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Quelles alternatives à la société de marché ? Eléments pour un débat (1/2)

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[Cet article découle d’une intervention réalisée pour le collectif 3A de Bordeaux le 11 décembre 2014]

Les échecs de la politique économique actuelle ne sont plus à démontrer. Sur ce blog, on pourra retrouver de nombreux articles dénonçant l’absurdité des choix de nos gouvernements. Au-delà des constats largement connus, il convient de nous pencher sur les pistes alternatives à la société de marché qui tente de s’imposer. On entend beaucoup trop souvent dans nos interventions ou débats que le mouvement social serait essentiellement dans la dénonciation mais jamais dans la proposition. Ces positions soulignent la méconnaissance des nombreux travaux, rapports ou ouvrages consacrés à l’alternative globale ou à la transition écologique. Bref, il convient ici, non pas de donner un programme clef en mains, la recette du miracle et de l’autre monde, mais plutôt de proposer des pistes, des chemins, des directions face à un carrefour. Derrière nous le capitalisme financier, devant nous une multitude de voies possibles qui ne se traceront que par le débat démocratique et par conviction collective. Il faut prendre ce qui vient simplement comme un texte à tiroir et surtout il n’est ni exhaustif dans sa présentation, ni inerte, l’avenir doit le compléter à mesure des débats, des initiatives, des réflexions. Le point de départ à mon avis est celui d’une réappropriation collective de la vie sociale travestie en marchandise…. A partir de cette réappropriation s’imposera un nouveau mode de développement, ce dernier pendra des chemins divers et variés en fonction des choix des citoyens ; penser globale, agir local.

Vers la réappropriation collective de la vie sociale…

Quatre sphères doivent être impérativement exclues et sauvegardées du processus de marchandisation. Ce processus n’est pas irréversible, l’histoire nous l’a prouvé.

L’ensemble qui suit est rédigé dans une optique d’éducation populaire, j’ai tenté de vulgariser au maximum les visions proposées. Les références et liens externes ne sont pas tous présentés de la sorte, hormis ceux de ce blog. Ainsi, l’article est aussi une sorte de revue de littérature (qu’il faut compléter j’en suis sûr et convaincu).

Réapproprier le travail

Le constat : La révolution néo-libérale entamée à la fin des années 1970 s’est attaquée au travail et à l’emploi. D’un modèle spécifique des 30 glorieuses (voir ici et pour des analyses de l’école de la Régulation), une nouvelle forme du capitalisme est apparue, les impasses sociales, écologiques et politiques de celui-ci sont toujours les mêmes. Un vaste processus de remise en cause des régulations du mode d’organisation de l’emploi s’impose vers une segmentation de celui-ci entre un emploi précarisé, instable et paupérisé et un emploi stable. Les premiers sont une variable d’ajustement des retournements de conjoncture, comme en témoigne le raccourcissement de la durée des CDD en France. Cette segmentation va potentiellement s’atténuer puisque une vaste offensive a lieu pour créer un contrat unique, bref, dans l’avenir tous précaires ? Une vague de flexibilisation a lieu vers la formation d’un modèle de production où l’accumulation n’est pas tirée par la progression des salaires mais par un mode d’organisation où le salaire est considéré comme un coût qu’il convient de réduire au maximum. Ainsi, le partage de la valeur s’est retourné en faveur du capital sous la mise en oeuvre de politique d’offre et de marchandisation de la protection sociale (sur ce blog voir ici, ici ou).

MAIS le travail n’est pas une marchandise ! L’économie libérale ne connaît pas le concept de rapports sociaux. L’homme est un agent qui maximise son utilité sous contraintes et par arbitrage. Il choisit entre le travail et le loisir, ses comportements sont pris essentiellement sous l’emprise des prix relatifs des biens, il est rationnel et calculateur. La firme est une boite obscure qui fonctionne comme un agent, l’entreprise combine du capital et du travail pour produire. Il ne peut y avoir d’exploitation du travail ou de contestation car le marché régule automatiquement les comportements. Le prix est la seule variable connue, dans ce cadre idéologique la valeur d’échange et l’utilité seraient la même chose. Ainsi, le travail devient une simple marchandise qui s’échange sur un marché à un salaire réel (niveau d’inflation déduit) d’équilibre.

