offre et demande ; économie politique ; décolonisons l’imaginaire

A bas les chômeurs…

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Les mois se suivent et se ressemblent, la politique des socialistes ne change pas, le cap est donné : c’est le choix de l’austérité, du chômage et de la pauvreté. Les arguments des socialistes ne tiennent pas une seconde, il faudrait détruire l’ensemble de notre modèle social, geler les prestations, baisser les salaires, baisser les dépenses publiques pour répondre au Diktat de la Troïka, du FMI mais surtout des marchés financiers. Personne n’est dupe, la politique des socialistes n’est pas tournée vers les français et les citoyens mais vers les rentiers. La France grâce à Hollande a perdu toute souveraineté politique et économique en acceptant de se coucher devant le regard inquisiteur de la finance et de la commission européenne. C’est tout l’enjeu, le dernier bastion d’une protection sociale ambitieuse doit mettre genou à terre. Il faut un exemple à l »ensemble de l’Europe, la protection sociale est morte pour vous tous… Toute la politique des socialistes est de faire accepter cela, l’UMP n’a pas réussi, le PS est en passe si nous nous opposons pas.

Que les socialistes ne soient plus à gauche, nous le savons depuis 1983, mais à ce stade ? Tout le logiciel idéologique du néolibéralisme est accepté, jusqu’à ce qui faisait encore la différence : la compréhension des origines du chômage. Les socialistes ont intégré que le chômage est la faute…  essentiellement des chômeurs et des travailleurs. Alors que  depuis Keynes et Marx, nous savons très bien que les entreprises et les chômeurs n’ont aucun pouvoir sur l’emploi, le point essentiel est la valorisation sociale de la production et donc les besoins globaux, l’ajustement est réalisé par les quantités et non les prix. Vous pouvez diminuer les salaires à 1 euros de l’heure mais si il n’y a personne pour acheter votre production… L’emploi et le production dépendent des grandes variables macroéconomiques qui impulsent les choix. Il semblait que la crise des années 30 avait permis à l’économie et à la société de comprendre certaines logiques, ce n’est pas le cas. Nous avons à plusieurs reprises ici, ici, ici ou , montré la bêtise du pacte de responsabilité et de la politique de l’offre. Mais concernant le chômage, quel est ce positionnement idéologique accepté par les socialistes ?

1. Le chômeur est chômeur… car il le veut bien

Toute la pensée néolibérale part de ce principe : il ne peut y avoir que du chômage volontaire. Dans le meilleur des mondes, le marché du travail est libre, la concurrence non faussée, les salaires doivent s’ajuster automatiquement de telle sorte qu’à un niveau de salaire réel d’équilibre, la demande de travail trouve l’offre et le plein emploi est assuré. On raisonne en termes de salaire réel, c’est-à-dire inflation défalquée, ce n’est pas le salaire inscrit sur votre feuille de paie, mais le salaire réellement consommable et utilisable. Et oui, vous avez, nous avons tous la capacité à connaître précisément le niveau de notre salaire réel pour prendre nos décisions… Donc à ce niveau de salaire réel d’équilibre, s’il y a du chômage, c’est simplement le fait qu’une partie des chômeurs refuse de travailler, car le salaire serait trop bas. Ainsi, il faut les inciter à travailler et donc supprimer les prestations sociales, les allocations chômage, et tout ce qui n’incitent pas au travail. De plus, il ne faut surtout pas d’intervention extérieure qui vienne impacter le salaire réel comme les cotisations sociales car le salaire d’équilibre en serait affecté, c’est à dire que le salaire augmente sans aucune raison économiquement valable et donc la demande de travail (des employeurs) diminue quand l’offre de travail (des travailleurs) augmente. Ainsi, il n’y a plus d’équilibre possible car l’ajustement ne peut se réaliser. Les employeurs limitent leur offre de travail, il y du chômage. L’UMP ne cesse d’expliquer qu’il faut «  une plus grande dégressivité de l’indemnisation chômage des demandeurs d’emploi ». Bien sûr et c’est bien connu, il y a donc environ 3 millions de chômeurs et 3 millions d’offre d’emplois… les chômeurs sont bien des fainéants ! Un petit tour sur le site de pole emploi et on a vite compris la bêtise… il n’y a que 190 000 offres

Par la suite, au salaire réel d’équilibre (w/p)  un niveau de production est possible… voilà pourquoi tout le débat porte sur l’offre  et le coût du travail, tout part de ce présupposé faux : le coeur central de l’analyse est le marché du travail : voir graphique ci-dessous, le premier concerne le marché du travail, le second la production globale. Le niveau de salaire réel permet un niveau de production d’équilibre. La Baisse du salaire (W/P) permet une hausse de la production (Y). Ici, pas de problème de débouchés, car l’offre crée sa propre demande, ce niveau de production optimale est entièrement acheté et consommé. On se demande bien pourquoi il faille défendre le commerce international s’il n’y pas de problème de débouchés… à quoi bon vendre à l’étranger si la production est écoulée dans le territoire national, peut-être parce qu’il y a un problème de surproduction ?

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Toute la politique des socialistes part de ce postulat : le coût du travail est trop élevé. Ce postulat est exactement le postulat néolibéral.

 

2. Mais ça ne marche pas comme cela !

S’il y a du chômage, ce n’est bien sûr pas la faute des chômeurs. Regardons vite-fait le nombre d’emplois proposé par Pole emploi : il est à ce jour de 191 161 offres et il y a 3 349 300 demandeurs d’emploi en catégorie A. Le différentiel est énorme ! Les tenants du néolibéralisme vous expliquent que ce niveau est le reflet d’un salaire trop élevé, en le diminuant, les entreprises pourront créer plus d’emplois et nous aurions progressivement le plein emploi. Mais alors, admettons que le SMIC diminue, ce qui va être le cas très prochainement avec la suppression des cotisations sociales, alors les entreprises comme par enchantement vont pouvoir par un coup de baguette magique créer 1 million d’emplois [d’après Gattaz, mais il n’en est plus très sûr le bougre] ! Ce qui veut dire, qu’il restera 2 millions de personnes au chômage, mais nous dira Gattaz, c’est qu’ils le veulent bien.

Pas besoin d’être économiste pour comprendre l’absurdité. En ce moment, nous expliquent le MEDEF et leurs alliés socialistes, les entreprises auraient un besoin potentiel d’1 million d’emplois, impossible à pourvoir car les salaires sont trop élevés, cela veut dire qu’il existe donc une production potentielle énorme en attente. Mais s’il y a production en attente, il y a donc demande en attente non ? Logique. Et bien non, il n’y a pas de demande en attente (voir graphique suivant), les entreprises n’ont aucune vocation sociale, si elles produisent, c’est pour gagner de l’argent et donc vendre. A l’heure actuelle, d’après l’INSEE et l’institut patronal Rexecode, le coût moyen d’une heure de travail en France est de 34 euros et la productivité française de 45,6 euros par heure. Donc, si les entreprises ne produisent pas et n’emploient pas, c’est tout simplement parce qu’il n’existe pas de demande SOLVABLE puisque les entreprises françaises sont profitables. Baisser les salaires, c’est baisser le pouvoir d’achat et donc le risque de la déflation nous guette. Mais les socialistes n’ont rien compris, et ne veulent pas comprendre, ils sont dans une logique de politique de classe sociale tournée vers le rentier et non vers la salariat.

