économie ; protection sociale ; démystication

Une brève histoire de la protection sociale… à destination des camarades en lutte !

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[intervention présentée lors d’une rencontre « ceux qui grèvent aujourd’hui » à l’initiative de la Coordination des Intermittents et Précaires et Gironde, l’Université Populaire de Bordeaux, ATTAC 33/Campus – Cinéma Utopia le 3 juillet ]

 

Mon intervention débutera par une devinette :

« La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail ne le serait pas ? »

Vous avez bien sûr reconnu Laurence Parisot qui se pose  cette question naïve pour ne pas dire bête.

Alors, chère madame, le travail peut-il être précaire ? La réponse est simple : NON. La vie, l’amour et la santé sont l’expression d’expériences personnelles et individuelles, certes expression vécue dans un groupe social et politique, mais on peut très bien vivre sans amour (nul n’est parfait), et la vie et la santé découle de notre physiologie et nature. Nous ne sommes pas immortels donc mécaniquement la vie et la santé sont précaires. Pour le travail, la question est toute autre… on ne travaille pas par choix dans un système capitaliste, on travaille pour un salaire et par l’obligation d’être intégré dans la société monétarisée et donc salariale. Le capitalisme est un système social organisé par des rapports sociaux construits sur la distinction entre ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre et les détenteurs du capital et de l’outil productif : le capitalisme et le salariat sont la même face d’un mode de production. Les travailleurs vendent donc leur force de travail aux capitalistes sous le régime du salariat. Ce dernier est la seule organisation sociale qui crée une relation de subordination imposée et indépassable. Le code du travail est fondé sur cette relation de subordination et sur les droits à apporter aux travailleurs pour éviter la… précarité des conditions puisque travailleurs et patrons ne sont pas égaux, le patron décide qui travaille pour lui et comment. Le code du travail a pour visée de stabiliser la relation salariale. Il n’existe nulle part cette forme de subordination imposée, la démocratie permet par le vote l’expression et le choix des projets de société, pas dans l’entreprise capitaliste.

Toute l’histoire sociale européenne et mondiale consacre ce lien de subordination, le droit du travail doit permettre de stabiliser cette relation, mis à part Dieu (encore faut -il prouver son existence) personne n’a de droit sur notre santé, notre amour et notre vie, hors société totalitaire. Le travail salarial est donc une organisation sociale et économique qu’il convient de protéger des abus des dominants c’est-à-dire du capitaliste. Le droit du travail est issu de l’apport idéologique (et du combat des salariés !!!!) de la IIIe République et des penseurs sociaux de la fin du XIXe siècle qui estiment que la vie en société crée une dette sociale, la société est considérée comme un tout, un organe où chaque participant a besoin d’un autre, mais certains ont plus que d’autres, certains sont protégés d’autres non, et donc participer à la société entraîne des risques sociaux qui la fondent… ces risques sont l’expression de dette sociale et la société dans son ensemble doit participer au remboursement de cette dette par… des droits sociaux qui vont du droit du travail à la protection sociale.

La question des assurances sociales est fondée sur cette idée de dette sociale, les crises systémiques et récurrentes du capitalisme ont fait le reste : 1880 et 1929 pour citer que les plus importantes et graves… la seconde est une des causes de la IIe guerre mondiale et la montée du nazisme. Par la suite, une vaste démarchandisation de la société et des systèmes d’aide sociale s’est engagée… Quand l’Allemagne avait exploré et mis en place un système d’assurance sociale au XIXe siècle, la France mettra plus de temps, début du XXe siècle une loi sur les retraites ouvrières et paysannes verra le jour mais le point de départ est 1930 avec le loi portant sur l’assurance sociale. Mais de nombreux groupes vont freiner des quatre fers la réforme : les médecins, le patronat, les agriculteurs, mais aussi le monde syndical. Les arguments sont différents, les syndicats estiment que l’assurance sociale consolidera le capitalisme, le patronat pose des arguments libéraux. Certains iront même à justifier la défaite allemande par les assurances sociales qui ont rendu les ouvriers  faibles !

La fin de la seconde guerre mondiale va créer un vaste rapport de force en faveur du monde du travail quand nombres de patrons n’ont pas hésité à collaborer, on pense à M. Renault qui a été puni par la nationalisation de son entreprise… Ainsi les modèles sociaux vont se transformer, mais en France le poids de l’histoire va rendre le système hybride avec des régimes spéciaux qui ont pour certains leur intérêt, pour d’autres non, on pense au régime des agriculteurs qui est d’une régression sociale sans nom.