Or, le marché du travail est une fiction théorique qui est utilisée pour construire une interprétation qui ramène tout à une théorie du marché omniscient et à l’utilitarisme. Dans cette optique, travail et emploi sont confondus ce qui n’est pas le cas en réalité ! L’offre de travail provient de la main d’oeuvre quand l’offre d’emploi vient de l’entreprise, ainsi dans un cas l’entreprise est à la baguette, mais pas dans l’autre où c’est l’entreprise qui crée l’emploi et la main d’oeuvre qui l’occupe. Le travail n’est donc pas une marchandise, pour cela il faudrait qu’il soit « produit » volontairement par combinaison productive pour une vente profitable, et qu’il soit détachable de la personne qui l’accomplit, ce qui est impensable. A moins que ce ne soit la personne elle-même qui fasse l’objet de la production, dans ce cas, cela doit être applicable au patronat et aux artisans mais ils ne sont pas des salariés. Le travail n’est donc pas vendu comme une marchandise, il n’est pas échangé à un prix résultant de l’offre et la demande, car les emplois sont créés en fonction d’un volume de production anticipée, et les travailleurs occupent ces emplois. Le salaire n’est pas un prix, il est fixé hors marché par convention, réglementation, concertation…  Le salaire est un revenu minimal avancé en début de circuit sur la valeur de la production future et sa valeur réelle n’apparaît qu’une fois le circuit réalisé, ce qui met en avant l’importance de la validation marchande ou sociale de cette production. Le marché du travail n’existe pas car il ne joue pas les rôles d’un marché, il n’y a pas d’équilibre entre offre et demande, il ne régule pas la quantité de main d’oeuvre et ne stimule pas l’activité en l’orientant.

La division du travail repose sur une division sociale, ou un rapport de production, qui est un rapport d’exploitation. C’est donc la domination qui fonde la division du travail d’un système capitaliste, elle repose sur le salariat qui est un rapport de subordination.

Nos alternatives : Il semble s’opposer deux formes ou deux directions difficilement conciliables :

  • Dans une optique globale : le partage du temps de travail, une démarchandisation de l’emploi et la promotion de la sphère non marchande. Il n’est pas nécessaire de revenir sur la réussite économique du partage du temps de travail (ici, ici, , ou ici, , si avec ça nous n’avons pas assez d’argument ; un dernier ici de Michel Husson qui remet quelques pendules à l’heure !). Le partage du temps de travail a trois objectifs, (i) réduire la production à un niveau qui permette de satisfaire les besoins de tous et enclencher (achever) la transition écologique pour répondre aux besoins sociaux et collectifs (de la construction des écoles, des hôpitaux, infrastructures, mais aussi besoins humains individuels… voir ici un travail théorique) ; (ii) promouvoir la sphère de l’échange non marchand garant de la cohésion sociale (voir ici aussi) ; (iii) garantir le financement d’une protection sociale globale. Ces objectifs doivent permettre un vaste processus de partage de la valeur ajoutée en faveur du travail. La cotisation sociale est donc au cœur du projet. La question de la répartition et de la division du travail est fondamentale et s’inscrit véritablement dans une logique de transition. Il convient de partager le temps de travail social, celui qui permet à la société de se maintenir. Ce partage du travail est réalisable à deux stades : (i) passer moins de temps possible dans la sphère de l’emploi contraint mais nécessaire à la réalisation des objectifs sociaux et économiques de la société et donc dégager du temps libre ; (ii) mais aussi offrir de nouvelles formes d’organisation du travail fondée sur les principes de coopération, de la socialisation des moyens de production stratégique et la mutualisation. Les esprits chagrins mettront en avant la question du financement comme obstacle, mais la sphère non marchande n’est pas réalisée sur une ponction de l’économie marchande, au contraire elle est validée socialement et participe clairement à son financement.
  • Dans une optique individuelle : la revenu universel, qui peut entrer en contradiction avec la première option du moins en fonction des positions des partisans qui peuvent varier (ici, et ici des éléments du débat). On retrouvera ici un texte d’André Gorz qui explique son positionnement, ou ici un texte de Robert Castel sur ce dernier. L’idée du revenu de base s’inscrit dans une logique de sortie de la domination du travail contraint par l’apport à tous les individus d’un revenu individuel et unique lui donnant droit à vivre décemment. Par ce revenu, une nouvelle forme de liberté s’offre à la société : accepter de le compléter par une autre activité ou profiter essentiellement de ce revenu pour s’inscrire librement dans la coopération, l’échange non marchand, l’entre-aide et le solidarité. Il se pose néanmoins la question du financement mais les partisans du revenu de base répondent ici.

En conclusion, la réappropriation du travail doit permettre de recentrer les sociétés vers un vaste projet de coopération par la promotion de l’échange non marchand. Il convient aussi de ne pas oublier la mise en place de nouvelles formes d’organisation de l’entreprise en remettant au goût du jour l’économie sociale et solidaire et plus précisément la coopérative et la coopération. Bien évidemment les dérives de l’économie sociale doivent être combattues, par exemple,  le Crédit Mutuel est une banque mutualiste mais qui, hormis les statuts, n’a pas les comportements objectifs que l’on attendrait de l’économie sociale (ici ou ici).