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Les mythes fondateurs de l’Europe… et du TAFTA

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A quelques semaines des élections européennes, les médias semblent s’intéresser subitement au traité commercial transatlantique (TAFTA) et c’est une bonne chose ! Même le Monde qui ne peut pas être taxé de gauchisme primaire s’est lancé dans une analyse du traité. Sud Ouest, oui vous avez bien entendu, Sud Ouest, a sorti un court article consacré au sujet qui recense l’ensemble des sites et articles qui dénoncent le traité, ATTAC est même citée. Le mouvement social qui a pris à bras le corps cette question trouve enfin un relai médiatique. Or, un risque majeur apparaît, et c’est le revers de la médaille, les médias vont certainement recentrer le débat sur le FN. Ce danger nous guette et nous devons apporter des arguments forts et clivant. Pour cela, il convient d’apporter des éléments de compréhension et d’analyse et de voir quels sont les fondements et présupposés (théoriques) du TAFTA, qui sont exactement les mêmes que ceux de la création du marché unique européen préalable à l’Union européenne.  Tout cela forme une belle mythologie dramatique fondée sur des présupposées, des idées fausses et des croyances.

1. Des fondements théoriques…

Le TAFTA et l’Europe économique sont basés sur quatre postulats :

(i) Le marché : il est une institution de progrès social et de bien être. Pour cela, un seul préalable, le marché doit être libre de fonctionner sans intervention extérieure par définition néfaste. On entend ici une intervention politique. Les prix doivent se fixer sans contraintes permettant un équilibre entre l’offre et la demande et donc débouchant par ajustement automatique sur une production optimale et l’usage de tous les facteurs de production à ce prix d’équilibre. De plus, le marché est naturel et à la base de toutes les sociétés.

(ii) Les marchés doivent tous être libérés de contraintes extérieures, ce qui permet l’équilibre général de l’économie, le plein emploi. Tout équilibre général est un optimum, tout optimum est un équilibre général.

(iii) Le commerce tient une place prépondérante, les hommes ont toujours eu tendance à l’échange, mais l’échange marchand est valorisé. Depuis les Lumières et Montesquieu, « le doux commerce » pacifie et enrichit les hommes. En opposition aux Mercantilistes et autres colbertistes, le commerce est érigé en sacro-saint graal. Pour cela, il ne manque qu’une théorisation pour faire scientifique. La question centrale de la spécialisation des économies se posent : Smith et les avantages absolus, je me spécialise où je suis absolument le meilleur, Ricardo et l’avantage relatif car chez Smith certains pays étaient potentiellement exclus de l’échange, ici la spécialisation est réalisée dans les domaines où vous êtes le moins mauvais, et HOS, théorie centrale et dominante, un pays se spécialise dans les domaines où il détient un avantage en termes de dotations factorielles, s’il y a plein de chinois et donc plein de travail, la Chine se spécialise dans les productions qui nécessitent plein de travail… Ici aussi, le marché est central, il devient international donc les points (i) et (ii) s’appliquent à l’humanité.

(iv) La concurrence fait baisser les prix… et elle est bénéfique.  Donc, l’offre est l’enjeu majeur.

2. Mais nous sommes dans la mythologie

Donc nous aurions quatre préalables théoriques fondamentaux, qui ne seraient en aucun cas discutable. Toutes les croyances mythologiques sont basées là-dessus, on n’est pas sûr qu’Ulysse ait existé mais on y croit quand même. Enfin, du moins sous l’Antiquité. Serions-nous aussi à l’orée d’une antiquité économique ? A coup sûr, nous sommes dans le mythe :

(i)  Le grand apport, ou un des grands apports, de Keynes et de toute l’économie hétérodoxe est fondé sur la déconstruction de l’autorégulation des marchés. La crise de 1929 a apporté les premiers éléments factuels, l’instabilité chronique des marchés financiers aussi. Dans la pensée libérale, l’homme est résumé aux comportements mécaniques et calculateurs recherchant son propre intérêt égoïste. Or, Keynes a montré le rôle des émotions, du mimétisme, de la confiance, des comportements animaux (donc non rationnels)… Ainsi, dire mener une politique de l’offre est une aberration intellectuelle (ici  ou ici) !

(ii) le mythe du marché comme autorité naturelle et institution de bien être fut aussi battu en brèche par l’anthropologie et la socio-économie. Les apports de Polanyi en la matière sont fondamentaux. Le marché est une construction sociale et humaine, il a besoin de règles et de normes, et historiquement il n’est qu’une parenthèse, certes pas refermée, et surtout non universelle. Il faut lire et relire Braudel, Polanyi donc, mais aussi Laurence Fontaine, Graeber, René Passet, et j’en oublie… Sans règles et normes le marché, et l’étape ultime la société de marché, est une institution potentiellement dangereuse qui déstructure les relations sociales qui deviennent impersonnelles. Sur ce blog nous avons beaucoup traité de ces questions dont ici

(iii) le mythe du commerce international facteur de croissance, de bien être et tutti quanti… un auteur a démontré qui c’était plus complexe que cela : Bairoch. Dans son ouvrage mythes et paradoxes  de l’histoire économique, Bairoch montre que si le libre échange est vanté par tous, il n’est pas présent dans l’histoire et les pays protectionnistes (dont la Suisse) ont eu des résultats économiques majeurs. Une brillante thèse est en cours à Bordeaux sur ces thématiques. Bairoch estime que le XIXe siècle est « un océan de protectionnisme cernant quelques ilots libéraux ».

(iv) sur la concurrence, voir ici sur ce blog.

3. L’Europe est économique avant d’être politique : déconstruction de l’idéal libéral

 L’idée même d’Europe unie à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale est une idée audacieuse et brillante, deux guerres monstrueuses, la concurrence et la non coopération entre les peuples, la haine nationaliste, il convenait de créer un espace de paix, et potentiellement lutter contre l’URSS. Mais, il n’était pas possible quelques années après la capitulation de l’Allemagne Nazi de créer une vaste entité politique, communautaire et intégrée. Ainsi, pas d’union politique véritable mais une union économique pour reconstruire l’Europe. Une coopération économique qui devait à terme déboucher sur une communauté et intégration politique. L’Europe s’est faite sur des considérations économiques et la création d’un vaste marché…

On comprend rapidement qu’elles ont été les préalables théoriques à l’intégration économique. N’ayant pas d’autorité politique (Etat ou autre forme d’organisation), la coopération économique et le grand marché doivent être fondés sur des préalables et donc des règles uniques. L’Allemagne, n’ayant pas tourné la page de l’hyper inflation et du chômage de masse qui ont été les causes de la montée du nazisme, a imposé des règles strictes de savoir vivre ensemble, et surtout de savoir commercer et échanger. Le marché n’étant pas l’institution naturelle, il doit être encadré par des normes, surtout si plusieurs Etats très différents participent à la communauté économique. Ainsi, sans autorités politiques et souveraines, des règles technocratiques fondent l’organisation économique de l’Europe. Un marché unique et international a besoin de règles, ce qui tord le coup à tous les présupposés libéraux qui estiment cette institution comme la forme naturelle de toutes les sociétés. L’Europe actuelle est fondée sur la création d’un marché unique et donc sur l’ensemble des fondements théoriques présentés précédemment : marché source de croissance, progrès et bien être, le commerce comme pacificateur des mœurs et des relations humaines, et la concurrence libre et non faussée (cf : vous voyez où je veux en venir… le fameux article du TCE de 2005) source de prospérité. L’imposition du marché unique nécessitait donc des règles… et sans Etat elle est dans l’incapacité de mener une politique économique commune et l’organisation de structure de services publiques, l’Europe est donc fondamentalement une entité d’économie libérale. Il ne peut en aller autrement. Il n’existe aucune expression sociale ou sociétale du vivre ensemble sans autorité politique souveraine et représentative. Ainsi, l’Europe n’est qu’économique, elle est structurée par des lois économiques, qui sous couvert d’une croyance mythologique en sa légitimité, organisent la vie européenne. La commission européenne technocratique est garante des traités fondés sur une organisation qui est structurée par des règles et un ordre juridique pour que les relations économiques ne soient pas faussées par des considérations politiques et sociales. Ces règles de savoir-vivre et échanger doivent garantir une harmonisation européenne, certes fondée sur des mythes qui pèsent sur l’échec actuel de l’Union Européenne.