Le système de protection sociale français est basé sur le lien suivant : Travail salarié – dette sociale – cotisations sociales – solidarité – protection sociale (on pourra voir ici, ici ou des articles consacrés à la protection sociale). Ce système va entrer en crise lors de la contre révolution néolibérale à la suite de la crise du capitalisme dans les années 1970, non pas à cause des producteurs de pétrole mais à cause de la baisse des taux de profits apparue dès le milieu des années 1960 (voir les travaux de Husson ou Duménil et Lévy). Cette situation est un grand bon en arrière avec le retour de la marchandisation de la protection sociale : retour des assurances privées, déremboursement, mais surtout individualisation des comportements, les hommes et les femmes sont responsables des risques sociaux. La pauvreté ? « il fallait travailler à l’école », le chômage ? « il faut demander un salaire plus faible »… l’aide sociale a un coût, les droits doivent disparaître, les travailleurs deviennent des variables d’ajustement et sont dépendants du marché. Ainsi, un autre projet de société s’impose et met en avant les comportements individuels au centre des préoccupations.

Une nouvelle société, contre les peuples et leurs intérêts, s’imposent sous l’effet d’un double phénomène : (i) la financiarisation des sociétés sous l’impulsion de la libéralisation des marchés financiers et la privatisation du secteur public ;  (ii) la segmentation du marché du travail entre intégrés et précarisés. Les premiers devenant de plus en plus rares, les seconds deviennent la variable d’ajustement… Mais cette architecture entre en crise en 2007 sous l’effet d’une crise financière qui trouve son origine dans l’endettement privé , ne l’oublions pas ! La crise des subprimes, sans entrer dans les méandres de l’ingénierie financière spéculative, est la conséquence de l’endettement des populations les plus précaires et pauvres des USA… on a prêté à taux variables et sous hypothèque à une population pauvre parfois insolvable, on comprend aisément  les difficultés de tels comportements économiques (cynique ?). Il convient néanmoins de revenir sur ce comportement des banques, depuis les années 1980 et les politiques économiques pro-rentiers (pro-épargne) à travers les baisses d’impôts, un énorme liquidité draine les marchés financiers, cette épargne au lieu d’être investie dans le secteur industriel finance le secteur spéculatif (moins de 10% des flux sur les marchés financiers ont cette utilité). Que se passe-t-il schématiquement ? On a dégagé des liquidités par les baisses d’impôts aux populations les plus riches, celles-ci ont vu leur niveau d’épargne augmenter, elles ne consomment pas plus mais par contre elles vont placer cette liquidité auprès des banques… qui nous la prêtent à 3% ! Le coût de la collecte de l’impôt n’atteint pas ce niveau… Voilà ce qu’est une politique de classe !

La crise de 2007 aurait pu abattre le modèle néolibéral en déroute, mais avec la collaboration et l’alliance des hommes politiques de tout bord l’Etat, et sans (vraie) contrepartie ont sauvé le système financier international avec une intervention forte pour sauver les banques… qui nous ont bien rendu le service offert en faisant payer la facture aux citoyens. Ainsi, d’une crise financière privée, la crise est devenue publique et les contribuables citoyens (pas les exilés fiscaux) sont punis par les politiques d’austérité toutes inutiles et inefficaces ! Notons avec force que 57% de la dette française est illégitime !

Votre combat chers camarades est d’utilité publique, le milieu associatif et le mouvement social vous soutiennent fermement, votre lutte est salutaire. Mais il convient d’urgence de créer des forums de formation pour les militants et ceux qui grèvent, pour que le combat politique soit efficace, pour avoir les bases d’une compréhension d’un mode de production qui nous assomme, pour la convergence des luttes… cette formation est nécessaire et doit permettre de dépasser les combats de branches (utiles !) MAIS cheminots, intermittents, précaires, postiers, ouvriers,étudiants, chercheurs, profs, fonctionnaires, salariés du privé, vos combats sont les mêmes !!!

Pour conclure, Georges Bernard Saw, prix nobel de littérature en 1925,

« Certains regardent la réalité et disent ‘pourquoi’, moi je rêve de l’impossible et je dis ‘Pourquoi pas ! »

 

 

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Ce soir, la Protection sociale est morte…

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L’UMP en rêvait, les socialistes l’ont fait !