On peut ajouter le petit texte de Keynes rédigé en 1930 qui philosophiquement est intéressant…

Réapproprier la monnaie

Le constat : La gestion de la monnaie s’est marchandisée, les banques centrales sont devenues indépendantes et n’ont qu’un seul objectif, du moins en Europe, la lutte contre l’inflation. L’usage même de la monnaie est intégré à la logique d’accumulation et l’aspect social de celle-ci est mis sous le tapis. Ainsi, la monnaie moderne ne serait qu’un simple intermédiaire des échanges quand le caractère public de la monnaie semble être complètement oublié. Les années 80 ont été marquées par les réformes bancaires et financières de libéralisation du secteur. La monnaie est traitée comme une simple marchandise et elle est vue comme totalement neutre. Ajoutons à cela la monétarisation progressive des sociétés modernes, qui impose l’usage de la monnaie pour répondre à toutes les nécessités sociales, et qui a pour conséquence : (i) microsociale d’abord, un processus d’exclusion bancaire pour les personnes ayant une mauvaise relation, cette exclusion bancaire est une exclusion sociale, (ii) macrosociale ensuite à travers la gestion des crises de la dette et la recherche de stabilisation monétaire contre la cohésion sociale.

MAIS la monnaie n’est pas une marchandise ! J’ai longuement, sur ce blog, traité de la question de la monnaie et des échanges non marchands dans un article (on peut ajouter deux articles sur la question, un de Théret et un de Jérôme Blanc). La monnaie est une institution sociale universelle, dont découle un rapport social, qui traverse toutes les sociétés, elle permet de médiatiser les dettes, de pacifier les mœurs et elle pose les bases de la société. Son caractère non marchand est historiquement un invariant, seule la dynamique du capitalisme repose sur un usage marchand de la monnaie mais de façon purement subjective. Or, des anthropologues, historiens ou économistes ont montré que la monnaie ne peut être gérée comme une marchandise car elle s’intégrerait dans un marché fictif. La monnaie est un lien, elle a pour mission d’intégrer les citoyens à la société à la fois par l’échange mais aussi par des processus symboliques d’appartenance au groupe (par la réciprocité et la redistribution). La monnaie est donc confiance. L’histoire économique et sociale nous apprend beaucoup, les exemples des annulations de la dette en Mésopotamie, ou le cas des structures d’endettement d’Ancien régime où le remboursement du capital importait peu, montrent le rôle public de la monnaie et l’importance du pouvoir politique dans sa gestion permettant la stabilisation sociale. Ainsi, la monnaie est plus qu’un bien public ou un bien commun, elle est le lien qui unit les citoyens entre eux, qui rattache les travailleurs à la société et qui structure les relations sociales. La monnaie est un lien ou un trait d’union. Ainsi, intrinsèquement elle ne peut être gérée que par la souveraineté populaire et donc son expression actuelle l’Etat. Elle est à la base de la souveraineté et de la continuation des sociétés. Il est inconcevable de ne pas considérer le rôle de la banque centrale comme un outil, instrument, du maintien de la société. Avec l’Etat (par la fiscalité et la redistribution), elle participe à la circulation des dettes de vie et des dettes sociales. Lorsque l’on naît, on part avec une dette de vie que l’on rembourse par l’impôt et on prépare la continuation de la société. La dette sociale est remboursée par les cotisations sociales. Or, la politique économique a besoin de l’impulsion de la banque centrale pour lancer et financer les grands projets qui seront sous validation sociale remboursés par l’impôt. Sans remonter aux calendes grecques, la dette de vie personnelle de nos générations doit sensiblement venir de l’après guerre, or la reconstruction, la protection sociale, les infrastructures, la recherche, etc… n’ont été apportées (et rendues possible) que par le circuit du Trésor et le rôle de la banque centrale et de l’institution bancaire intégrés dans une logique de service public. Ainsi offrir ce « droit » de financement à une banque centrale indépendante et aux banques commerciales a marchandisé la gestion de la monnaie et déstabilisé les économies où la logique interne est bien différente. 

Nos alternatives :  la monnaie est un instrument permettant de concevoir un autre développement et mode de société, il n’est pas possible pour la société qu’elle soit gérée comme n’importe quelle marchandise :

  • Dans point une optique globale : la monnaie doit retrouver son caractère public au service de la société, cela passe par : (i) une socialisation des banques (et banque centrale) par contrôle citoyen, et par la séparation entre banques d’investissement et banques de dépôt, cette séparation nette est nécessaire. La voie vers des banques véritablement mutuelles ou coopératives, avec un vrai pouvoir de contrôle des clients, des salariés et des représentants publics est indispensable (ii) Le rôle de la banque centrale doit être affirmé et confirmé vers des objectifs communs de financement de l’économie réelle et de transition. (iii) Une taxation des transactions financières dissuasives est une étape incontournable, mais pas suffisante d’où la (re)mise en place d’un contrôle des mouvements de capitaux. (iv) la fin des paradis fiscaux et un audit citoyen des dettes vers l’annulation de celles-ci.
  • Dans une optique locale et communautaire : L’expérience des monnaies complémentaires, locales et sociales peut être à promouvoir comme les systèmes d’échanges alternatifs, deux articles ici et  ont posé les termes du débat qu’il convient d’avoir collectivement. On retrouvera une définition par Viveret ; et une plate-forme dédiée permet de présenter les projets.
Réapproprier le terre