Pas d’Etat ou d’autorité politique mais un marché unique, le rêve de tous les libéraux du monde entier. Mais, il fallait pour améliorer le fonctionnement et l’intégration économique que ce marché unique trouve… une monnaie unique pour éviter toutes politiques non coopératives de dévaluation et pour éviter les concurrences monétaires. L’Europe a donc imposé une monnaie unique organisée comme le reste du marché unique par des règles strictes et normes libérales : une BCE qui n’a qu’un rôle de stabilité monétaire. La monnaie unique est considérée par ses promoteurs comme un voile, essentiellement un  intermédiaire des échanges, soit l’expression moderne de la fable du troc… Ces positions considèrent que la monnaie est une marchandise comme les autres et qu’elle n’a pas besoin de régulation politique et sociale. Or, Aglietta, Orléan, Keynes, Mauss, et d’autres comme Servet, Zelizer ou Blanc ont montré le caractère profondément social de la monnaie et son rôle actif. Elle ne saurait être une simple expression économique. La monnaie fonde les sociétés et les régulent. Choisir une organisation essentiellement économique de la monnaie est une erreur, elle doit faire société et participer conjointement à la réalisation d’un espace public au même titre qu’une autorité politique. La monnaie unique sans politique unique est inconcevable et intenable. Le débat sur l’euro est légitime mais complexe quant à savoir s’il faut en sortir ou non. Ici, nous ne prendrons pas parti.

4. Et le TAFTA : une mythologie moderne

Le TAFTA est basé sur l’idée que le commerce international permet de faire jouer la concurrence entre les économies par le libre échange et grâce aux marchés autorégulateurs et intégrés, les prix peuvent diminuer et donc la croissance et l’emploi seront au rendez-vous…

Or, nous avons bien vu précédemment que ce postulat était fondé sur des mythes. De plus, le commerce des pays européens est à plus de 70% intra Europe, quel est donc l’intérêt de libéraliser les échanges entre l’Europe et les Etats-Unis ? L’enjeu majeur et premier est l’accaparement par le secteur privé de pans entiers de secteurs protégés pour le bien être des populations et d’imposer des normes privées.  Partout où les autorités politiques ont créé des protections contre les dérives de l’accumulation, le traité de libre échange viendra détruire ces protections sous couvert d’efficacité économique. Comme pour l’Union Européenne, n’existant pas d’autorités politiques internationales, des règles uniques fondées sur les présupposés libéraux doivent s’imposer. Il n’est pas étonnant qu’un tribunal privé arbitral prenne toute sa place dans l’architecture imposée. Le politique étant néfaste et rendant instable les normes économiques naturelles, il est nécessaire de laisser aux mains d’un organe privé la gestion des différends commerciaux. Ce traité, comme beaucoup d’autre, renverse clairement ce qui fonde le politique, l’intérêt privé devient supérieur à l’intérêt commun et collectif. Ce traité est fondé sur un parti pris idéologique qui marque une nouvelle phase du désencastrement de l’économie du social et de la société, l’économie devenant une sphère dominante, or, n’oublions pas que ce processus n’a jamais apporté autre chose que la déstructuration des sociétés et la montée des fascismes qui font leur nid du terrible « il n’y a pas d’alternative » qui rend les partis politiques de gouvernement interchangeables et soumis aux intérêts des groupes privés dominants. La France des années 30 était structurée par des syndicats et une conscience politique républicaine et sociale née des années de lutte des classes, la France des années 2010 se décompose sous la précarisation, la pauvreté, la résignation, l’inconsistance coupable et complice des socialistes avec les intérêts du capital, et les inégalités. Espérons que l’idéal républicain et social demeure dans l’inconscient collectif, ou les lendemains ne risqueront pas de changer mais plutôt de se brunir…

Lettre ouverte à Mme Concurrence…

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Chère Mme concurrence,

Il paraît que vous faîtes baisser les prix… Il paraît, oui, car à y regarder de plus près, on peut se poser des questions. Comme le dit si bien Léon Lederman, prix nobel de physique en 1988, « on peut observer beaucoup, simplement en regardant…« , et bien moi je vais regarder un peu ce qui se passe autour de nous.

Et, je me demande si on n’est pas en plein mythe, et un mythe qui a quand même la vie dur, aidé par l’idée simpliste que plus on est d’offreur, plus les prix baissent pour qu’il existe un équilibre sur le marché entre offre et demande. Déjà, on part d’un postulat d’équilibre des marchés, je pourrais m’arrêter là tout de suite.

Mais, si j’observe tout bêtement les faits, je m’aperçois que nous avions (et avons) le prix de l’électricité le plus faible du monde ou des prix des transports en commun plus que compétitifs. Certains économistes orthodoxes ou idéologues vous diront que c’est normal, ces secteurs sont particuliers et représentent ce qu’on pourrait appeler des monopoles naturels à cause des problèmes de coûts liés au réseau. D’autres vous diront que ce niveau de prix est faible à cause des subventions et que l’on ne paie pas le vrai coût. Soit… mais si c’est un choix validé socialement et accepté par la nation, alors rien de plus normal. Donc, jusqu’à preuve du contraire, ces secteurs sont nationalisés ou publics par choix de société ou par la force de l’histoire, alors pourquoi les privatiser si nous n’avons pas à nous plaindre de coûts excessifs ? Surtout que l’histoire économique montre que la nationalisation des chemins de fer est liée à l’impossibilité structurelle du secteur privé d’organiser et gérer les infrastructures ferroviaires, on voit ce qui se passe en Angleterre. Et on remarquera que depuis que des processus de privatisation sont en cours les prix augmentent…

 1. Si le patron existe, c’est pour faire des profits…

Pourquoi privatiser ces secteurs si on sait pertinemment que l’avantage pour le consommateur est nul ? Tout simplement parce que la concurrence ne réduit pas les prix, mais permet de marchandiser des secteurs et donc potentiellement une source de profits pour ceux qui savent y faire. C’est là que le bas blesse… Non la concurrence ne baisse pas les prix, au contraire des progrès techniques et organisationnels. Moi, je regarde le prix de mes chaussures, je m’aperçois qu’il augmente depuis 1972, la veille de la crise économique et du phénomène de délocalisation et de celui de la diversification des produits et donc l’entrée de nouveaux concurrents [cf graphique suivant]… idem pour les vêtements. La concurrence internationale, des territoires dans ce cas, qui a agit monstrueusement sur les conditions de travail n’a permis que de maintenir des marges et des profits pour les entreprises, sans jamais de retour sur les prix. C’est ça le capitalisme, la recherche du profit et de l’extraction de la plus-value. Un entrepreneur ne se lance pas dans les affaires pour le plaisir des consommateurs ! Mais pour le profit… l’entrepreneur n’a aucune vocation sociale, il est là pour gagner de l’argent. S’il vient sur un secteur, il ne vient pas pour baisser les prix, il vient pour vendre. S’il n’a aucune nouvelle technique de production, s’il n’a pas investi, s’il n’a pas modifié ou amélioré le produit, il ne se lance pas. Donc, s’il est dans l’incapacité de gagner de l’argent en prenant des parts de marché, il n’entre pas en jeu. Ainsi, tout se passe en amont…

