il pas des gens qui connaissent l’économie dans votre pays ? A quoi servent vos pâles chroniqueurs mondains ? Ils n’auraient pas la place dans mes salons d’Edimbourg.

-Ah oui, et pourquoi ?

-Et bien votre président estime que l’offre crée sa propre demande !

-Euh, et alors ? à la télé et dans les journaux, ils disent que c’est bien.

Après un petit laps de temps, il me répond :

-Il semblerait cher Monsieur que vous n’êtes pas une Lumière. Forgez-vous une opinion au moins…

« Et, oh, cher monsieur, un peu de calme, je m’informe moi, je lis les échos, je regarde bfm tv et le journal de France2 !!! » me suis-je dis, mais je ne vais pas brusquer le pauvre vieux.

-Expliquez moi s’il vous plaît ?

-Et bien, comment peut-on dire que l’offre crée la demande, il n’y a pas une once de réflexion chez vous ? Alors, je sais bien que sur la fin de sa vie mon cher David Ricardo s’est fait avoir, je ne comprends toujours pas cette loi des débouchés. Quelle absurdité. Et personne ne réagit ? On peut dire des âneries dans ce pays sans que l’intelligence collective s’en émeuve ?

Je vous accorde qu’à ce moment là, un réflexe chauvin me monte au nez ! D’accord, attaquons Say, j’ai rien contre, je ne le connais pas, mais l’intelligence de l’élite française, des Lenglet, Apathie, Seux, et de tous les autres, ça je ne peux pas ! Non, il en va de l’honneur de notre presse et de notre élite économique.

– Cher Monsieur, je ne vous permets pas, sur i-tv ils ont dit que c’était un tournant, une rupture, une avancée pour notre économie.

[« il est plus bête que je ne le croyais », se dit Adam Smith]

– Je ne connais pas de i-télé, mais l’ignorance de votre petit écran me consterne. Il me semble avoir discuté au panthéon de l’économie avec un certain John Meynard Keynes, charmant monsieur, très britannique. Vous n’avez donc rien retenu de ses réflexions ?

– Ahhh si, quel grand économiste… la grande dépression, quelle époque…

-Et donc… répondit Adam Smith.

– Et donc quoi ? par une politique de relance ciblée on peut sortir de la crise.

-Certes, mais la question n’est pas là… ne voyez-vous pas la bêtise de la loi des débouchés ? Si l’offre crée la demande, alors aucune crise de surproduction n’est possible !

Alors là, je dis chapeau, mais dans l’histoire de telles crises ont existé, comment est-ce possible ? Il n’a pas l’air très facile, je vais me taire.

Mais, Smith continue :

-Et oui, si j’améliore la production, ou si j’aide l’offre et si je l’augmente, vous croyez vraiment que toute la production va trouver preneur par enchantement ? Déjà il y a une limite psychologique et matérielle à la consommation, mais en plus, il y a un problème avec l’usage de l’argent, là j’avoue c’est Keynes qui m’a tout appris. Les hommes aiment l’argent pour lui-même, il thésaurise, ils ont une préférence pour la liquidité, l’argent peut-être épargné et désiré pour lui-même, sortir du processus de production et de consommation. Comment faisons-nous alors ?

-Ahh, oui, j’ai pas pensé à ça… mais si j’augmente la production, je vais augmenter le nombre de travailleurs, et donc plus de salaires et donc de consommation.

-Excusez-moi, mais j’ai peur que vous ayez, cher monsieur, de l’air dans la tête non un cerveau. Déjà, il n’y a pas de lien entre hausse de la production et hausse de l’emploi. Les modernes parlent de productivité… moi de division du travail.

– C’est-à-dire ?

– La division du travail est une répartition toujours plus spécialisée de l’organisation de la production qui accroît l’efficacité du travail. Mais ce qui permet la division du travail, c’est l’échange, car les hommes se répartissent les tâches pour survivre, puis s’échangent les fruits de leur travail. Plus les échanges s’accroissent, plus les hommes sont à même de se consacrer à une tâche particulière et d’espérer des autres la satisfaction de leurs autres besoins. Il existe toutefois un obstacle à la division du travail, c’est la taille du marché. Plus les hommes sont nombreux, plus ils peuvent se diviser les tâches. Si le marché n’est pas assez grand, le surplus de production permis par une division du travail toujours accrue ne trouvera pas acheteur. La loi des débouchés est une absurdité !

-Alors là… un monde s’écroule autour de moi. Comment n’ai-je pas pensé à cela. On nous mentirait alors ?

-Je ne sais, cher monsieur, mais sachez que seul le travail crée de la valeur, à cela aussi vos dirigeants ont tourné le dos, quelle régression ! Pourquoi donc tant de cadeaux au capital ? Excusez-moi je m’égare, je suis resté trop longtemps avec cet allemand à la cantine du panthéon des économistes… je ne sais plus ce que je dis.

L’homme me semblait divaguer, je suis parti sans faire de bruit, je suis rentré chez moi, beaucoup trop de d’émotions, je zappe sur le journal de TF1, mon cerveau est enfin déconnecté… NON, et puis quoi encore, c’est fini, je vais m’informer vraiment !