Le constat : Dire que la terre et son usage ont été marchandisés revient en définitive à enfoncer des portes ouvertes. Mais, il faut bien comprendre le lien entre le capitalisme et expropriation de la terre. L’accumulation primitive fut rendue possible en Angleterre par le phénomène des Enclosures. Sous le règne des Tudor, les terres communales utilisées par l’ensemble des paysans furent privatisées (où fut réalisés des enclos). Ainsi, un élevage intensif de moutons fut possible pour leur laine et l’industrie du textile. A la suite de la mise en oeuvre de cette propriété privée des terres, une masse de paysans sans terres, et donc sans ressources, ont dû trouver du travail en ville et sont devenus ce qu’on appellera le prolétariat. A partir de ce moment, le processus dynamique du capitalisme fut enclenché (voir Marx et Polanyi). On retrouve la même situation en France sous l’Ancien régime par la récupération des terres par la bourgeoisie marchande à la suite notamment des dettes impayées par la noblesse. Ce processus de privatisation des terres et donc de l’agriculture est un construit social. Mais il convient par la suite de faire le basculement entre terre et environnement. Ainsi, la marchandisation de la terre, de la biodiversité et de l’agriculture entraîne de graves dérives pour la souveraineté alimentaire, la santé publique et l’humanité. L’industrialisation de l’agriculture est elle aussi au centre des débats, le cas de la ferme des mille vaches en est l’expression. Le nouveau credo du gouvernement (l’agroécologie tout droit venu d’une agence de com.) souligne les nombreuses contradictions entre vision productiviste et protection de la santé et de l’environnement. On ne parlera pas ici de la disparition des abeilles, mais il y aurait tellement à dire. De plus, l’industrie agroalimentaire et phytosanitaire opère un hold-up sur l’humanité avec la brevetabilité du vivant…

MAIS la terre n’est pas une marchandise ! La terre est un bien commun. Elle n’appartient à personne, d’abord parce qu’elle n’est pas produite, mais aussi parce qu’elle est à la base même de la reproduction de la vie sur terre. Il n’est donc pas envisageable de laisser au secteur privé et à l’intérêt d’une classe les destinées de l’humanité. De plus, l’impact environnemental d’une vision à court terme mène à une catastrophe humanitaire sans précédent. La finance spécule sur les matières premières contre les peuples. Les spécialisations agricoles des pays du Sud sont tournées vers l’exportation et non l’alimentation de leurs citoyens. La terre, notre terre, n’est donc pas un héritage venu de nos grands parents mais un emprunt à nos enfants. Le marché n’est en aucun cas capable de réguler la terre (on notera un rapport sur la question ici et un diaporama ici plus théorique).

Nos alternatives :  Elles sont nombreuses, elles doivent être globales mais aussi plus « locales ». L’écologie est clairement une question politique majeure :

  • La terre au service de l’homme et du développement :  Ici l’alternative passe par une nouvelle organisation économique et sociale de l’agriculture vers le respect des équilibres écologiques et la souveraineté alimentaire. La question de l’interdiction de spéculer sur les marchés des matières premières est clairement posée. De plus, l’agriculture doit principalement nourrir les peuples, une relocalisation des productions est nécessaire. Plusieurs analyses montrent qu’il n’est pas utopique d’envisager une production bio pour nourrir le monde (ici et ). Mais une autre question se pose inévitablement : la transition écologique. Bien évidemment pas dans l’imaginaire patronal d’une croissance verte qui ne voit que la transition énergétique et non la transition vers un autre modèle de développement. Ce nouveau mode de développement doit être débattu et réapproprié, nombreuses sont les associations du mouvement social qui ont travaillé sur la question (on trouvera des exemple non exhaustifs, ici, ici, et encore ici sur le financement). Ainsi, il convient de mener la réflexion sur la socialisation et la gestion publique des biens communs, la démarche a déjà commencé pour l’eau. Ce processus est à poursuivre et à terminer. Il est aussi nécessaire de stopper l’ensemble des grands projets inutiles.  La socialisation de la gestion des communs passera nécessairement par un retour à la gestion locale et au retour des filières courtes. Dans ce cas, l’impact environnemental est réduit, et un potentiel d’emploi peut se dégager pour les jeunes agriculteurs. Ajoutons l’interdiction de l’appropriation privée du vivant (brevet…) qui passe inévitablement par un pole public de recherche sur ces questions.
  • Dans point de vue locale, la question d’une agriculture locale se pose et peut s’intégrer dans une logique d’économie sociale. Ainsi, la démocratisation des AMAP est nécessaire mais aussi la revitalisation des marchés de producteurs locaux. L’industrie agroalimentaire est donc un première ligne dans la réappropriation de la terre dans une optique de respect des équilibres sociaux et environnementaux. Cette industrie doit être sévèrement régulée au même titre que les centrales d’achat qui ne permettent pas une vraie rémunération aux agriculteurs. Il est possible pour les biens de première nécessité de réfléchir à un prix unique décidé collectivement. Les structures locales de coopérative agricole doivent reprendre leur place et être valorisées vers la satisfaction des besoins et non vers l’exportation et la spéculation. Une politique d’aménagement du territoire est possible avec des structures collaboratives entre acteurs locaux, agriculteurs et la recherche agricole et biologique. Cette dernière doit être tournée vers des techniques saines avec comme objectif la baisse de l’usage des intrants.