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Les deux images suivantes montrent la décomposition du prix des chaussures et des pantalons (source collectif éthique sur l’étiquette) , le résultat est éloquent. Loin d’avoir fait baisser les prix, la concurrence des régions à faible coût du travail a permis de maintenir des marges et des profits à une industrie qui ne réalisait pas les marges attendues par les détenteurs du capital. Lorsque que certains achètent un jean (souvent de mauvaise qualité pour le prix) à 100 euros et fabriqué en Chine ou ailleurs, rien ne dit que ce prix là aurait été fort différent s’il avait été produit en Europe. Par contre le profit aurait sûrement était moindre. Si la concurrence des producteurs ne fait pas baisser les prix, il fait baisser les salaires et conditions de travail sans rien pour le consommateur dans les produits de même gamme.

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Les détenteurs du capital attendent des rentabilités à deux chiffres, la logique financière dépasse la logique industrielle et sociale. La conclusion politique n’est pas un retour au protectionnisme ou au patriotisme économique, mais plutôt à l’impact sociale de la mondialisation et de la division internationale du travail. Il conviendrait probablement dans une logique de protection de l’environnement de réfléchir à une relocalisation des productions, mais cela passe par un compromis politique et sociale entre les pays du nord et les pays du sud, par une coopération économique et non une concurrence, à un droit international du travail. Mais que le consommateur du nord ne s’inquiète pas, les prix des biens vendus n’en seront pas impactés au contraire des profits (on a vu que ces derniers en France servaient peu à l’investissement, mais surtout à la rémunération du vent…).

 2. L’illustration par la télécommunication…

Si dans certaines activités les prix ont tendance à baisser pour le consommateur, cela est du à plusieurs phénomènes non liés à la concurrence sur les marchés, mais plutôt à l’innovation, au progrès de la division du travail, les économies d’échelle et de la productivité.

L’exemple de la téléphonie est parfait, le consommateur lambda pense que le grand nombre d’opérateurs a permis de faire baisser les prix, regardons de plus près… le graphique suivant souligne l’évolution des prix. Le prix des fixes est stable, malgré l’entrée de nouveaux opérateurs, le prix des mobiles a vu une forte baisse à partir de 1998, normal nous étions au début de l’ère du portable, les progrès immenses dans les techniques de production et la couverture du réseau et l’entrée de nouveau clients a sorti la téléphonie d’un secteur de niche à la consommation de masse favorisant des économies d’échelle. Les baisses suivantes sont liées à l’apparition et généralisation de nouvelles techniques.

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Un autre graphique plus intéressant celui là montre l’évolution des revenus des opérateurs en fonction de leurs investissements, après de gros investissement pour inonder le marché, mieux produire, et surtout le structurer, les opérateurs ont créé une immense rente. Les différences de prix entre forfait sont minimes. L’arrivée de Free a permis, sur les forfaits les plus simples et les moins coûteux de baisser les prix (forfaits voix et sms), mais cela est lié à l’organisation de Free qui n’a pas de boutique, qui n’a pas de réseaux et doit le louer… les investissements ont été minimes. L’arrivée d’opérateurs virtuels est fondée sur des structures et réseaux, dans la plupart des cas ces opérateurs sont issus des opérateurs existants (sosh avec orange, bandyou de Bouygues…) et donc qui bénéficient des rentes initiales.

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 En comparaison internationale, les Allemands ont 4 opérateurs, comme la France et des prix supérieurs, les Etats-Unis, 11 opérateurs, les prix plus élevés, idem pour l’Espagne.

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3. La concurrence est-elle à l’origine des innovations ?

Question fondamentale ! Regardons les dépenses de R&D… 55% sont issus du secteur privé, 45% du secteur public. Avec une forte évolution à la baisse pour certains secteurs concurrentiels ! L’industrie automobile n’a pas une évolution forte des dépenses de R&D.

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Principalement, les dépenses de recherche fondamentale sont issues des universités et des secteurs potentiellement non marchands car non soumis à des impératifs financiers. Les Pasteur, Edison,  Watts, and co. n’ont pas agi et travaillé sous concurrence mais pour la science. Internet est un projet militaire à l’origine…

Au contraire des secteurs marchands qui investissent peu mais qui distribuent beaucoup de dividendes, on l’a vu à plusieurs reprises ici, ou.

La baisse des prix et des coûts est liée avant tout à l’amélioration des techniques (issue de la R&D, et des investissements) qui souvent est délaissée. Les entreprises profitent des innovations pour améliorer leur production. Mais la situation actuelle montre un propension à absorber le surplus. La formation des salariés est fondamentale et ici, la place de l’enseignement est primordiale.

La concurrence est peut-être en émulateur qui pousse vers l’excellence mais les observations faites nous permettent de douter de tout cela… nous sommes dans un mythe fondateur de l’économie libérale qui tente de faire accepter l’idée que les marchés sont autorégulateurs si les prix sont flexibles et donc si la concurrence agit. La constitution d’un prix est plus complexe qu’il n’y paraît, l’investissement, la productivité, la recherche, la formation des salariés, les infrastructures, le coût des matières premières, etc… sont à prendre en compte. Un patron n’a qu’un objectif, extraire la plus-value, il investit si et seulement si il existe des marges potentielles et si il possède un avantage qui souvent n’est pas issu d’une lutte concurrentielle. Si c’était le cas, les prix des voitures seraient bien plus faibles, des assurances aussi avec le nombre d’opérateurs sur le marché, etc… la concurrence ne fait pas baisser les prix, mais sûrement qu’elle permet pour certain de voir leurs profits augmenter !

 

 

Pacte de régression et victoire du patronat

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Le document de relevé de conclusions des réunions paritaires qui entérine le pacte de responsabilité va être signé par les partenaires sociaux MEDEF, CFDT et autres organisations minoritaires. Ce document marque la victoire du patronat est la faillite intellectuelle de la gauche gestionnaire qui a renoncé à toute transformation sociale et accepte les plus grandes régressions possibles…

Il convient de décrypter ce document et d’en voir les aberrations. Sur la philosophie du truc (on ne peut que l’appeler comme ça) je renvoie à un article de ce blog ici, qui remet en cause l’idée de la politique de l’offre. On peut aussi renvoyer à une analyse des atterrés et de Filoche.

Le document page 1 commence fort :

la compétitivité des entreprises françaises est à la baisse depuis plusieurs années, ce que révèlent leurs taux de marge actuels qui sont à la fois les plus faibles d’Europe et les plus bas depuis 1985. Ce déficit de compétitivité grève les capacités d’investissement des entreprises, ce qui pénalise à leur tour la croissance et la création d’emplois. Sans rétablissement de la compétitivité des entreprises, il ne peut y avoir de baisse durable du
chômage.