Ce soir le France n’a plus de protection sociale, à moins que certains socialistes aient le courage de ne pas voter la confiance du gouvernement. C’est une purge à laquelle nous assistons, après des décennies de combat, les socialistes ont enterré le contrat social de notre pays.

Ils n’ont donc rien compris, ou plutôt ils terminent le projet de société débuté en 1983. Comment peut-on accepter ce projet de société ? Comment des gens qui se réclament socialistes peuvent accepter et voter la confiance du gouvernement ? Les socialistes ont choisi leur camp. C’est beau de montrer les muscles dans la presse, de crier le refus du social-libéralisme, mais l’appel de la cantine est trop forte. MERCI, MERCI aux socialistes pourfendeurs de la protection sociale. Ce gouvernement doit être combattu, nous n’aurons rien de leur part, la résistance doit s’organiser. Car, Valls et les socialistes crachent sur nos glorieux martyrs de la résistance, ceux qui ont permis l’Etat social quand le patronat organisait la collaboration… avec la complicité de certains fonctionnaires bien connus…

RESISTANCE le 12 avril le 12 avril, tous à Paris !

Mais, voici les annonces de Valls [voir Le Monde] :

« il avait en effet annoncé devant les députés socialistes des économies supplémentaires par rapport aux 50 milliards d’euros prévus pour financer des mesures en faveur des ménages les plus modestes. Il enchaîne une série d’annonces sur la fiscalité » :

un allègement du coût du travail à 30 milliards d’ici 2016, Quand l’incompétence et le mépris de classe s’arrêtera, il n’y a pas de problème de coût du travail en France ! voir ici ou ici

une suppression totale des cotisations patronales à l’URSAFF au 1er janvier 2015 C’est fait… qui va financer la Protection sociale ? Le choix est clair, les assureurs se frottent les mains, le partage de la valeur ajoutée au profit des entreprises va encore s’améliorer… belle justice sociale ! Voir ici ou ici

une suppression des charges pour un employeur d’un employé payé au smic DONC baisse du salaire socialisé ! et pour quels résultats ? La hausse des dividendes, voir ici

un abaissement des cotisations familiales de 1,8 point au 1er janvier 2016 – 4,5 milliards d’euros d’allègements, qui seront compensées par « d’autres recettes » Chez les technocrates cela veut dire hausse de la CSG ou de la TVA…

une réduction du taux normal de l’impôt sur les sociétés à 28 % en 2020, en 1986 à 33% en 2007, pour quel résultat ?

une réduction de la C3S (contribution sociale de solidarité des entreprises), supprimée sous 3 ans SUPPRESSION d’une contribution de solidarité !!!! MERCI QUI ?

une suppression de la surtaxe sur l’impôt sur le résultat des sociétés instaurée par Sarkozy : le taux normal sera abaissé à 28 % en 2020, avec première étape intermédiaire en 2017 ?????? c’est une blague ?

une diminution des cotisations salariales pour les salariés au smic, ce qui représentera 500 euros par an de salaire net en plusAu delà de la malhonnêteté, SI ET SEULEMENT SI le patron le souhaite, c’est la même situation que pour la baisse de la TVA dans la restauration !

CONCLUSION :

Les socialistes s’attaquent au financement de la protection sociale pour la détruire. Nous vivons un ajustement structurel comme jamais, un transfert de la sphère non marchandes aux requins de la finance. LE PS NOUS A TUE !

Les retraites dans la tourmente (3/3)

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Et après ?

 La question des retraites est un marqueur idéologique puissant. Mère de toutes les batailles syndicales, la nouvelle réforme de retraite a montré à quel point le recul du gouvernement devant les exigences du capital raisonne comme une trahison de l’idéal républicain et social. Ce combat ne doit pas être considéré comme dépassé ou perdu, il forge une société. Mais pour cela, et dans une optique de démystification libérale, il convient de revenir sur le système de retraite et d’ne connaître les tenants et les aboutissants[i]. Aujourd’hui, les alternatives.