[à suivre dans le volet numéro 2 : la réappropriation du politique et les bases d’un autre monde]

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La dette, la crise et le capitalisme…(4/4)

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Voici un cycle de quatre petits articles consacrés à la dette, le premier concerne un petit retour historique sur ce phénomène[1], puis les conséquences des mutations des modèles économiques à l’origine de la crise du système libéral[2], le troisième volet concerne précisément la situation actuelle et les origines de la dette[3]… maintenant les alternatives.

La sortie de l’ouvrage de David Graeber, dette 5000 ans d’histoire, remet au goût du jour les études historiques et anthropologiques. Plus tard, un compte rendu de l’ouvrage sera réalisé…

Et alors ? Que faire ?

Il est évident que la problématique de la dette trouvera une réponse politique. C’est en enjeu de société qui se joue, et les idéologues libéraux qui monopolisent les médias l’ont bien compris. Depuis 2007 et le déclenchement de la crise des subprimes, un grand projet anti-social se met en place. N’oublions pas que la situation actuelle est issue d’une crise d’endettement privé, liée à la paupérisation des travailleurs américains, au cynisme des banques et à la démence du capital. La grande réussite des classes dirigeantes et économiques fut sans conteste de se déresponsabiliser et de détourner les causes de la faillite du système financier et bancaire et de faire payer la crise à ceux qui la subissent.  Les centaines de milliards d’euros d’argent public reversées aux banques sont un hold-up savamment orchestré. Car les banquiers et financiers n’ont jamais trouvé à redire de cette dépenses publiques qui a sauvé leur place.  Maintenant que les marchés financiers retrouvent des résultats frôlant l’indécence mais issus des efforts du monde du travail, voilà qu’une nouvelle étape de privatisation et de libéralisation s’engage. Les politiques publiques ne sont plus tournées vers l’intérêt collectif mais vers les intérêts privés des entreprises et des banques. Le gouvernement socialiste torpille la taxe sur les transactions financières[4], mène une réforme bancaire non contraignante sous la pression des lobbies bancaires, et le pacte de responsabilité est un transfert d’argent public vers les profits privés sans aucune garantie [5].

Plusieurs pistes pour une refondation de notre modèle de société :

1. La fin de l’austérité… et de nouvelles politiques économiques

Même le FMI estime que les politiques d’austérité sont inefficaces, et qu’ne plus il n’existerait pas de niveau critique d’endettement[6]. Pour réduire la dette, rien de mieux que d’agir sur les dépenses, ce qui nécessite de s’attaquer à des intérêts d’une certaine classe… dirigeante. Au lieu de cela, les politiques de réduction inconsidérée des dépenses publiques sont mises en œuvre, mais d’après les économistes de l’OFCE[7], les coefficients multiplicateurs de dépenses publiques sont supérieurs à 1. Ainsi toute baisse de 1 euro des dépenses publiques entraîne une baisse de PIB de plus de 1 euro… Tout est dit, un effet boule de neige sans fin ! Car l’austérité contraint la croissance, donc les entrées de recettes fiscales. Une contraction de la dépense publique, composante de la demande, limite bien évidemment les débouchés et les anticipations des entrepreneurs. Peu de raison de voir un retournement de la courbe du chômage. Le mythe entretenu par le gouvernement et le patronat est que la croissance crée les emplois. Bien évidemment, croire cela mène mécaniquement à favoriser une politique de l’offre et les cadeaux fiscaux. Attendre la croissance comme le sacro saint graal est une croyance mystique ou plutôt l’expression laïque du saint esprit. Le serpent se mord la queue car pas de croissance pas d’emploi, mais pas d’emploi pas de croissance. Pour qu’il y ait croissance, il doit y avoir des anticipations positives des entreprises et un rôle moteur de la confiance et de la demande. Limiter une composante fondamentale de la demande qu’est la dépense publique est une bêtise sans nom. Pour raisonner simplement :

PIB [en variation la croissance]    =                Consommation + Investissement + Dépenses                                                                                                                     publiques + solde extérieur.    

OFFRE [Production]                 =                                 DEMANDE

 Faites baisser la demande… et vous ferez baisser l’offre. Vous me direz, et pourquoi pas l’inverse ? Tout simplement par une composante du revenu qui est l’épargne. Une partie des revenus distribués n’est pas consommée mais épargnée, ce qui constitue une fuite du circuit économique qui n’est pas consommée donc l’offre ne crée pas de demande. Le lien de causalité n’est pas offre vers demande, mais l’inverse[8].