Sur ce premier point, effectivement, le taux de marge en France a diminué, le graphique ci-dessous le montre bien, une perte de 4 points entre 2008 et 2013 pour les sociétés non financières dans leur ensemble (fortement liée à la crise…), la baisse est ancienne en ce qui concerne essentiellement l’industrie. Deux éléments de la citation sont à discuter : l’origine de la baisse du taux de marge et la question des capacités d’investissement.

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En comptabilité nationale, la valeur ajoutée est la différence entre la production (évaluée au prix de base, soit le produit des ventes, c’est-à-dire prix facturé moins taxe sur les produits plus subventions) et le montant des consommations intermédiaires (VA=P-CI). Ensuite il est possible de calculer l’excédent brut d’exploitation (EBE) qui est la différence entre la valeur ajoutée et la rémunération du travail et l’impôt (EBE=VA-salaire-impôts sur la production), le taux de marge est donc la part de l’EBE dans la valeur ajouté. Pourquoi ce retour au source de la comptabilité nationale ? Juste pour comprendre les déterminants du taux de marge. Ce dernier qui correspond peu ou prou au profit, et qui soit distribué, soit réinvesti.

Ainsi, le taux de marge va dépendre grosso modo : du prix de base (importance des prix relatifs), des salaires (la productivité entre en jeu) et des impôts.

1. La question du prix de la valeur ajoutée :

Cet élément est important comme l’explique Husson, « les entreprises d’un secteur paient des salaires indexés sur le prix à la consommation mais leur revenu dépend de leur prix de vente qui n’évolue pas forcément comme la moyenne des prix. En l’occurrence le prix de la valeur ajoutée baisse dans l’industrie […] On constate alors que la baisse du taux de marge dans l’industrie renvoie à une évolution défavorable des prix relatifs« . Depuis les années 1990 et dans l’industrie, les prix relatif diminue mais cela a peu d’incidence sur les marges des entreprises industrielles car le taux de change euro(ecu)/dollars est favorable permettant de jouer sur les quantités vendues à l’étrangers. A partir de 2000, une inversion de change fait que les prix des exportations françaises se ré-enchérissent mécaniquement. Comme la France est dépendante de la compétitivité-prix, elle décroche, contrairement à l’Allemagne qui bénéficie d’une compétitivité hors-prix importante et surtout de l’absence de régulation par le change. En effet, le système de change fixe imposé par la monnaie unique permet à l’Allemagne de bénéficier de son avantage compétitif, obtenu par une politique non coopérative et un dumping social, sans pour autant que sa monnaie s’apprécie, ce qui est un biais qui nécessiterait un ajustement intra-européen. Un pays qui a un excédent de sa balance des paiements voit sa monnaie s’apprécier automatiquement, comme plus de 3/4 du commerce allemand est intra-européen on  comprend l’avantage absolu de l’industrie allemande. De plus, ici on observe aussi les mauvais choix de stratégie industrielle du patronat. Le graphique suivant montre l’impact des prix relatifs dans la baisse des marges dans l’industrie :

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Sans cet effet prix à l’avantage des pays « faiseurs de prix » comme l’Allemagne, Husson montre une évolution différente. On observe que le salaire n’est pas la cause, mais bien le problème de change et de prix relatif. L’insertion de la France dans la compétition internationale n’est pas bonne, les choix stratégiques des industriels en sont la cause. L’industrie française subit les évolutions de prix internationaux et n’est pas suffisamment performante dans la compétitivité hors-coût qui est fondamentale !

En ce qui concerne les salaires, ils évoluent dans une moindre mesure que la productivité, ainsi, le salaire augmente moins vite que la valeur de la production réalisée par la salarié. Par exemple, si un travailleur produit 5 euros de plus par heure mais que son salaire augmente de 2 euros/heure, il n’y a pas de problème pour l’entreprise. En situation de crise, comme les salaires sont rigides à la baisse, il peut y avoir des difficultés, comme nous l’avons observé entre 2008 et 2010, quand la productivité s’ajuste à la baisse. Cette situation reste (parfois) temporaire, mais fut salvateur pour les travailleurs français car ils n’ont pas subi ce choc en plus, ce qui permet de maintenir un niveau de consommation qui joue sur les débouchés. Imaginez une baisse des salaires dans cette période de 4 points ? En 2012, le coût horaire du travail en France est environ de 35 euros, la productivité horaire est de 45,4 euros [Eurostat] :

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2. La question de l’investissement

Et oui, dans le passage du document, et dans les médias, on nous explique que les marges sont trop faibles pour que les entreprises investissent et donc créent de l’emploi… là aussi décolonisons l’imaginaire, d’abord, je vous conseille le contre rapport ATTAC/fondation Copernic, ensuite en repartant des travaux de Husson, voilà ce qu’on peut dire à partir des deux graphiques suivants :

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Le premier graphique montre l’évolution des dividendes nets versés en pourcentage de l’EBE, on observe une hausse constante et forte, plus de 30% en 2012 ! Soit 30% du profit qui ne sera pas investi ! En 2013, les observateurs avertis ont noté une forte baisse des bénéfices des entreprises du CAC40 mais… une hausse de la distribution des dividendes !

L’investissement n’a pas la même évolution… il suit le taux  de profit après dividende. Ainsi, la ponction réalisée par la finance est la principale explication de la faiblesse de l’investissement. On observe une évolution faible de la masse salariale, qui agit sur la demande au même titre que la dépense publique. Ainsi, les débouchés sont faibles, et les carnets de commande ne suivent pas… n’est-ce pas M. Jean-François Roubaud le président de la CGPME, lui qui explique dans les Echos que pour créer des emplois « encore faut-il que les carnets de commandes se remplissent ».

Les entreprises ont trois sources de financement de leur investissement, l’autofinancement qui découle de leur épargne brut, le crédit et les marchés financiers. Voici l’évolution de ces sources de financement. On s’aperçoit que la part des actions est extrêmement faible, pourtant leur rémunération est fortement marquée à la hausse… au lieu de parler de coût du travail, ne faudrait-il pas parler de coût du capital ? A priori, ce n’est pas le problème du patronat, ce qui est compréhensible, mais il semblerait que ce ne soit pas le problème des syndicats gestionnaires et complices.

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3. Coût du travail et fiscalité

Ce rétablissement repose sur un pacte gagnant-gagnant : pour les entreprises, une trajectoire claire de baisse des prélèvements et une simplification de l’environnement administratif et réglementaire permettant de redresser les marges et de dégager des capacités d’investissement ; pour les salariés et les demandeurs d’emploi, un engagement sur des objectifs et des ambitions en termes d’emploi, de qualité de l’emploi, de dialogue
social et d’investissement. […] Même si la compétitivité repose à la fois sur des facteurs coût et hors coût, le niveau des prélèvements sociaux et fiscaux est un des facteurs importants de la création d’emploi. « 

Nous y voilà, les entreprises sont victimes de la fiscalité et du coût du travail ! Alors pour les signataires du papier, il y a bien un problème de compétitivité hors-coût mais on balaie cela, circulez il n’y a rien à voir, le problème c’est le coût du travail. On a vu dans le 1 que ce n’était pas vrai…

Mais qu’en est-il vraiment ? Le graphique suivant est sans équivoque, les cotisations sociales (surtout patronales) ont fondu mais pour quel résultat ? L’investissement sûrement pas… la baisse des cotisations sociales a permis un vaste transfert de richesse du travail vers le capital.