Cette troisième partie du volet retraite sera plus courte, il ne convient pas de ressortir de toute pièce un plan ou une solution. Les choix économiques sont des choix de société, ainsi, la question des retraites fonde notre modèle de société. Les choix doivent être collectifs et répondre à une question de justice sociale et d’équité. Il est nécessaire de remettre en avant le caractère redistributif et solidaire du système de retraite, ce qui passe par l’affirmation du système par répartition. Ce dernier est le seul capable de corriger les inégalités de revenus. C’est donc toute une réflexion sur la fiscalité qui est à revoir. Ici, nous pourrions mettre en avant l’idée d’une fiscalisation de la protection sociale. Ce qu’il faut écarter. La fiscalisation, par la tva par exemple, est à la fois injuste et illégitime. Injuste car les modalités de fiscalisation sont complexes et souvent peu progressifs. Illégitime car qui dit fiscalisation dit étatisation. Les recettes fiscales sont récupérées par l’administration fiscale, quand les cotisations sont recouvrées par un organisme paritaire. Ce dernier gère les caisses de retraites collectivement avec les représentants des cotisants. C’est le cœur de la démocratie sociale. Les recettes versées au budget de l’Etat risquent d’être détournées pour financer n’importe quelles dépenses, c’est le principe constitutionnel de non affectation de l’impôt. En effet, ce principe protège du non consentement à l’impôt, du refus de payer pour une dépense spécifiée. A l’heure actuelle, les recettes fiscales sont mises dans un pot (le budget) et dépensées. Mettre en place une fiscalité pour financer la protection sociale ne permet plus aux cotisants de gérer le système et laisse les pleins pouvoirs à l’Etat, au risque de détourner l’usage des cotisations et de noyer et maintenir la protection sociale dans les déficits pour pouvoir les privatiser. C’est tout l’enjeu du refus de la fiscalisation de la protection sociale.

Refuser la fiscalisation remet donc à l’ordre du jour le système par répartition, en cogestion, et donc favorise la progressivité des cotisations. Le maître mot est cotisation[ii]  (voir le post consacré à cette dimension). Un système basé sur les cotisations a l’avantage d’agir directement sur le partage de la valeur ajoutée et la répartition des richesses. On a vu dans le second volet le détournement de richesses vers le capital. Les cotisations agissent sur la répartition primaire. Toutes les baisses de cotisations ont favorisé la rémunération du capital, qui a alimenté les marchés financiers, la présentation de Louison fut éclairante[iii]. Ainsi, agir sur les cotisations permet d’augmenter le salaire indirect de tous les cotisants ! Par conséquent, il faut agir sur les charges du capital, à savoir la distribution de dividende qui a augmenté, elle est passée depuis les années 2010 à 9% de la valeur ajoutée [INSEE], soit 50 milliards d’euros annuels… qu’il faut soumettre à cotisation. Les réformes Fillon ont créé un vaste transfert de richesse avec l’exonération de 20 milliards d’euros par an. Pour quelle réussite macroéconomique ? Elle fut nulle, les investissements ne sont pas repartis, ni les hausses de salaires. Bref, il convient de revenir sur les exonérations qui n’ont qu’un avantage, celui d’alimenter les dividendes et la rémunération du capital. Ainsi, la première réforme passe par l’élargissement de l’assiette de cotisation à l’ensemble des revenus financiers.

C’est donc la place du travail qu’il convient de revoir, et le plein emploi. Pour cela, le partage du temps de travail est l’arme numéro 1 pour répartir la productivité et augmenter le nombre de cotisants donc d’individus solidaires. La baisse du temps de travail est une nécessité sociale, environnementale et économique, bref, elle redéfinit notre modèle de développement. Nécessité sociale pour permettre la restriction au maximum du travail contraint pour dégager du temps à la coopération, elle permet d’intégrer l’ensemble des membres du groupe à la société. Nécessité écologique, car elle permettrait de limiter les productions inutiles et elle lutterait contre les logiques d’accumulation mortifère. Nécessité économique pour financer notre protection sociale et réorienter la production vers la sphère non marchande. De plus, une autre réforme viendrait garantir le principe de droits sociaux et non de droits financiers individuels liés à l’épargne.