Les politiques d’austérité ont un impact sur les revenus, ainsi, la consommation tend à diminuer, qui va acheter la production ? Pour Hollande et Moscovici l’objectif est d’être compétitif et donc de vendre notre production à l’extérieur. On comprend que l’objectif n’est pas d’améliorer la situation du salariat, mais celle des entreprises, car ils acceptent une baisse de la consommation interne pour vendre à l’extérieur, comme le fait l’Allemagne. Mais  sachant que le commerce intra-Européen concentre plus de 75% des échanges extérieurs de l’Europe, si l’Allemagne a des excédents, c’est que nous avons des déficits, il sera impossible dans ce contexte là que tous les pays soient excédentaires. Pas besoin de sortir de l’ENA pour comprendre cela. Les politiques européennes sont clairement non coopératives et créent avant tout une concurrence salariale et sociale et donc in fine une plus grande exploitation du travail.

Il est donc nécessaire de mettre en place des politiques coordonnées vers une transition économique, environnementale et sociale. Ainsi, un grand plan d’investissement public est nécessaire, et mettre en œuvre une politique monétaire en faveur de l’emploi et de la transition et non essentiellement en lutte contre l’inflation.

 2. La fiscalité.

J’ai déjà parlé de cette partie dans le précédent article, je n’y reviendrai pas en profondeur. Il convient en dehors de politiques fiscales nationales de mettre en place une harmonisation par le haut de la fiscalité et de s’occuper des paradis fiscaux intramuros que sont l’Irlande, le Luxembourg et des îles britanniques. Un véritable dumping fiscal est en œuvre et limite clairement la sphère d’intervention de l’Etat et sa souveraineté. Il n’y a pas à avoir peur de la sanction fantasmée des marchés, car pour financer les dépenses publiques l’outil principal est la fiscalité. Les baisses d’impôt n’ont permis que de créer un stock d’épargne supplémentaire qui n’a pas permis l’investissement, mais au contraire a favorisé la spéculation.

Se pose donc la question de la taxation des transactions financières… qu’il faut mettre en place très rapidement et sans exception.

 3. Socialisation des banques.

 La crise financière est purement d’origine bancaire. Les gouvernements, au lieu de faire assumer les conséquences aux responsables, ont sauvé les banques et garanti leur fonctionnement. Il convient de mettre à l’index ces responsables, l’ensemble des financements spéculatifs sur les dettes souveraines doit être annulé. Les banques ont prêté à l’Irlande à 6%, et 5% à la Grèce, quand elles se finançaient auprès de la banque centrale européenne à 1%… Les Etats ayant sauvé les banques doivent socialiser les institutions bancaires et financières car la monnaie est un bien public ! Elle doit donc être régulée par des organismes publics qui doivent rendre des comptes aux citoyens et non pas aux opérateurs financiers et agences de notations. Ces dernières doivent elles aussi être réformées car elles n’ont jamais rempli leur rôle. La question de l’encadrement de la finance est fondamentale.

 4. L’annulation de la dette.

 Tout d’abord, les dettes odieuses et illégitimes doivent être annulées sans attendre. C’est-à-dire toutes les dettes qui n’ont pas un usage d’intérêt collectif et citoyen. La légitimité des dettes doit être observée et contrôlée, ces dettes seraient alors annulées. Ici on parle des dettes qui engagent un gouvernement et non pas le pays.

De plus toutes les dettes issues du sauvetage des banques et des endettements privés doivent être annulées.Une restructuration sera nécessaire par en autre un mécanisme de mise en défaut[9].

C’est donc une remise en cause fondamental de l’adage ultralibéral : « privatisation des profits, nationalisation des dettes ». Un autre monde est possible, à nous d’en être acteur…

Les retraites dans la tourmente (3/3)

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Et après ?

 La question des retraites est un marqueur idéologique puissant. Mère de toutes les batailles syndicales, la nouvelle réforme de retraite a montré à quel point le recul du gouvernement devant les exigences du capital raisonne comme une trahison de l’idéal républicain et social. Ce combat ne doit pas être considéré comme dépassé ou perdu, il forge une société. Mais pour cela, et dans une optique de démystification libérale, il convient de revenir sur le système de retraite et d’ne connaître les tenants et les aboutissants[i]. Aujourd’hui, les alternatives.