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Je continue avec la présentation graphique, le suivant montre une corrélation entre baisse des cotisations sociales et hausse des dividendes nets, quand l’investissement stagne ! Ce qui est logique, les déterminants sont multiples mais globalement l’investissement dépend de la demande effective, elle-même fondée sur des anticipations positives. La réduction des dépenses publiques limite et contracte la demande et les débouchés. Mais plus fondamentalement, le système financier (système purement fictif) s’approprie et capte le surplus du travail et limite les capacités d’investissement. Baisser les cotisations sociales, c’est garantir une rente au capital, sans résultat significatif.

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4. Vers la fiscalisation de la protection sociale et une nouvelle étape dans la marchandisation du travail

Mais ce document nous apprend encore beaucoup de chose, la futur hausse de la CSG ou de la TVA…

De plus, les parties signataires rappellent leur soutien à la politique familiale de notre pays qui permet à la France de bénéficier de la démographie la plus dynamique d’Europe. A ce titre, quelle que soit l’évolution du mode de financement de la branche famille de la sécurité sociale, elles font part de leur profond attachement à sa gestion paritaire et à la préservation d’un haut niveau de soutien aux familles qui nécessite de déterminer les moyens appropriés.

Tout est dit, le gouvernement baisse de 35 milliards les cotisations familiales mais il convient de ne pas toucher au système d’allocations familiales. Donc, il faudra bien trouver des ressources ailleurs.

Et pour finir, une nouvelle réforme du marché de travail doit voir le jour :

Sur la base du diagnostic posé, des discussions pourront être ouvertes au second semestre 2014 afin de franchir une nouvelle étape dans l’amélioration du marché du travail pour développer l’emploi, la sécurisation des parcours professionnels et la qualité de l’emploi.

La boucle est bouclée : baisse des cotisations sociales qui agit sur la répartition de la valeur ajoutée à l’avantage du capital, flexibilisation du marché du travail, accroissement de la financiarisation des modes de gestions des entreprises, l’ajustement structurel continue. Le gouvernement, aidé de la commission européenne qui a mis sous contrôle la situation de la France, peut imposer une grande régression sociale. Le comportement irresponsable des syndicats qui signent cet accord, l’incompétence d’une partie du patronat et les comportements de la finance prédatrice nous mènent dans le mur.

En ce qui concerne le coût du travail et les conditions de travail, on peut renvoyer à cet article qui étudiait le stress du patron. De plus, les statistiques de l’INSEE montre que l’évolution de la productivité est supérieur à celle des salaires, ce qui en définitive n’agit pas sur la baisse des taux de marge en longue période. Ce que nous avons vu au début de l’article.

5. Conclusion

On peut reprendre la conclusion de Husson, « la baisse du coût salarial, présentée par le patronat comme la voie royale permettant d’améliorer les performances de l’industrie française n’est pas une réponse adaptée. Elle exprime en effet une préférence pour le travail moins qualifié, contradictoire avec une amélioration de la compétitivité structurelle. Mieux vaudrait réduire la voilure du côté de la distribution des dividendes et chercher les moyens d’une meilleure spécialisation. A l’inverse de la perception du patronat français, il faudrait s’attaquer aux vraies raisons de la faiblesse relative de l’industrie française : « effort insuffisant d’innovation, cannibalisation des PME par les grands groupes, politiques déficientes de formation de la main-d’oeuvre, spécialisation inadaptée au marché mondial, désintérêt des grands groupes exportateurs pour le marché intérieur, forte sensibilité des exportations françaises au taux de change de l’euro en raison d’une montée en gamme insuffisante, ‘coût du capital’ excessif« 

6. Pour aller plus loin :

Ne pas hésiter de fouiller le site de Michel Husson

Celui d’ATTAC

Ou bien celui de Jean-Marie Harribey

Et celui des atterrés

Pour les questions de droits du travail, Filoche bien sûr

Le stress du patron…

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M. Gattaz est stressé… oui, en France nous n’aimons pas les patrons, nous ne les reconnaissons pas assez, nous les maltraitons ! Trop d’insécurité pour les patrons…

Quelle belle envolée, cher Monsieur Gattaz, mais nous n’allons pas vous plaindre. Entre les cadeaux fiscaux du gouvernement et la réforme du marché du travail, n’en faites-vous pas un peu trop ? Ne vous êtes vous pas vanté d’avoir soufflé la politique économique à M.Ayrault ? Soyons une minute raisonnable…

A l’inverse, les français ont de quoi être stressés, et il y a de quoi…

Dans une étude irlandaise sur la qualité de vie en Europe, sortie en 2012, on apprend que les travailleurs français sont les plus stressés d’Europe et ceux qui vivent le moins bien leurs relations de travail. 5% des français estiment être en permanence stressés par leur travail contre 3% en moyenne dans le reste de l’Europe. Dans un article du Monde, du 19 mai 2013, le journaliste présente une autre étude est conclue : « la Fondation de Dublin avait déjà montré que la France est handicapée par la persistance de conditions de travail anormalement difficiles par rapport à nos voisins européens sur le plan physique, notamment en matière d’exposition aux postures pénibles, aux risques chimiques et biologiques et à un environnement de travail pénible. Une particularité de notre pays est donc la mauvaise qualité des conditions de travail, qui s’observe autant sur le plan physique que psychique ». N’est-ce pas le patronat qui organise le travail dans les boites ? Le rapport salarial est illustré par le lien de subordination… Quand des milliers de travailleurs vivent mal leur emploi, celui qui vous permet de vous enrichir toujours plus, on ne vous entend pas beaucoup, M. Gattaz !

Nous pouvons comprendre votre état de stress, peut-être avez-vous peur du salariat ? Car, dans ce même article, on apprend que « quelque 55 % des Français relèvent des tensions vives entre riches et pauvres, contre 36 % en moyenne européenne (seules la Hongrie et la Lituanie présentent un score plus haut). En janvier 2013, l’Institut français d’opinion publique publiait un sondage réalisé pour le quotidien L’Humanité intitulé « Les Français et la lutte des classes ». La proportion qui répondait par l’affirmative à la question : « Estimez-vous qu’en France, à l’heure actuelle, la lutte des classes est une réalité ? » est passée de 40% en 1964 à 44% en 1967, puis à 64% en 2013… La France se démarque aussi dans le domaine des tensions entre manageurs et salariés : 48 % contre 32 % en moyenne européenne. Seuls trois pays présentent des indicateurs plus élevés : la Hongrie, la Grèce et la Slovénie ». N’est-ce pas de votre responsabilité ? Les modes d’organisation du travail par la peur, l’insécurité, la pression, le mépris… votre classe ne s’en offusque pas.

Mais soit… vous êtes stressé, vous avez le droit, mais par quoi ? Là, je me pose cette question car je ne sais pas ce qui peut rendre aussi désespéré un patron… les 20 milliards offerts de crédit d’impôt ? Les futurs 50 milliards du pacte de compétitivité ? L’accord de flexibilisation du marché du travail ? A moins que n’apparaisse au grand jour votre stratégie idéologique… à savoir passer un message du déclin de la France pour obtenir tout de ce gouvernement.