Une réforme de la protection sociale est à définir. Il convient de remettre en cause les régimes d’exception (artisans, professions libérales, agriculteur…) vers une caisse unique fondée sur une haute protection à l’ensemble de la société. Une caisse autogérée par les cotisants avec universalité de la protection sociale. Ainsi, la marchandisation de la protection sociale doit être stoppée, le caractère discriminant des assurances privées et mutuelles crée une injustice inacceptable. En effet, le système privé maintient une forme de rationnement et d’exclusion, la marchandisation de la protection sociale maintient donc un salariat pauvre qui ne peut que difficilement accéder à une protection sociale garantie et de qualité. Le système par capitalisation crée une dépendance au marché et à l’épargne. Le caractère individuel et non obligatoire ne permet pas que toute la population puisse épargner, surtout à l’heure du chômage de masse et de la stagnation des salaires. Il est donc indispensable à côté d’un système de retraite par répartition de redéfinir le système de santé et de pharmacologie vers la fin de la médecine et pharmacie libérale qui est coûteuse et parfois inefficiente, au regard des déserts médicaux.

Ces pistes ne sont pas les seules mais elles favorisent une réappropriation des richesses créées et agissent vers une plus grande solidarité entre les membres de la société. Elles doivent être réfléchies et débattues, la question des retraites est fondamentale et reviendra sur le devant de la scène, l’erreur actuelle d’une gestion comptable de la protection sociale traduit l’idéologie dogmatique des technocrates qui dirigent. Toutes les réformes s’accompagnent du « nous avons sauvé notre système sociale »…. En attendant la prochaine réforme régressive.

Les retraites dans la tourmente (2/3)

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Un problème de financement dites-vous ?

La question des retraites est un marqueur idéologique puissant. Mère de toutes les batailles syndicales, la nouvelle réforme de retraite a montré à quel point le recul du gouvernement devant les exigences du capital raisonne comme une trahison de l’idéal républicain et social. Ce combat ne doit pas être considéré comme dépassé ou perdu, il forge une société. Mais pour cela, et dans une optique de démystification libérale, il convient de revenir sur le système de retraite et d’ne connaître les tenants et les aboutissants[i]. Aujourd’hui, la question du financement.

1. Brèves de comptoir

Il est consternant d’entendre à longueur de journée de la part des journalistes et idéologues qu’il existerait un problème de financement du système de retraite. Ces positionnements n’ont aucun fondement empirique et théorique. Si problème de financement il y a, c’est avant tout la conséquence d’une baisse des cotisations sociales depuis près de 30 ans, sans pour autant qu’il y ait des résultats économiques, contrairement aux prophéties de la pensée dominante. Revenons sur quelques affirmations récurrentes… et fausses :

i. « Il n’y a plus d’argent dans les caisses, on a plus les moyens de payer pour le social, mon cher monsieur ».

Premier mensonge de la classe dirigeante, de gauche comme de droite. La protection sociale fut créée en 1944, au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans le but de lutter contre la pauvreté ouvrière. En 1950, le PIB de la France (base 2005) était de 262 000 millions d’euros (source INSEE). Il est en 2012 de … 1 808 820 millions d’euros ! Rien que ces chiffres bruts résument la bêtise de l’argument. Jamais le pays n’a été aussi riche, le refus de financer la SECU n’est qu’un choix politique et en aucun cas une nécessité économique. Le problème majeur concerne le nombre de cotisants qui ne cesse de diminuer à cause des politiques libérales qui institutionnalisent la rareté par le chômage et la précarité pour extraire le maximum de profit sur le salariat.

ii. « Il y a bien un déficit des caisses de retraites, donc il faut réformer ! Et puis on vit plus longtemps, donc il est normal de travailler plus… »