Cette troisième partie du volet retraite sera plus courte, il ne convient pas de ressortir de toute pièce un plan ou une solution. Les choix économiques sont des choix de société, ainsi, la question des retraites fonde notre modèle de société. Les choix doivent être collectifs et répondre à une question de justice sociale et d’équité. Il est nécessaire de remettre en avant le caractère redistributif et solidaire du système de retraite, ce qui passe par l’affirmation du système par répartition. Ce dernier est le seul capable de corriger les inégalités de revenus. C’est donc toute une réflexion sur la fiscalité qui est à revoir. Ici, nous pourrions mettre en avant l’idée d’une fiscalisation de la protection sociale. Ce qu’il faut écarter. La fiscalisation, par la tva par exemple, est à la fois injuste et illégitime. Injuste car les modalités de fiscalisation sont complexes et souvent peu progressifs. Illégitime car qui dit fiscalisation dit étatisation. Les recettes fiscales sont récupérées par l’administration fiscale, quand les cotisations sont recouvrées par un organisme paritaire. Ce dernier gère les caisses de retraites collectivement avec les représentants des cotisants. C’est le cœur de la démocratie sociale. Les recettes versées au budget de l’Etat risquent d’être détournées pour financer n’importe quelles dépenses, c’est le principe constitutionnel de non affectation de l’impôt. En effet, ce principe protège du non consentement à l’impôt, du refus de payer pour une dépense spécifiée. A l’heure actuelle, les recettes fiscales sont mises dans un pot (le budget) et dépensées. Mettre en place une fiscalité pour financer la protection sociale ne permet plus aux cotisants de gérer le système et laisse les pleins pouvoirs à l’Etat, au risque de détourner l’usage des cotisations et de noyer et maintenir la protection sociale dans les déficits pour pouvoir les privatiser. C’est tout l’enjeu du refus de la fiscalisation de la protection sociale.

Refuser la fiscalisation remet donc à l’ordre du jour le système par répartition, en cogestion, et donc favorise la progressivité des cotisations. Le maître mot est cotisation[ii]  (voir le post consacré à cette dimension). Un système basé sur les cotisations a l’avantage d’agir directement sur le partage de la valeur ajoutée et la répartition des richesses. On a vu dans le second volet le détournement de richesses vers le capital. Les cotisations agissent sur la répartition primaire. Toutes les baisses de cotisations ont favorisé la rémunération du capital, qui a alimenté les marchés financiers, la présentation de Louison fut éclairante[iii]. Ainsi, agir sur les cotisations permet d’augmenter le salaire indirect de tous les cotisants ! Par conséquent, il faut agir sur les charges du capital, à savoir la distribution de dividende qui a augmenté, elle est passée depuis les années 2010 à 9% de la valeur ajoutée [INSEE], soit 50 milliards d’euros annuels… qu’il faut soumettre à cotisation. Les réformes Fillon ont créé un vaste transfert de richesse avec l’exonération de 20 milliards d’euros par an. Pour quelle réussite macroéconomique ? Elle fut nulle, les investissements ne sont pas repartis, ni les hausses de salaires. Bref, il convient de revenir sur les exonérations qui n’ont qu’un avantage, celui d’alimenter les dividendes et la rémunération du capital. Ainsi, la première réforme passe par l’élargissement de l’assiette de cotisation à l’ensemble des revenus financiers.

C’est donc la place du travail qu’il convient de revoir, et le plein emploi. Pour cela, le partage du temps de travail est l’arme numéro 1 pour répartir la productivité et augmenter le nombre de cotisants donc d’individus solidaires. La baisse du temps de travail est une nécessité sociale, environnementale et économique, bref, elle redéfinit notre modèle de développement. Nécessité sociale pour permettre la restriction au maximum du travail contraint pour dégager du temps à la coopération, elle permet d’intégrer l’ensemble des membres du groupe à la société. Nécessité écologique, car elle permettrait de limiter les productions inutiles et elle lutterait contre les logiques d’accumulation mortifère. Nécessité économique pour financer notre protection sociale et réorienter la production vers la sphère non marchande. De plus, une autre réforme viendrait garantir le principe de droits sociaux et non de droits financiers individuels liés à l’épargne.

Une réforme de la protection sociale est à définir. Il convient de remettre en cause les régimes d’exception (artisans, professions libérales, agriculteur…) vers une caisse unique fondée sur une haute protection à l’ensemble de la société. Une caisse autogérée par les cotisants avec universalité de la protection sociale. Ainsi, la marchandisation de la protection sociale doit être stoppée, le caractère discriminant des assurances privées et mutuelles crée une injustice inacceptable. En effet, le système privé maintient une forme de rationnement et d’exclusion, la marchandisation de la protection sociale maintient donc un salariat pauvre qui ne peut que difficilement accéder à une protection sociale garantie et de qualité. Le système par capitalisation crée une dépendance au marché et à l’épargne. Le caractère individuel et non obligatoire ne permet pas que toute la population puisse épargner, surtout à l’heure du chômage de masse et de la stagnation des salaires. Il est donc indispensable à côté d’un système de retraite par répartition de redéfinir le système de santé et de pharmacologie vers la fin de la médecine et pharmacie libérale qui est coûteuse et parfois inefficiente, au regard des déserts médicaux.