Justement parlons-en du déclin de la France. L’agence pour les investissements internationaux dans son information institutionnelle souligne que la France est en 2e place en Europe pour l’industrie chimique ; 3e place en Europe pour l’agro-alimentaire ; 4e place en Europe pour les secteurs des TIC. Pas trop mal pour un pays qui se perd… Continuons,  31 entreprises françaises sont parmi les 500 premières mondiales (Allemagne : 29 ; Royaume-Uni : 26). Ainsi la France est au 4ème rang mondial, et au 1er rang européen. De plus,  12 entreprises ou institutions françaises sont classées parmi les 100 premières entités innovantes du monde, La France a la première place en Europe, devant la Suède (3), la Suisse (3), l’Allemagne (1) et la Belgique (1). Trois entreprises françaises parmi les 30 premières entreprises innovantes dans le monde. Et pour finir,  Paris est leader en Europe, devant Londres et Francfort, pour les implantations d’entreprises internationales. Je ne ferai pas la liste des autres potentialités et résultats français… pour un pays en perte de compétitivité…

Tout cela vous stresse donc ?

Peut-être est-ce le coût du travail ? Le tableau ci-dessous montre un coût quasi identique avec l’Allemagne dans le secteur manufacturier, et un léger surcoût de 3 euros dans l’industrie et le secteur des services marchands, pour ces derniers très souvent ils sont peu délocalisables… Ce tableau est certes limité, ces statistiques sont complexes à établir, mais bon, elles sont issues de l’institut patronal coe-rexcode.

Cout-du-travail-en-Europe-Indicateurs-trimestriels

Problème de compétitivité vous dites ? Mais quel est l’indicateur le plus efficace si ce n’est la productivité horaire… et là, vous pourrez dire ce que vous voulez mais la France est le leader mondial en la matière avec les Etats-Unis.  En 2012, les statistiques d’Eurostat montrent que la productivité de la main-d’œuvre française par heure travaillée s’élevait à 45,4 euros, contre 42,6 euros pour l’Allemagne, et 37,2 euros pour l’ensemble des pays de la zone euro. Je vais faire un raccourci rapide sans beaucoup de rigueur, juste comme ça… mais avec un coût horaire en moyenne de 36 euros, il vous reste tout de même 10 euros…

Alors, peut-être oui, vous seriez stressé par la fiscalité, mais écoutons quand même ce que raconte le cabinet d’étude KPMG : « L’étude de KPMG «Choix concurrentiels » sur la localisation des entreprises à l’échelle internationale compare les coûts d’implantation et de fonctionnement des entreprises dans neuf pays industrialisés et cinq émergents. Elle place la France en bonne position, devant les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon, l’Australie et l’Italie. Le coût complet de la main d’œuvre (salaires, charges obligatoires et autres) inférieur en France à celui observé aux Etats-Unis, en Allemagne, aux Pays-Bas ou au Japon ; la France est au 1er rang en Europe pour les activités de R&D et au 6ème rang pour les activités industrielles s’agissant de la fiscalité d’entreprise tenant compte des bases d’imposition, des règles d’amortissement, des exonérations et des crédits d’impôt ; le coût de location des bureaux (en €/m2/an) moins élevé à Marseille (240 €/m2) ou à Lyon (260 €/m2) qu’à Francfort (408 €/m2) ou à Amsterdam (423 €/m2) ; le coût à Paris- centre d’affaires (875€) inférieur à celui à Londres – Westend (1 978€) ».

Alors là, moi je ne vois pas ce qui peut vous mettre dans cet état là… ah, si je sais… vous avez peur que soit montré par les faits que la politique de l’offre est bidon, qu’aucun emploi ne sera créé…  Jean-François Roubaud le président de la CGPME explique dans les Echos que pour créer des emplois « encore faut-il que les carnets de commandes se remplissent ». Car les baisses de cotisations sociales ne créent pas d’emploi, par contre elles créent du dividende… Ce petit graphique de Michel Husson ne mérite pas de long discours…

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Vous êtes donc démasqué… vous savez très bien que le pacte de (ir)responsabilité est une bêtise, et comme c’est vous qui l’avez écrit, du moins vous en avez la prétention, vous avez peur que les résultats ne soient pas à la hauteur. La crise financière a démonté empiriquement la théorie des marchés auto-efficients, voilà qu’un second dogme va tomber… la politique de l’offre socialiste va arrondir vos fins de mois, mais sûrement pas la situation du salariat et des personnes sans emploi. La question de la compétitivité de la France porte plus sur une compétitivité hors-coût imputable à la faiblesse de la compétence des cadres dirigeants de nos entreprises que de la qualité et du coût du travail en France.

La preuve par le graphique… Mister president !

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L’offre n’est pas la solution… mais peut-être le problème ?

[cet article fait parti de la rubrique « comme chez vous », il n’engage que son auteur mais il s’inscrit dans la philosophie du blog, les deux titres ne sont pas de l’auteur. Aujourd’hui Louison à la baguette]

Introduction

Bien que la « politique de l’offre » annoncée par François Hollande lors de sa conférence de presse du 14 janvier 2014 ne soit pas à proprement parler un virage à 180 degrés d’un Parti Socialiste depuis longtemps acquis idéologiquement aux recettes néolibérales, celle-ci aura permis de clarifier définitivement l’orientation politique de ce parti. Parmi les explications du Président de la République pour justifier le « Pacte de responsabilité » figure un élément de langage particulièrement repris par les médias: entre autres à cause d’un « coût » du travail trop élevé, le taux de marge des entreprises françaises serait à son plus bas niveau historique et cela empêcherait les entreprises d’investir.

Pourtant, il suffit de passer quelques minutes à consulter la banque de données macroéconomiques de l’INSEE[i] pour s’apercevoir qu’il n’en est rien. Une fois de plus, les recettes appliquées relèvent d’une vision dogmatique de l’économie répondant aux logiques du capitalisme financier et du mythe d’une offre créant sa propre demande (la « loi des débouchés » de J-B. Say), mythe pourtant démonté depuis longtemps et à maintes reprises dans l’histoire des sciences économiques: de Marx aux économistes hétérodoxes d’aujourd’hui en passant par des économistes tels que Rosa Luxemburg, Keynes ou ses collaborateurs immédiats comme Joan Robinson, Michal Kalecki, Richard Kahn et bien d’autres.

Petite réponse aux hérauts de la politique de l’offre en trois graphiques.

Graphique n°1: le problème n’est certainement pas le taux de marge.

Présentation2 

 Comme ce premier graphique le montre, le taux de marge des sociétés non financières[ii] françaises – calculé comme le rapport de l’excédent brut d’exploitation sur la valeur ajoutée produite – est bien loin d’être à son plus bas niveau historique. En réalité, il est même plutôt proche de ses plus hauts niveaux historiques, sa baisse récente n’étant due qu’à la crise en cours de 2008. De même, le taux d’investissement (l’investissement rapporté à la valeur ajoutée) qui, d’après François Hollande, pâtit d’un taux de marge trop faible, connaît une baisse tendancielle ininterrompue depuis les années 1960. On constate qu’à cette époque le taux de marge connaissait également une baisse tendancielle. Néanmoins, survint au début des années 1980 un rétablissement spectaculaire du taux de marge des entreprises sans que l’investissement ne reparte à la hausse (comme en témoigne l’explosion de l’écart entre les deux taux). Le début des années 1980 marque l’émergence du capitalisme financier, type de capitalisme où la finance progressivement dérégulée (à partir de 1984 en France, déjà sous l’égide du parti socialiste alors au pouvoir[iii]) dicte ses impératifs de rentabilité financière à court terme sans rapport avec les logiques économique et industrielle. Comme nous le voyons, les dividendes reçus par les entreprises en pourcentage de leur valeur ajoutée connaissent une hausse très importante depuis cette période, hausse interrompue seulement par la crise des subprimes. Cette explosion des dividendes perçus par les sociétés non financières donne une approximation de l’investissement financier de ces mêmes sociétés: ainsi les entreprises françaises ont-elles, depuis la fin des années 1970, adopté un comportement de rentières pour privilégier l’achat de titres financiers à l’investissement dans leur appareil de production.