La mauvaise foi et le mensonge en plus… Le plus aberrant dans l’histoire et que les socialistes reprennent ces affirmations. En 2012, le COR (conseil d’orientation des retraites) dans son rapport, et on ne peut pas le taxer de gauchiste primaire, souligne que : « La dégradation beaucoup plus rapide que prévu des comptes des régimes de retraite [est] du fait de la chute des recettes liées à la crise ». Le sacro-saint rapport Moreau de 2013, qui fonde la réforme injuste et inéquitable des socialistes, note que : « la durée et l’ampleur de la crise depuis 2008 affectent fortement le système des retraites ». Ainsi les bons technocrates de notre pays concluent que la crise est à la base des difficultés de financement des caisses de retraites. Or, les réformes n’ont pour but que de précariser le travail et rendre plus difficile l’accès à un repos (du labeur) bien mérité. Le salariat est puni des excès du libéralisme et des conséquences de la crise, les libéraux ont trouvé le moyen de faire payer aux plus pauvres la crise, et de mener à bien le projet de marche vers une marchandisation de l’ensemble des sphères de la vie sociale. Car, le bon technocrate socialiste et libéral (c’est le même vous l’aurez remarqué depuis 2012…) rabâche à longueur de journée que comme nous vivons plus longtemps, il est normal de travailler plus. L’UMP pour 2017 espère imposer le départ légal à la retraite à plus de 65 ans. Mais de quoi parlons-nous ? Effectivement, nous vivons plus longtemps. Mais ce n’est pas la question, le point central est la durée de vie en bonne santé (source INSEE)… En Suède, pays à très haute protection sociale, elle est passée de 60 ans en 2004 à 70 ans en 2011 ; en Allemagne de 54,8 ans en 2005 à 58,7 ans en 2011, un modèle pour notre élite qui ne dépasse même pas les 60 ans d’espérance de vie en bonne santé ; au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie, le niveau a stagné ; et en France… il est passé de 64,3 ans en 2004 à 63,5 en 2010 ! Oui, l’espérance de vie en bonne santé en France a diminué, mais l’âge de départ à la retraite lui est passé à 62 ans et 67 ans pour une retraite sans décote. En Allemagne, l’âge de départ à la retraite est fixé à 65 ans, quand les salariés vivent en bonne santé jusqu’à 59 ans. De plus, dans ce beau modèle, la durée de cotisation est de 45 ans. En France, le départ moyen à la retraite est de 60 ans mais 41,4% des 55-64  ont un emploi pour liquidité leur pension. Il n’y a pas besoin de long discours pour comprendre la bêtise d’une hausse du temps de travail sur toute la vie.

iii. « Mais, il y a un problème de compétitivité ! On peut pas se permettre d’augmenter les charges sociales »

L’argument coup de poing… qui fait pshiiit[ii]. Ce premier graphique, ci-dessous, apporte un élément de réponse, la productivité du travail n’a cessé d’augmenter quand les salaires ont peu évolué à la hausse, ce qui permet un transfert de valeur ajoutée du travail vers le capital. La compétitivité c’est la productivité, on s’aperçoit que de ce côté-ci, pas vraiment de problème, puisque les gains de productivité ne sont pas reversés au travail. De plus la France fait partie des pays à la plus forte productivité horaire du monde, devant les USA ou l’Angleterre

! « La productivité française, parmi les meilleures au monde La France est un pays où l’on travaille environ 1 585 heures par personne et par an (moyenne mondiale de 1 902 heures). Ceci n’affecte en rien, bien au contraire, sa compétitivité. Celle-ci demeure remarquable grâce à la productivité de sa population, l’une des meilleures au monde depuis plusieurs années. Les statistiques des différents instituts comme l’OCDE ou Eurostat offrent la vision globale d’une productivité française en excellente santé. Leurs indices prévisionnels viennent confirmer sa position de leader sur la scène économique internationale. » [Source, information du gouvernement français aux investisseurs étrangers – ministère des affaires étrangères]

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Le second graphique, ci-dessous, confirme le premier, mais le plus important reste les deux derniers. On observe en France et en Allemagne une hausse du taux de marge en noir (profit) quand les taux d’investissement (en blanc) diminuent… Ainsi, les marges des entreprises ont été favorisées, mais ces dernières n’ont pas été réinvesties ! Toute la rhétorique socialiste tombe à l’eau. Jamais le retour des marges ne fait l’investissement et à terme l’emploi, les marges ne rémunèrent à l’heure actuelle que le capital et non l’investissement productif. Le capitalisme financiarisé est à l’œuvre. Donc, où se trouve le problème de compétitivité ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

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2. Quelles conclusions ?

Si charges il y a, elles ne sont sûrement pas sociales, elles sont du capital. Le transfert depuis 30 ans de la valeur ajoutée du travail vers le capital n’a qu’alimenté les marchés financiers et enrichi le rentier mais n’a en aucun cas eu d’impact macroéconomique favorable. Les réformes qui veulent allonger la durée de travail n’ont pas la volonté de financer le système de retraite, mais elles s’inscrivent dans le plus grand hold-up de l’histoire. Il convient de toute urgence de s’attaquer à cet état de fait, en taxant les transactions financières, en augmentant les cotisations sociales, car c’est possible ! Toutes les baisses de cotisations sociales ont permis la baisse de la rémunération totale du travail en s’attaquant au salaire indirect et socialisé. Il convient de trouver des alternatives concrètes, nous verrons cela dans le prochain volet…