Ces pistes ne sont pas les seules mais elles favorisent une réappropriation des richesses créées et agissent vers une plus grande solidarité entre les membres de la société. Elles doivent être réfléchies et débattues, la question des retraites est fondamentale et reviendra sur le devant de la scène, l’erreur actuelle d’une gestion comptable de la protection sociale traduit l’idéologie dogmatique des technocrates qui dirigent. Toutes les réformes s’accompagnent du « nous avons sauvé notre système sociale »…. En attendant la prochaine réforme régressive.

La saga des échanges non marchands [4/4]

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So what ? Quel avenir pour les échanges non marchands ?

Le développement des finances solidaires[1] a un objectif fondamental, la réappropriation de la monnaie comme outil d’intégration économique et sociale. La monnaie est lien, elle relie les hommes, elle est l’expression d’une dette, mais surtout elle n’est pas directement liée aux marchés et au capitalisme. Elle existe en dehors, elle est un signe d’appartenance sociale[2]. Ainsi, l’expression monétaire traverse les échanges non marchands, c’est-à-dire non soumis à une logique d’accumulation[3].

Les SEL, par exemple, mettent en avant des logiques d’échange non marchand avec une monnaie sociale ou parallèle, où des compétences remplacent la production classique. Aucun membre du groupe ne peut accumuler des crédits, et inversement, aucun membre ne peut être totalement débiteur, une comptabilité est tenue. L’expérience montre une véritable confiance entre les membres et un équilibre, il n’existe pas de dette ou de profit à la fin de l’année, tous les membres jouent le jeu. Le pilier de la pensée économique dominante qui met en avant l’idée que la recherche de l’intérêt individuel égoïste est primordiale est remise en cause. La recherche de maximisation de l’intérêt personnel et utilitariste ne traverse pas les relations d’échanges. Dans la finance solidaire et les SEL, l’épargne et la réserve de valeur sont impossible, la monnaie utilisée est fondante, c’est-à-dire quelle perd sa valeur dans le temps. De plus, les statuts interdisent l’épargne et l’accumulation. On aperçoit les mécanismes sociologiques et anthropologiques de la monnaie. Elle n’est pas le résultat de la fable du troc, elle n’est pas restreinte à des fonctions purement économiques.

Ces expériences de finance solidaire s’inscrivent dans le processus de réappropriation de l’usage de la monnaie en dehors des usages marchands dominants. La monnaie n’est pas qu’un intermédiaire des échanges, elle n’est pas une marchandise comme les autres. Son usage traduit des pratiques sociales et elle tisse du lien entre les membres d’un groupe social. Ces derniers gèrent collectivement les échanges et la monnaie, régulent les activités et les normalisent. Une logique de communauté d’intérêt non économique se met en place. L’appropriation de ces outils nécessite au préalable la volonté d’agir collectivement et localement vers une économie non utilitariste. Ainsi, c’est le retour d’une forme d’économie matérielle et domestique (cf. Braudel dans le premier volet). Ces échanges sont pensés dans une logique de relocalisation de l’activité dans une logique de développement soutenable. La monnaie est considérée à juste titre comme un outil collectif qui ne doit pas être appropriée par un groupe ou un individu. Soit « le lien plus que le bien ».

Or, ces expériences semblent, à première vue, limitées à un cadre local. En effet, seulement une sphère économique est concernée : la redistribution. Le côté production n’est pas en mesure d’être régi et organisé de la sorte. C’est ici que ces expériences doivent nous apprendre. Il est possible de redéfinir l’usage de la monnaie dans un cadre précis, la redistribution ou la distribution, il convient de mettre en place les outils de gestion collective de la monnaie vers un projet de société sortie des logiques d’accumulation, de profit et de spéculation. Ainsi, c’est tout un projet de ré-encastrement de l’économie dans le social qu’il faut repenser. Pour cela, la monnaie doit être reprise des mains de la finance par une gestion publique (fin de la BCE) dans une stratégie de développement soutenable. C’est donc la mise en avant de la sphère non marchande dans son ensemble qui est à reconsidérer. Mais cela de façon collective et universelle et non au sein d’un petit groupe. C’est donc toute la société qui est à redéfinir.

Il ne faut pas remettre en cause ces expériences pour leur faible capacité à faire système, elles prouvent à quel point l’usage non marchand de l’outil monétaire est source de progrès social et économique. La cohabitation de ces systèmes locaux avec un politique globale est plus que nécessaire. La sphère non marchande est l’avenir d’un monde qui s’écroule. Les réflexions issues de ce soulèvement économique des citoyens sont sources d’actions et l’affirmation que les choix économiques ne sont pas statiques et qu’ils participent à des projets de société où les valeurs de profit, d’accumulation et d’exploitation sont reléguées à la marge. C’est une étape, encore limitée, vers l’émancipation économique et politique…

« Certains regardent la réalité et disent : « Pourquoi ? » Moi, je rêve de l’impossible et je dis : « Pourquoi pas ? » »
[George Bernard Shaw]

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