 Graphique n° 2: le coût du travail, vraiment ?

Répartition des richesses SNF

Ce deuxième graphique illustre le partage des richesses depuis 1949 dans les sociétés non financières par l’évolution de la part des salaires et traitements bruts, de la rémunération des salariés (salaires et traitements bruts + cotisations patronales) et celles des actionnaires avec les dividendes versés, le tout en pourcentage de la valeur ajoutée des sociétés non financières. Le traitement des salariés, qu’il s’agisse de leur salaire brut ou de leur rémunération incluant les cotisations patronales, n’a cessé de diminuer depuis le début des années 1980. Cela n’est bien évidemment pas une coïncidence: avec le capitalisme financier, les capitaux à court-terme se sont progressivement trouvés libres de circuler, et, comme le disait Keynes dés 1936, il est impossible de mener une politique favorable au travail dans un monde où règne la libre circulation des capitaux à court-terme. En effet, ces derniers iront toujours là où le taux de profit est le plus élevé, ce qui suppose une rémunération du travail particulièrement basse. En même temps que la rémunération des salariés amorçait sa régression, les dividendes versés, eux, explosaient, illustrant le changement dans le partage de la valeur ajoutée qui allait s’opérer. Aujourd’hui les dividendes versés par les sociétés non financières comptent pour 15% de leur valeur ajoutée, faisant ainsi peser un surcoût du capital[iv] particulièrement élevé sur ces dernières. Bien évidemment, plus le capital est cher, plus il est couteux d’investir productivement dans des projets qui, bien que rentables économiquement, auront bien du mal à satisfaire des exigences de rentabilité financière irréalistes. Nombre d’investissements productifs sont ainsi passés à la trappe par le simple jeu des exubérances en termes d’attente de rentabilité.

 Graphique n° 3: Profit réinvesti et profit distribué

Utilisation du revenu SNF (1)

 Comme vu dans les deux graphiques précédant, l’investissement financier des entreprises et la rémunération de leurs actionnaires a pris une ampleur particulièrement handicapante tant cela représente en termes d’investissements productifs manqués et de rémunération du travail stagnante ou déclinante ; déprimant donc d’autant plus la demande ce qui, en retour, pèse sur les incitations des entreprises à investir et à embaucher.

Ce dernier graphique illustre les parts respectives du profit réinvesti et non réinvesti par les sociétés non financières. De la même façon que la part de l’investissement productif dans la valeur ajoutée, la part du profit réinvesti connaît une baisse tendancielle depuis les années 1960. Inversement, le profit redistribué aux actionnaires a augmenté dramatiquement depuis le début des années 1970, époque où commença la libéralisation des marchés de capitaux internationaux. Cette libéralisation plaça les entreprises du monde entier en concurrence les unes avec les autres pour attirer le capital, les obligeant à proposer les rendements les plus élevés possibles pour rester compétitives. Allait donc débuter la période où le moins-disant économique et social devait devenir le corollaire indispensable de la satisfaction des intérêts financiers.

Conclusion

Comme le montrent ces trois graphiques, le problème ne se situe ni dans le taux de marge ni dans le coût du travail, mais bien dans la mise en concurrence des peuples et des économies du monde entier. La concurrence globalisée impose une course au moindre coût et au plus haut rendement insoutenable tant économiquement que socialement (et écologiquement), comme en témoigne le chômage de masse persistant, celui-ci apparaissant dans la deuxième moitié du XXe siècle en même temps que le capitalisme financier.

La politique de l’offre des socialistes ne règlera pas le problème du chômage et de l’investissement, car, en diminuant le salaire différé des travailleurs par la baisse des cotisations patronales, le gouvernement fera peser un nouveau coût sur les salariés qui devront réduire d’autant d’autres dépenses (ou réduire leur épargne, mais l’épargne étant un stock cela ne peut durer qu’un temps par définition). Une demande encore plus déprimée aggravera les anticipations des entreprises et par-là leurs incitations à investir et embaucher. Le Medef le reconnaît d’ailleurs en creux, qui répète en boucle que le million d’emplois promis en échange de la baisse des cotisations patronales est « un objectif, non une obligation ». Le grand patronat sait bien que les entreprises n’embauchent et n’investissent que lorsque les carnets de commande sont pleins, ce qui suppose une demande revigorée et des politiques de relance budgétaire. Mais, obnubilés par la rentabilité financière à court-terme de leurs entreprises au détriment de leur développement industriel de long-terme, les patrons français ne semblent pas s’en préoccuper. Pourtant, une telle politique ne peut mener que dans une impasse. La réduction de l’armée de réserve n’a jamais été dans l’intérêt des capitalistes.

 Pour aller plus loin:

http://hussonet.free.fr/psalirsw.pdf

http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=74603


[i] La lectrice et le lecteur pourront reconstituer eux-mêmes les ratios et graphiques exposés ici en utilisant les données de comptabilité nationale, rubrique comptes nationaux annuels puis comptes de secteurs institutionnels (les sociétés non financières, en ce qui nous concerne): http://www.bdm.insee.fr/bdm2/choixCriteres.action;jsessionid=CC16718C697F5DA7E457988E60DCEF7E?codeGroupe=1374

[iii] Le néolibéralisme peut se définir en première approximation comme un processus régressif de dépossession des citoyens de leur pouvoir politique au profit du marché par le recul de l’État social et l’émergence d’un État purement organisateur de la concurrence. La lectrice et le lecteur avertis auront reconnu la perspective toute polanyenne de cette définition, qui m’a été directement suggérée par la fille de Karl Polanyi, Kari Polanyi-Levitt, en octobre 2013. On remarque donc que le néolibéralisme se distingue du libéralisme classique par la place de l’État. Il est néanmoins possible d’établir un continuum entre les deux. Le néolibéralisme a été dans une très large mesure mis en œuvre en France par les gouvernements socialistes: la libéralisation bancaire et financière eut principalement lieu sous les gouvernements de gauche de F. Mitterrand ; le gouvernement de Lionel Jospin fut particulièrement actif en matière de privatisation et de libéralisation des services publics ; François Hollande aura été le socialiste de la libéralisation du marché du travail et donc, à présent, du passage résolu à la politique de l’offre. Le tout sur fond de soutien sans faille du PS à la construction de l’Union Européenne, qui, dans sa forme actuelle, constitue sans doute l’une des formes les plus abouties de structure étatique purement organisatrice de la concurrence.

[iv] Le capital dont il est question ici est le capital financier, l’argent, qui devient le capital physique (les machines, les bâtiments etc…) une fois investi productivement. Sur la question du coût et du surcoût du capital, voir http://www.ires-fr.org/images/files/EtudesAO/RapportCgtCoutCapitalK.pdf